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Notes de lecture 2015, Nouveautés

Note de lecture : « Le cœur du problème » (Christian Oster)

L’art de la narration décalée pour un vrai-faux roman policier jouissif et inquiétant.

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Le coeur du problème

À paraître le 20 août 2015 aux éditions de l’Olivier, le vingtième roman de Christian Oster s’appuie sur une trame policière volontairement diaphane et provocatrice pour proposer, en une sombre et curieuse jubilation (qui a pu par le passé mériter à son écriture le qualificatif d’ « impassible ») le curieux et froid parcours d’un homme confronté à l’impensable niché au cœur de l’apparemment ordinaire.

Pour dire les choses vite, quand je suis rentré chez moi ce soir de juillet, il y avait un homme mort dans le salon. Pour le dire plus précisément, l’homme était allongé sur le ventre, à l’aplomb de la mezzanine où nous avions notre chambre, Diane et moi, et dont j’ai vu que la balustrade avait cédé. Nous devions depuis longtemps renforcer cette balustrade, qui commençait à présenter du jeu. Je sortais d’un rendez-vous de travail particulièrement improductif et j’étais plutôt de mauvaise humeur, si bien que ma première réaction a été une forme d’agacement, un peu comme si je venais de trouver le salon en désordre ou, pour être plus juste, comme si ce qui ressortait de ce que j’avais découvert avait prioritairement à voir avec le désagrément. J’ai rapidement pris conscience que l’homme était mort, du moins après l’avoir vérifié comme j’ai pu, palpation du pouls, test du miroir, constat d’un début de rigidité, mais l’agacement a persisté alors même que je me rendais compte de la gravité de la situation. Je tentais de me représenter, au-delà de cet écueil psychologique, les faits avec la plus grande objectivité, et je me suis mis en devoir, alors que je n’y parvenais pas encore, de les aborder de manière efficiente. Bien que je n’eusse pas vu sa voiture garée devant chez nous (ce qui était d’ailleurs normal à cette heure, dix-neuf heures, puisqu’en principe elle rentrait vers vingt heures de ses consultations à l’hôpital, j’ai pensé que Diane était peut-être là (avec ce corps au milieu du salon, tout devenait possible) et j’ai commencé par la chercher dans la maison, en évitant de crier son nom à cause du mort, par une sorte de pudeur qui interférait avec ma sidération, puis des voisins. Nous avions hérité avec la propriété, Diane et moi, d’une double mitoyenneté, et, en dépit de la distance de quelque cinquante mètres à laquelle s’érigeaient nos murs d’enceinte, les sons portaient. Si j’ai pensé que Diane pouvait être là, c’est aussi, évidemment, parce que l’homme n’ayant guère pu entrer chez nous par ses propres moyens – la serrure n’avait pas été forcée -, il n’y avait qu’elle pour avoir pu l’y introduire.

Maison de campagne

Jouant intensément avec les codes de l’enquête policière, ici pourtant quasiment imaginaire, Christian Oster, dans ce décor de campagne investie par retraités et résidents secondaires relativement opulents, qui évoque par moments les inquiétantes scènes champêtres qu’excelle à développer Olivier Bordaçarre dans « La France tranquille » ou dans « Dernier désir », nous offre une redoutable tempête sous un crâne, grâce à ce narrateur semblant presque toujours plus soucieux d’exprimer correctement ses pensées que d’agir efficacement, dans un tourbillon qui, fort logiquement, devrait le dépasser, mais qu’il affronte pourtant, bravement, en amoureux transi imperméable au questionnement fondamental.

Par un usage habile et jouissif des seconds rôles, l’auteur nous entraîne dans une terrifiante toile d’araignée d’actions et de réactions, d’autant plus réussie qu’elle ne perd jamais son air anodin et paisible, alors même que la paranoïa progresse au milieu des superficialités amoureuses, amicales, sociales et psychologiques, à l’artificialité et au vide de plus en plus manifestes. Du grand art du décalage subtilement déstabilisant.

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® Olivier Roller

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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Rétroliens/Pings

  1. Pingback: Premier aperçu de la rentrée littéraire (Septembre 2015) | Charybde 27 : le Blog - 22 août 2015

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