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Notes de lecture 2015

Note de lecture : « Paradis infernaux, les villes hallucinées du néo-capitalisme » (Mike Davis)

Îlots de riches et océans de pauvres.

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paradis infernauxParu en 2007 aux éditions Les prairies ordinaires, cet ouvrage rassemble quatorze textes d’auteurs et de nature très différents, sous la direction de Mike Davis et Daniel B. Monk, mais qui tous dénoncent à travers les lieux et les villes, de Dubaï à Kaboul, les conséquences désastreuses du «capitalisme sauvage et fanatique qui caractérise notre époque», en termes d’accaparement et d’épuisement des ressources par les riches et d’exclusion des pauvres.

«Que nous révèlent les « mondes de rêve » de la consommation, de la propriété et du pouvoir sur le devenir de la solidarité entre les hommes ? Les études de cas réunies dans ce livre explorent les nouvelles géographies de l’exclusion et les nouveaux paysages de la richesse qui ont vu le jour au cours du boom de la mondialisation après 1991. Nous nous concentrerons en particulier sur ces lieux – de l’Arizona à l’Afghanistan – où l’ethos du « malheur aux vaincus » n’est entravé par aucun vestige de contrat social, n’est hanté par aucun spectre du mouvement ouvrier, et où les riches peuvent traverser en dieux tout-puissants les jardins cauchemardesques de leurs désirs les plus secrets.»

Ce qui est parfaitement illustré ici est l’avènement hallucinant d’un clivage spatial sans précédent depuis les années 1990, avec la création «d’univers alternatifs pour formes de vies humaines privilégiées», catastrophe morale et écologique, source de désir et de révolte pour ceux qui en sont exclus, soit avec la création ex-nihilo de villes ou communautés de luxe, comme à Arg-e Jadid en Iran ou dans les Nouveaux territoires à Hong Kong, soit avec la gentrification de villes entières comme à Paris, soit avec la création d’enclaves de luxe dans un océan de violence et de misère comme à Kaboul ou Managua, créant des crises écologiques – en premier lieu la pénurie d’eau – dont les pauvres subiront en premier les conséquences.

Aux sources de cette forme ultime du capitalisme, Marco d’Eramo («Du Minnesota à l’Arizona») décortique les ressorts de cette incarnation de la dévoration du collectif qu’est le Mall of America, mastodonte de 390 000 m² inauguré en 1992, et qui aspire à remplir toutes les fonctions sociales en les marchandisant, et de la ville privée de Sun City en Arizona, ségrégation volontaire de personnes âgées riches dans une ville-bunker régie par un règlement de copropriété aux milliers d’articles qui prend le pas sur le droit constitutionnel (interdiction de recevoir des jeunes de moins de 18 ans chez soi plus de 30 jours par an, interdiction aux employés de parler aux résidents, etc.) : lorsque l’utopie prend les traits du cauchemar.

Pieter Hugo 1

© Pieter Hugo

«Récemment, une de mes connaissances est allée voir ses parents qui vivent dans une « gated community » en Californie. En arrivant, elle a salué le jardinier mexicain, qui ne lui a pas répondu et qui s’est même enfui lorsqu’elle a essayé d’échanger quelques banalités avec lui. « Tu es folle ! – lui a dit sa mère – ici si un mexicain adresse la parole à un résident, il se fait virer. » L’idéal d’ordre semble indissociablement lié à l’homogénéité socioéconomique et raciale.»

Coup de grâce aux utopies de villes sur les mers, «Utopies flottantes» de China Mieville dévoile les dessous peu reluisants du projet avorté de Freedom ship, forme ultime de la «gated community» pour permettre à 100 000 fortunés de prendre littéralement le large, dévoiement d’une forme d’utopie par les libertariens qui érigent «une avarice toute banale – la réticence à payer des impôts – en combat de principe pour la liberté politique».

pieter hugo bidonville

© Pieter Hugo

Le chapitre sur Dubaï de Mike Davis,  archipel clinquant du luxe utopique dans une planète de bidonvilles, mérite une lecture intégrale de son ouvrage de 2006 «Le stade Dubaï du capitalisme».

Dans ce livre décapant et nécessaire on mesure à quel point l’appellation de libéralisme est usurpée tant nous sommes loin des soi-disant mécanismes autorégulateurs des marchés mais dans un programme de privatisation systématique des services publics rentables, de détournement des fonds publics au profit de groupes d’individus proches du pouvoir, de gangsters milliardaires et des riches en général, avec des pratiques et une explosion des inégalités qui rappelle l’ère des barons voleurs, dans un monde où les valeurs collectives et les ressources naturelles sont menacées d’épuisement.

«Le néolibéralisme, comme nous l’a signalé Pierre Bourdieu avec tant d’éloquence, est une utopie au autoritaire, rien de moins qu’«un programme de destruction méthodique des collectifs», des syndicats aux villes ouvrières, des familles aux petits pays.»

Pour commander le livre chez Charybde, c’est ici.

paradis infernaux

 

À propos de Charybde 7

Une lectrice, une libraire, entre autres.

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