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Notes de lecture 2015

Note de lecture : « Libyan Exodus » (Tito Topin)

2011 : (presque) un taxi pour (fuir) Tripoli en groupe hétéroclite, par les pistes du désert.

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Publié en 2012 chez Rivages Noir, « Libyan Exodus » est le vingt-cinquième roman de Tito Topin, depuis son « Graffiti Rock » en 1982. Surtout connu en tant que scénariste de polars (films et séries), et en particulier du très grand public « Navarro » sur TF1 (dont les pratiques de production firent l’objet d’un savant et jouissif règlement de comptes de la part de l’auteur, dans son « Le système Navarro » de 2005), Tito Topin est sans doute l’un des plus fins connaisseurs de l’Afrique du Nord, dont il est originaire, parmi les auteurs contemporains de roman noir, et cette plongée libyenne le démontre à nouveau.

Au printemps 2011 à Tripoli, alors que les frappes aériennes de la coalition anti-Kadhafi se précisent, que les révolutionnaires venant de Benghazi et d’autres villes insurgées, plus proches, progressent chaque jour, et que l’armée régulière libyenne commence à sérieusement se déliter, un groupe hétéroclite tente de quitter la capitale pour rejoindre la Tunisie, à la fois très proche et très éloignée, dans le feu des combats, à bord d’une Toyota Landcruiser.

Le soleil est haut, le ciel immaculé, l’atmosphère d’une rare perfection. Deux femmes échangent des impressions de fenêtre à fenêtre en étalant leur lessive sur des fils tendus en façade. Du quatrième étage, un perroquet en cage lance un cri guttural, l’aboiement d’un chien lui répond, les hauts-parleurs poussent leurs appels du haut des minarets. Dans la rue qui sent la marée, le graillon, le poisson, une fillette aux yeux clairs trace une marelle à même la terre, avec un caillou. Une flaque de sang achève de sécher dans le caniveau, le corps a disparu, reste une chaussure, semelle trouée. Une compagnie de cafards volants s’élance d’une bouche d’égout et obscurcit la rue voisine d’une ombre mouvante sous laquelle taxis, camions fumants, scooters pétaradants, carrioles attelées, piétons, microbus pleins à craquer, voitures lourdement chargées se mêlent et s’entrecroisent dans l’anarchie la plus totale.

Rebel fighters jump away from shrapnel during heavy shelling by forces loyal to Libyan leader Muammar Gaddafi near Bin Jawad, March 6, 2011. Rebels in east Libya regrouped on Sunday and advanced on Bin Jawad after forces loyal to Muammar Gaddafi ambushed rebel fighters and ejected them from the town earlier in the day.  REUTERS/Goran Tomasevic (LIBYA - Tags: POLITICS CIVIL UNREST)

Photo : © Goran Tomasevic / Reuters

Officier français abattu à bord de son Rafale et miraculeusement sauvé, ex-infirmière de Kadhafi, archéologue, homme d’affaires turc, immigré tchadien, actrice de théâtre, médecin alcoolique, « fixer »… : les protagonistes de ce huis clos mobile, aux franges du désert, alors que menacent pannes mécaniques, veuleries ordinaires maintenant exacerbées, interceptions armées et, déjà, poussées d’islamisme radical, ne sont peut-être pas ce qu’ils prétendent, ou portent éventuellement quelques encombrants secrets, comme l’habile narration à points de vue rotatifs nous permet de l’explorer au fil des pages, jusqu’à l’étrange rencontre figée avec un officier libyen fier, désemparé et désolé, qui est peut-être néanmoins le plus profondément humain de tous ces personnages.

– Va en France, dans le sud du pays. La vie est agréable en Provence, le climat est doux, tu ne seras pas dépaysée et s’il t’arrive de passer par Marseille pousse jusqu’à Cassis, tu trouveras un petit port, des maisons blanches avec des jardins colorés, tu verras des calanques, une mer avec toutes les nuances du bleu. Cassis, tu t’en souviendras ? C’est facile à retenir, c’est un nom de fruit, c’est facile à trouver, il y a des cars qui partent de Marseille, il y a même une gare. Va sur le port, il est tout petit comme je te l’ai dit. Il y a un restaurant, chez Nino. Ne te laisse pas impressionner par le décor, c’est mon cousin qui en est le patron. Il ne s’appelle pas vraiment Nino, c’était le nom de son beau-père, mais il se fait appeler comme ça, c’est plus commercial que Bernard. Demande-lui de me passer un coup de fil, et j’arrive.

Simple et efficace, mené d’un style robuste et sans fioritures, ne dédaignant pas un habile recyclage de quelques clichés joliment revisités, ce court roman se lit d’une traite, au rythme chaotique et haletant d’une fin de règne sanglant et du début d’un n’importe quoi prévisible.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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Tito Topin, à la Comédie du Livre de Montpellier, en 2011. © François Corteggiani

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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