☀︎
Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Péloponnèse » (Éric Chevillard)

L’ivresse langagière d’Éric Chevillard.

x

chevillard

Dans ce livre court, bel objet paru en 2013 aux éditions Fata Morgana, illustré par des dessins du peintre Jan Voss, Éric Chevillard s’insurge contre les évidences de la vie présentées comme des scandales : marcher sur nos deux pieds, avoir le ciel au dessus de nos têtes, devoir se regarder dans le miroir ou passer les portes pour entrer quelque part, ou tout simplement vivre dans un monde où il y a des pierres.

«Pardonnez-moi, mais allons-nous longtemps encore devoir supporter ça, en permanence et partout, la présence des pierres ? Sommes-nous si tendres et friables pour toujours et en tout lieu nous déchirer aux pierres, nous y casser le nez, y léser notre peau fragile et le daim plus sensible encore qui la recouvre ? Car voilà en effet ce que nous sommes pour les pierres : des fontaines de sang prêtes à jaillir, des squelettes en allumettes.»

Dans cette lutte contre l’intolérable prévisibilité de la vie et le carcan de la réalité, contre la médiocrité, on retrouve – grande réjouissance – l’attraction irrésistible de l’écriture d’Éric Chevillard, comme dans «Palafox», «L’auteur et moi», et tant d’autres : la puissance du langage, une imagination libérée de toute contrainte, si ce n’est de celle de la logique, et cette fantaisie des enfants capables de tout questionner.

© Jan Voss

«Et puis qu’est-ce que c’est que cette affectation de pluriel ? Les pantalons ! Combien sont-ils ? En portons-nous plusieurs à la fois ? Ou plutôt faut-il en déduire que chacune des deux jambes est en soi un pantalon ? […] L’homme normalement constitué serait-il en réalité l’unijambiste, porteur d’un seul et unique pantalon ? Et le bipède alors, un hominidé inaccompli, mal dégrossi, non encore tout à fait issu de la condition animale ?»

Habitée de cet énervement et de cette mauvaise foi jouissive qui permettent de tout réinventer, l’écriture de Chevillard est libératrice, et ses mots des réservoirs d’une énergie qui semble inépuisable.
Démesurément inventif et incongru, férocement logique, et totalement hilarant : du bonheur chevillardien à l’état pur.

«Le froid est une sensation désagréable. Vous en pensez ce que vous voulez, mais moi je n’y suis pas favorable. Intellectuellement, d’abord, je n’en vois pas la nécessité et, physiquement aussi, je dis non. C’est bien simple, tout mon corps se rétracte avant même d’en éprouver la sensation, à cette seule idée. Ma peau glabre se hérisse comme le poil d’un chat livré aux chiens. Mon sexe se replie, se recroqueville, quasiment s’invagine dans une tentative désespérée de trouver en lui-même la volupté dans ce monde hostile. Chose certaine, il ne se dressera pas, ne se tendra pas, ne pointera nulle direction qui serait encore celle d’un pôle, il ne veut rien avoir à faire avec le froid, ni briser la glace ni fendre du bois pour le feu.»

Pour commander et acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

Eric Chevillard

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :