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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « La promenade de l’ivrogne » (Frederik Pohl)

Très intéressant, mais largement inabouti, un thriller emblématique d’une SF classique des années 1955-1965.

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RELECTURE

La_promenade_de_l_ivrogne

Pour diverses raisons, je parcours ces temps-ci (NB : en 2011) quelques solides thèmes de SF, plus ou moins réchauffés par de l’actualité hors du genre.

Ce court roman de Frederik Pohl, publié en 1960 et traduit en français en 1976 par Arlette Rosenblum au Club du Livre d’Anticipation d’Opta, conçu comme un canevas de thriller, bien avant la lettre, met en scène un jeune et respectable professeur d’université, chercheur particulièrement pointu en mathématiques, victime d’une forte propension à tenter de se suicider dans ses moments de demi-sommeil – qui va enquêter sur ce qui lui arrive, pour tenter d’échapper au sort qui lui semble promis.

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Au bout d’un moment, il repousse les couvertures et se redresse sur son séant. Ses yeux sont encore mi-clos. Supposez que vous êtes un tableau sur son mur – par exemple le portrait de Leibniz, une reproduction de la vieille gravure de Ficquet. De vos yeux encadrés par votre imposante perruque bouclée, vous voyez ce jeune homme se lever et se diriger lentement vers sa fenêtre. Sa chambre se trouve au dix-huitième étage.
Si un tableau accroché au mur a de la mémoire, vous vous rappelez que ce n’est pas la première fois. Si un tableau accroché au mur sait des choses, vous savez qu’il a déjà voulu sauter par cette fenêtre et qu’il s’apprête à recommencer. Il tente de se suicider. Il l’a tenté neuf fois au cours des cinquante derniers jours.
Si un tableau accroché au mur est capable d’éprouver du regret, vous le regrettez. C’est un affreux gâchis que cet homme ne cesse de chercher à se suicider, puisqu’il n’a aucune envie de mourir.

DRKSWLK1960

Couverture de Nik Puspurica pour l’édition de 1960.

Production d’apparence anecdotique chez Pohl, qui se consacrait à l’époque surtout à son travail de rédacteur en chef du magazine Galaxy, après avoir dû digérer le décès de son ami et co-signataire Cyril M. Kornbluth en 1958, ce roman est pourtant emblématique de la SF classique de ces années-là : style et intrigue maîtrisés, humour pince-sans-rire très présent, sérieux et profondeur dans le traitement des conséquences psychologiques et sociales d’un « fait science-fictif » (ici l’existence d’immortels au sein de la communauté humaine) – mais focalisation exclusive sur l’idée et sur son déroulé, qui empêche sans doute l’ampleur narrative de se déployer. Les trente dernières pages en particulier tiennent plus du synopsis que du roman.

C’est vers la fin des années 60, et plus encore celle des années 70, que, pour le meilleur (et aussi pour le pire), le métier, le talent et la mode permettront à des pavés de 500 pages ou plus de déployer toute leur puissance dans le genre SF, accompagnant aussi l’envol du « techno-thriller » moderne…

Une lecture rapide, vraiment intéressante, mais pleine de regrets, donc, par rapport à ce qu’une moindre contrainte « économique » (la dure loi de la « longue nouvelle » payée chichement au mot accepté) aurait pu alors permettre à Pohl d’atteindre, avec plus de quinze ans d’avance sur ses futurs grands succès.

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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