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Notes de lecture 2013

Note de lecture : « Rien » (Emmanuel Venet)

La pensée dépliée, l’air de rien.

 

xrien

Dans «Le roi vient quand il veut», Pierre Michon qualifie le roman de fabrique émotionnelle, et dit qu’il veut écrire dans un tremblement, comme un équilibriste sur sa corde, afin que le lecteur tremble comme lui sur cette corde.

Emmanuel Venet tire cette corde entre deux instants, distants de près d’un siècle : Les divagations de la pensée du narrateur, un musicologue spécialiste du compositeur médiocre et oublié Jean-Germain Gaucher, juste après l’étreinte amoureuse avec sa femme pour les vingt ans de leur rencontre, dans une chambre du Négresco. C’est dans cette chambre peut-être que Jean-Germain Gaucher retrouva une ultime fois Marthe, sa maîtresse de toujours ; et le deuxième instant, fatal, quand en 1924, son Pleyel va s’écraser sur Jean-Germain Gaucher et le tuer.

rienLe narrateur connaît jusque dans tous ses détails, le déroulement de la vie du compositeur, homme aux fulgurances rares, égaré dans la composition de musiques pour un cabaret de Pigalle.

« Pour autant, les affaires primant sur toute autre considération, autour du seau à glace on rêve surtout aux scénarios de pochades vaguement cochinchinoises, et durant la journée, plutôt que de s’user le fondement sur les bancs de la faculté, Jean-Germain noircit des portées à la gloire du dieu Eros. »

Dans ses divagations, le narrateur cherche à éclairer les circonstances de la grandeur et de la médiocrité, chez ce compositeur, dont finalement seule la fin est grandiose, écrasé par la chute de son piano à queue. Il repense aux débats enflammés, avec un ami proche et néanmoins rival, autour de cette fin, pour savoir s’il s’agissait ou non d’un suicide, et questionne ainsi la capacité de juger un talent saccagé.

Finalement, autour des deux parcours de ces deux hommes, distants mais parallèles, «Rien» (éditions Verdier, 2013) dit l’usure du quotidien, le mirage furtif d’une union que constitue l’étreinte, tel un roman de la solitude de vies toutes parallèles mais qui ne fusionnent jamais.

«Il faut espérer qu’à l’instant fatal où le Pleyel s’apprête à l’écraser, Jean-Germain découvre, dans cette éblouissante révélation après-coup, la réalité sur laquelle il s’est leurré pendant des années : à savoir que sa femme l’a simplement tenu pour moribond durant son exil au sanatorium ; qu’elle est restée en vie tant bien que mal au moyen de colifichets et de fredaines, d’achats idiots et de guilledous qui a la fois renouvellent et insultent le verbe aimer ; et qu’au terme de ses longs mois de solitude elle lui a autant voulu de l’avoir abandonnée que de ressusciter. »

Emmanuel Venet était l’invité de la librairie Charybde en janvier 2014 et on peut le réécouter ici. Ce qu’en dit la librairie Ptyx est . Pour acheter le livre chez Charybde, c’est par là.

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Emmanuel Venet. ESO

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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