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Notes de lecture 2015

Note de lecture : « Le trône de fer – 15 – Une danse avec les dragons » (George R. R. Martin)

Dernier volume de la saga en cours, spectaculaire, offrant les pères et les mères de tous les cliffhangers.

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Une danse avec les dragons

Publié en 2013, toujours dans la traduction impeccable (et sensiblement plus en phase avec l’écriture d’origine que celle de son prédécesseur) de Patrick Marcel, le troisième et dernier tome du découpage retenu par Pygmalion et J’ai Lu pour « A Dance with Dragons », le cinquième volume de la saga de George R. R. Martin, propose, selon un schéma narratif déjà observé dans le quatrième volume, « A Feast for Crows » – soit les trois tomes français : « Le chaos » (10), « Les sables de Dorne » (11) et « Un festin pour les corbeaux » (12) -, une brutale accélération de la narration et de l’intrigue, les éléments amoncelés lors des deux tomes précédents – « Le bûcher d’un roi » (13) et « Les dragons de Meereen » (14) – venant alors cascader furieusement, emportant au passage certaines briques déguisées en digressions encore plus longtemps auparavant, et apportant in fine à la lectrice ou au lecteur sa juste part de surprises foudroyantes, d’émotions fortes teintées d’incrédulité et de cadavres que l’on aurait juré improbables, marque désormais quasiment distinctive de la saga.

Ce n’était pas un géant que Tormund Fléau-d’Ogres, mais les dieux lui avaient accordé un torse large et un ventre massif. Mance Rayder l’avait surnommé Tormund Cor-Souffleur pour la puissance de ses poumons, et avait coutume de dire que Tormund était capable, de son rire, de balayer la neige des cimes. Dans son courroux, ses beuglements rappelaient à Jon les barrissements d’un mammouth.
Ce jour-là, Tormund beugla maintes fois, et avec vigueur. Il rugit, il cria, il tapa du poing sur la table si fort qu’une carafe d’eau se renversa et se vida. Une corne d’hydromel ne se trouvait jamais très loin de sa main, si bien que les nuées de postillons qui accompagnaient ses menaces se sucraient de miel. Il traita Jon Snow de poltron, de menteur, de tourne-casaque, le maudit d’être un bougre d’agenouillé au cœur noir, un voleur et un charognard de corbac, l’accusa de vouloir embourrer le peuple libre par-derrière. En deux occasions, il jeta sa corne à boire à la tête de Jon, mais seulement après l’avoir vidée. Tormund n’était point homme à gâcher du bon hydromel. Jon laissa tout cela déferler sur lui. Jamais il n’éleva la voix lui-même, ni ne répondit à la menace par la menace, mais il ne lâcha pas non plus davantage de terrain qu’il n’était dès le départ préparé à en concéder.
Finalement, alors que les ombres de l’après-midi s’étiraient à l’extérieur de la tente, Tormund Fléau-d’Ogres – Haut-Disert, Cor-Souffleur et Brise Glace, Tormund Poing-la-Foudre, Époux d’Ourses, sire Hydromel de Cramoisi, Parle-aux-Dieux et Père Hospitalier – tendit sa main. « Tope là, et qu’les Dieux me pardonnent. Y a cent mères qui m’pardonneront jamais, ça, j’le sais. »

Tormund_Giantsbane_and_Mance_Rayder

Au préalable, comme il l’avait déjà pratiqué en une autre occasion (sur laquelle, trois tomes français plus tard, on ne sait toujours pas grand-chose), George R.R. Martin a habilement ressuscité deux personnages, l’un revenu d’entre les morts-vivants et de la psychose qui embrumait son être martelé avec soin par l’un des personnages les plus atroces de toute la saga, l’autre brièvement escamoté par le talent mystificateur d’un personnage toujours aussi ambigu. À présent, les tissus narratifs, qui avaient été soigneusement (et par moments, avouons-le, quelque peu douloureusement) éparpillés par le choix de l’auteur consistant à séparer en deux gros volumes distincts (soit deux fois trois volumes du découpage français, ou encore les deux intégrales, 4 et 5) le déroulement du récit, convergent à vive allure, certaines fausses pistes ou pièges à lecteur apparaissent (joliment) pour ce qu’ils étaient, d’autres pistes plus ténues flamboient tout à coup. Certaines quêtes semblent trouver un apaisement provisoire. Dans le Nord, la fameuse devise des Stark, « Winter is coming », prend peu à peu une signification neuve et beaucoup plus violente que tout ce qui avait été donné à voir jusqu’ici.

On pourrait éventuellement regretter que George R.R. Martin use, pour étendre ou relancer certaines de ses intrigues majeures, de personnages présentant beaucoup des caractéristiques d’un « deus ex machina ». Par prudence et respect (de même que je n’ai appris que récemment – cf. note précédente – à apprécier les plages de « transition » narrative ou d’ « engluement » de l’action), je soulignerai toutefois que certains des instigateurs de ces surprises sont reconnus, pour la lectrice ou le lecteur attentif, comme particulièrement soucieux de plans à long terme et de solutions de rechange, ce qui crédibilise assez largement ces irruptions narratives pour le moins surprenantes.

Enfin, si l’on pouvait penser que la densité en « cliffhangers » des dernières pages du volume américain précédent (et donc du douzième tome français, « Un festin pour les corbeaux ») serait difficile voire impossible à égaler, sachez que l’auteur s’est ici encore surpassé, et que les 150 dernières pages de ce volume offrent un véritable supplice pour les nerfs tant les positions inconfortables (pour le moins) d’un grand nombre de nos personnages y sont spectaculaires.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici. Pour acheter le cinquième tome de « L’intégrale » de J’ai Lu qui reproduit le découpage américain d’origine, c’est .

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2011 Winter TCA Tour - Day 3

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

Discussion

4 réflexions sur “Note de lecture : « Le trône de fer – 15 – Une danse avec les dragons » (George R. R. Martin)

  1. Une question. Quand le livre 16 sortira-t-il en librairie. On l’attend depuis longtemps.

    Publié par Claudine Puissant | 30 avril 2015, 07:53
    • Ah je ne sais pas, hélas. « The Winds of Winter » (le 6ème tome américain qui fera normalement l’Intégrale 6, et qui engendrera le tome 16 du découpage français) est annoncé en VO pour 2016. GRRM disait dans une récente interview qu’il voulait qu’il paraisse avant la diffusion de la saison 6 de la série télévisée. En supposant que ce calendrier soit respecté, ça mettrait la publication de la traduction française entre l’automne 2016 et le début 2017, je suppose…

      Publié par charybde2 | 30 avril 2015, 08:18

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: Note de lecture : « Gagner la guerre  (Jean-Philippe Jaworski) | «Charybde 27 : le Blog - 15 août 2015

  2. Pingback: Note de lecture : « Lyonesse  (Jack Vance) | «Charybde 27 : le Blog - 30 décembre 2018

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