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Notes de lecture 2013

Note de lecture : « Le roi et la reine » (Ramón Sender)

Face-à-face en huis clos pendant la guerre d’Espagne.

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En 1936, alors que la duchesse d’Arlanza se baigne nue dans la piscine intérieure de son château, Romulo le jardinier vient s’entretenir avec sa camériste. La duchesse l’invite à entrer. Elle est nue mais qu’importe, puisqu’il n’est qu’un jardinier.
Avant d’entrer et de découvrir la nudité de cette femme, Romulo entend cette interrogation de la duchesse en réponse à sa femme de chambre choquée, que celle-ci le laisse entrer : «Romulo, un homme ?»

Le lendemain, la guerre d’Espagne éclate, les Républicains occupent la demeure de le duchesse, et le récit devient un face à face entre le jardinier et celle-ci, dans ce château immense en plein chaos qui semble être une scène de théâtre ou bien le lieu imaginaire d’un rêve fantastique entre  le sommet de la tour, où la duchesse s’est refugiée, et la cave où se cache un nain fasciste qui lutte contre les rats.

«Le Roi et la Reine» est le livre d’un face-à-face mettant en lumière un homme, Romulo le jardinier, en pleine confusion, personnage extraordinaire pris entre son dévouement à la duchesse, son innocence, son ignorance de la chose politique, sa compréhension douloureuse du mépris dont il a été l’objet, son désir et son obsession grandissante pour le corps de la duchesse, sa sensibilité et sa violence enfouies qui ressurgissent, sa finesse et sa sensualité insoupçonnées sous ses airs de rudesse.

© Pablo Picasso, Femme nue couchée (1936)

«Romulo avait passé des heures et des heures à contempler un parterre d’arums. Dans leurs profonds entonnoirs blancs entraient souvent une abeille ou un bourdon. Certains de ces bourdons étaient parfois de grande taille, veloutés, vêtus avec un luxe asiatique et se mouvaient avec une sorte de gravite religieuse. Il avait vu un de ses insectes entrer lentement au sein d’une fleur, comme un roi dans sa chambre. […]
Lorsqu’ il retourna dans le parc, il eut l’impression d’en être le propriétaire. Depuis plusieurs années il savait que par-dessus l’arbre le plus haut, du côté des lavoirs, chaque soir, à l’automne, naissait la première étoile et qu’elle disparaissait au matin, jusqu’à la mi-novembre, derrière sa maison (à présent derrière le drapeau républicain). Le soleil, en revanche, se levait chaque jour par-dessus le mur, entre les deux lointaines rangées d’édifices qui se perdaient vers la place du Progrès. Si les miliciens ne revenaient jamais et si lui restait là, dans ce domaine et avec la duchesse, il se sentirait aussi comme ces bourdons qui lentement s’enfoncent au cœur d’un magnolia.»

C’est le livre bouleversant d’un homme qui se révèle roi et d’une duchesse qui devient une femme, descendant les étages de la tour alors qu’elle gagne en humanité.

Ramón Sender, disparu en 1982, écrivit – outre celui-ci publié en 1948 et dédié à son frère fusillé par les fascistes en 1936 – une soixantaine de livres qui, dans leur immense majorité, ne sont toujours pas traduits en français. À suivre donc, grâce aux éditions Le Nouvel Attila, dénicheurs de beaux textes et d’auteurs merveilleux (texte ré-édité chez Attila en 2008, traduit en 1955 par Emmanuel Roblès, et illustré dans cette édition par Anne Careil).

Claro parle superbement de ce roman sur Le Clavier Cannibale, ici. Pour acheter le livre chez Charybde, c’est .

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À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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