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Notes de lecture 2010

Note de lecture : « Le rituel poétique de Saint-John Perse » (Henriette Levillain)

Une roborative lecture de « Vents » et d’ « Amers » tout particulièrement.

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RELECTURE

Le_rituel_poetique_de_Saint_John_Perse

Cette étude de 1977 publiée chez Gallimard avant d’être reprise en poche dans la collection Idées fût longtemps considérée comme l’une des plus abouties concernant l’œuvre de Saint-John Perse, et en tout cas l’une des rares existant hors de l’édition purement universitaire. Couronné par l’Académie française en 1978, cette première grande étude d’Henriette Levillain, à l’époque jeune professeur de littérature comparée, est tout de même plutôt destinée à des amateurs conséquents du prix Nobel de littérature 1960, et ne constitue pas vraiment une « introduction » à l’œuvre. En ayant choisi un angle pointu (l’organisation, le traitement et le sens du « rituel » dans sa poésie), elle nous fait toutefois partager avec bonheur la richesse de l’œuvre.

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Il était logique que le poète « de la prescience et de la transgression » cherchât à combler la distance qui le sépare de l’objet pressenti au-delà de l’horizon par un rite efficace de passage. Mais le choix de celui-ci soulève une série de contradictions qu’il nous faudra élucider : la première tient à l’essence individuelle de ce rite et à la difficulté, pour cette raison, de respecter les données d’un contrat collectif. Que les modalités de l’initiation isolent pour un temps le poète de la race des humains, passe encore ! Mais quelle déception si la promesse qu’il a faite de renouveler la face de la terre et le visage des hommes n’était pas tenue ! Comment pourra-t-il transformer une expérience mystique en un acte poétique, c’est-à-dire en un acte du langage ? Existe-t-il un modèle d’initiation qui se déroule à la frontière de l’extase et du culte, qui introduise les fidèles à la perception simultanée de l’illumination ?

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2014-levillain

Si la plupart des œuvres sont évoquées épisodiquement, le travail se concentre (et atteint une étourdissante profondeur) sur le rituel de purification dans « Vents », et sur la lecture d’ « Amers » comme un « rite sacrificiel d’initiation », double lecture qui continue ainsi à ouvrir des horizons roboratifs sur cette poésie puissante.

Pour l’anecdote (en un sens), il est curieux de constater à quel point, malgré un brillant « travail de jeunesse » tel que celui-ci, Henriette Levillain, devenue professeur émérite à la Sorbonne (Paris IV) après d’amples excursions chez Dante, Marguerite Yourcenar et au sein de la littérature « béké » des Antilles françaises, s’est égarée lorsque, quittant la proximité du texte pour développer à son propre compte une pseudo-vision globale de la littérature, elle a rédigé la grande biographie – se voulant définitive – de Saint-John Perse en 2009, à laquelle on préfèrera mille fois l’excellent texte de Patrick Chamoiseau, pourtant peu suspect a priori de complaisance à l’égard du poète, « Césaire, Perse, Glissant : les liaisons magnétiques » (2013).

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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