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Notes de lecture 2015

Note de lecture : « Romicide » (Gianni Pirozzi)

Du rififi chez les Roms, en Bretagne. Haines historiques et concupiscences contemporaines.

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Romicide

Publié en 2001 chez Coop Breizh, puis réédité en 2010 chez Rivages, le premier roman du travailleur social breton (vivant désormais à Sète) Gianni Pirozzi ancre son polar au ras des caravanes et des Mercedes fatiguées d’une aire de séjour de gens du voyage près de Rennes, entamant ainsi une série d’investigations tranchantes et bien noires dans l’univers contrasté de l’héritage rom / tzigane, des cruautés subies au cours de l’histoire comme de celles infligées de ci de là au hasard des conflits, des vendettas recuites ou des concupiscences éventuelles.

Si l’intrigue de ce bref roman (à peine 200 pages) est relativement classique et bien menée, c’est dans le maniement de personnages hors normes, marginaux agissant irrationnellement en fonction de leurs vulnérabilités, flics bizarres hésitant entre des injonctions contradictoires ou occasionnels samaritains aussi bienveillants que surprenants, à travers le maquis policier et administratif entourant déjà les Roms à l’époque, bien avant le sinistre discours sarkozyste de Grenoble et ses suites, que Gianni Pirozzi révèle un talent bien particulier, qui irrigue également son troisième roman (je n’ai pas encore lu le deuxième), « Le quartier de la fabrique », qui se plonge dans le même terrain d’infortune sociale et « ethnique », mais cette fois dans le Kosovo de l’intervention de l’OTAN.

Un petit groupe de femmes roms vêtues de couleurs lumineuses les dépassèrent alors, chargées de Tupperware et de cabas en plastique. Silencieuses, le visage mat comme passé à la poudre de cuivre. Elles se dirigeaient avec leur marmaille vers la caravane de Kertesc. Depuis la mort du vieux, par solidarité, les voisines se relayaient auprès de sa veuve pour laver son linge, lui apporter de quoi manger. Poisson cracha par terre :
– Des vagabonds, ça ! Des moins que rien !
Poisson était un itinérant sans héritage tzigane. Il tenait des propos condescendants à l’égard des plus nomades d’entre eux. Pour lui, le mode de vie itinérant était récent. Il suffisait que le grand-père ait pris l’habitude après la guerre de se déplacer en caravane pour suivre des chantiers. Pour d’autres, c’étaient les démêlés avec les gendarmes, le besoin de se faire oublier. Depuis des années, Poisson tournait sur le grand Ouest sans l’avoir jamais vraiment quitté :
– Toute ma génération, elle est née dans le département. Comme qui dirait qu’on habite là… Alors on a nos habitudes ici, on ne va jamais plus loin.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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Pirozzi

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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