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Notes de lecture 2015

Note de lecture : « Out of Nowhere – A History of the Military Sniper » (Martin Pegler)

Une grosse déception, sauf très éventuellement à le renommer « A History of the Procurement of Military Precision Rifles ».

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LECTURE EN VERSION ORIGINALE ANGLAISE

Out of Nowhere

Publié en 2004 chez Osprey, auréolé de commentaires flatteurs d’une certaine presse spécialisée et d’éloges sans détours de la part de quelques militaires, cette somme se voulant exhaustive et ambitieuse, rédigée par le spécialiste britannique de la Première Guerre Mondiale et ex-conservateur adjoint du Royal Armouries Museum, Martin Pegler, m’a pourtant très largement déçu.

L’ouvrage sombre en effet rapidement dans les tristes sables mouvants qui polluent trop de travaux voulant relever de l’histoire militaire, mais errant dans la zone grise du recensement disparate pour collectionneurs.

Voulant être une histoire « mondiale », elle détaille au-delà du raisonnable les moindres éléments anglais ou américains, parvient à rassembler quelques données sérieuses, peu nombreuses en regard, concernant l’Allemagne, la Russie ou le Japon, et ignore superbement le reste du monde, succombant ainsi à l’un des pièges classiques de la pratique anglo-saxonne courante, lorsqu’elle n’est pas suffisamment guidée par une véritable exigence critique et analytique.

Voulant être une histoire « du tireur d’élite militaire » (dans son emploi offensif et défensif désormais consacré internationalement par l’évolution de l’usage du terme de « sniper »), elle consacre plus de 50 % de son volume à des considérations sur les matériels utilisés (armes et instruments de visée), ce qui pourrait être compréhensible s’il s’agissait d’apprécier les mutations du rapport technologie disponible / usage spontané / doctrine d’emploi, mais elle se contente hélas le plus souvent d’énumérer répétitivement les affres du « besoin » confronté aux contraintes économiques et à la bureaucratie des organismes d’état-major concernés, à peu près à toutes les époques, litanie qui perd rapidement l’essentiel de son intérêt éventuel.

Voulant être une « histoire », elle consacre encore 30 % de son volume à des anecdotes et à des citations empruntées à tel ou tel acteur. Effort louable en soi, mais qui se perd à nouveau, faute de mise en perspective et de tentative de réflexion authentique, en alignement de textes dont beaucoup trop ne dépassent guère, quand bien même leurs auteurs seraient couverts de faits d’armes et de médailles, le niveau de la tartarinade relativement inutile ou de la fierté pas toujours très bien placée.

Sniper

Si l’on ajoute à cela le fait que les cadrages historiques introduisant chaque période (ou chaque tranche historique retenue pour traiter de telle ou telle armée, parfois sans réelle justification aux dates retenues pour frontières) sont d’une pauvreté, voire d’une imprécision ou d’une superficialité, significatives, la déception est intense, et sans doute à la mesure de l’enjeu affiché.

Même l’iconographie laisse à désirer, se contentant pour une large part d’aligner les photos d’identité, toutes médailles dehors, de snipers militaires plus ou moins illustres au long de l’histoire.

Il reste donc, pour se consoler, l’équivalent d’une trentaine de pages, disséminées un peu au hasard au long de l’ouvrage, permettant à la lectrice ou au lecteur d’améliorer sa compréhension de la genèse du fait « sniper militaire », de l’évolution de son rôle, en soi et en comparaison de celui confié aux fusiliers « normaux » ou aux « simples » bons tireurs, de la difficulté récurrente (jusqu’à la période contemporaine, hélas expédiée en à peine vingt pages) de concevoir une formation et une transmission d’un savoir-faire pouvant résister aux vagues de démobilisation suivant les grands conflits, et enfin, par trop rares incises, de la dynamique reliant le matériel à son usage et à sa doctrine d’emploi, qui devrait être le centre d’une étude historique du « military sniper ».

Un ouvrage dont l’amateur d’histoire militaire peut donc parfaitement se passer, et à laisser plutôt, le cas échéant, aux éventuels chercheurs en histoire de l’armement individuel et de son industrialisation (qui, ceci dit, gagneraient dans ce cas à se reporter aux diverses sources primaires répertoriées en fin de volume plutôt qu’à cette source secondaire, ni analytique, ni précise, ni synthétique).

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

Discussion

Une réflexion sur “Note de lecture : « Out of Nowhere – A History of the Military Sniper » (Martin Pegler)

  1. Eh eh, je n’ai pas lu le livre, mais je vois là exactement l’angle de lecture que j’aurais aussi eu, cherchant l’analyse / l’intelligence, ou juste simplement la structure dans le texte. Cette petite note me fait sentir une communauté d’esprit avec son rédacteur, une communauté d’esprit que je n’éprouve pas si souvent.

    Merci !

    Publié par le lecteur | 3 juin 2015, 19:06

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