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Notes de lecture 2015

Note de lecture : « Le rêve de Madoff » (Dominique Manotti)

Dominique Manotti éclaire la trajectoire foudroyante et les zones d’ombre de l’affaire Madoff.

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madoffLe 29 juin 2009, Bernard Madoff était condamné à 150 ans de prison après l’éclatement de la crise des subprimes et l’effondrement du fonds qu’il avait mis en place.

Dans cette courte fiction parue en 2013 aux excellentes éditions Allia, Dominique Manotti imagine le monologue intérieur de Madoff, dans lequel il évoque, sans regrets, son parcours pour devenir riche et respectable, entre les quatre murs de sa prison de luxe.

Dans le contexte de l’explosion de la nouvelle économie, des années Reagan et de la chute de l’URSS qui semblait ouvrir un royaume sans limites au modèle capitaliste, la trajectoire du personnage de Manotti, d’une formidable épaisseur, apparaît comme emblématique d’un rêve américain de réussite et d’argent-roi.
D’origine modeste, d’un cynisme absolu, Madoff, qui est prêt à tout accepter pour réussir, comprend très rapidement et avec beaucoup de flair l’incidence du développement de l’informatique sur les transactions boursières, et gagne la confiance des riches en bâtissant sa réputation, notamment grâce aux actions caritatives.

«Le fonds a fonctionné à plein régime sans un accroc, selon le schéma que nous avions mis au point, pendant 17 ans. Cela nécessitait beaucoup d’attention. Je soignais mon personnage. Je devais inspirer confiance aux riches. Facile : j’avais l’âge, la cinquantaine révolue, les riches se méfient des jeunes, et le physique de l’emploi : le visage quelconque et mou, rassurant pour les vieux. Et j’étais moi-même très riche. J’appartenais à leur confrérie.» 

Dominique Manotti montre que Bernard Madoff est le produit de son époque mais aussi, en dehors de son système de Ponzi révélé par les médias, qu’il aurait accepté sans sourciller de mettre en place une immense lessiveuse à argent sale, ce qui aurait permis à son système de durer pendant tant d’années, avant d’être (dans ce monologue fictif) atteint par une satiété qui confine à l’écœurement devant tant d’accumulation.

«Du grand art. On produisait de l’argent presque en circuit fermé, comme une sorte de culture hors sol. On faisait fonctionner un capitalisme idéal, affranchi des contingences du réel, libéré de la pesanteur, quasiment poétique.» 

Sans parti-pris simpliste, en s’appuyant comme toujours sur une analyse extrêmement fouillée des faits, cette fiction jette une lumière nouvelle sur la trajectoire emblématique et l’effondrement d’un escroc condamné à une peine de 150 ans de prison, car il eût le tort de s’en prendre aux riches et de tomber au mauvais moment, et elle résonne fortement avec le magnifique «Les effondrés» de Mathieu Larnaudie (Actes Sud, 2010).

«Ivan Boesky, un courtier, l’un des nôtres, prononça à l’université de Californie une apologie de la voracité qui fit date.
« La voracité est une vertu. La voracité de vie, d’argent, d’amour, de connaissances est l’essence de l’esprit de l’évolution. C’est elle qui met le monde en mouvement. Elle est le moteur de la marche en avant de l’humanité. La voracité sauvera une entreprise qui fonctionne mal : les USA. Je pense que la voracité est saine. Vous avez le droit d’être voraces et de vous sentir bien dans votre peau. »
Il fut très applaudi. Il trouvait les mots pour dire qui nous étions. Grâce à lui, à son panache, toute l’Amérique nous aimait. Nous étions de la même «étoffe des héros» que les aviateurs et astronautes du film de Kaufman qui enflamma le pays ces années-là. Il y avait de quoi frissonner de plaisir.
Mon cabinet gonflait, prospérait […] Je sentais ma force, je l’ai donc utilisée. J’ai exigé des banques et des entreprises qui cherchaient des investisseurs qu’elles me paient pour que je les fasse figurer dans les choix que je présentais à mes clients. Elles ont hurlé à la corruption : Mes conseils à ma clientèle étaient censés être «objectifs». Je les ai laissées crier. Je m’amusais. Un supermarché fait bien payer les marques pour les faire figurer en tête de gondole. Pourquoi n’en ferais-je pas autant ? Les produits financiers sont des produits comme les autres.»

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

madoff

© Philippe Matsas , Opal

 

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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