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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Ninive » (Henrietta Rose-Innes)

Le destin d’une femme du Cap, illustration subtile de la fragilité d’une société dédiée au confort matériel.

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ninive

Troisième roman de la romancière sud-africaine Henrietta Rose-Innes, le premier traduit en français en 2014 grâce aux éditions Zoé, «Ninive» nous entraîne dans un lieu ambigu, entre ville, marécage et plage au cœur de la ville du Cap ; là, une résidence appelée Ninive, située sur un endroit blanc de la carte routière, un complexe immobilier inachevé est entouré de marais dont le paysage aquatique, de dunes et de végétation humide, ressemble à un rêve ou à une évocation poétique.

Katya Grubbs, dont la spécialité est de débarrasser les sites de tous les animaux nuisibles, sans les tuer mais en les déplaçant, rencontre M. Brand, le riche promoteur de Ninive qui l’embauche pour mettre un terme à l’invasion étrange d’insectes qui empêchent l’achèvement de cette résidence de luxe, enclave fortunée en zone suburbaine non loin des bidonvilles, qui sont si bien décrites dans «Paradis infernaux, les villes hallucinées du néo-capitalisme».

«Sa philosophie consiste à respecter toutes les créatures qui essaient de s’en sortir dans la ville : s’esquivant, s’éclipsant, grappillant vite une bouchée par-ci par-là, négociant jour après jour de nouvelles trêves avec les humains au milieu de qui ils vivent. Les survivants, les squatters, les envahisseurs. Des foutus durs à cuire. Ils ont leur place.»

niniveAlors que sa propre maison se fissure suite à la destruction du jardin public dans son quartier, que la figure de son père,  un homme violent et chaotique, refait surface autour du chantier en déliquescence de Ninive, le monde intérieur de Katya Grubbs lui aussi se fragilise, dislocation et insécurité intérieures liée à des parents qui furent défaillants.

«Fébrile, voilà comment elle se sent. Sur les nerfs, avec un vague mal de tête et un peu nauséeuse, pas du tout en phase avec le jour qui tire rapidement à sa fin. Est-ce ce trou puant dehors ? Ce sentiment que les choses autour d’elle sont en train de bouger ? Ou est-ce la mention de son père – le vieux surgissant sans crier gare après tout ce temps ? Sept ans sans trace de Len, et le revoilà maintenant qui vient pisser sur son territoire.
C’est peut-être juste cette fichue porte de garage qui lui tape sur le système. L’usure de toutes choses, leur pourrissement et désintégration, la pénible entropie des objets.»

Rappelant le fascinant «Canada» de Richard Ford, Henrietta Rose-Innes, dont J.M. Coetzee a été le tuteur et qui fut lauréate du Caine Prize en 2008, dévoile dans ce roman les conséquences intimes du comportement ou de l’absence des parents, et nous fait ressentir avec une précision et une acuité exceptionnelle le malaise de Katya Grubbs qui cherche sa place dans un monde en mutation, toujours proche du chaos, prenant autour d’elle une coloration étrange.

«Comment peut-elle avoir manqué cet endroit s’il existe depuis plus d’une année ? Katya pensait connaître la ville – elle a passé des années à repêcher des bêtes au fond de ses fissures et de ses lézardes – et pourtant maintenant c’est à peine si elle peut dire dans quelle direction elle se dirige. Un étrange décor a été inséré dans le paysage. La montagne est toujours là, derrière eux et quelque part devant il y a l’océan, à sa place naturelle, mais tout le reste est sens dessus dessous.»

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Henrietta Rose-Innes

Henrietta Rose-Innes. Photo : Christine Fourie

 

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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