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Notes de lecture 2015

Note de lecture : « Le trône de fer – 14 – Les dragons de Meereen » (George R.R. Martin)

Sous de machiavéliques engluements, bien plus qu’un tome de transition, cette fois.

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Publié en 2012 en français, le deuxième tome du découpage retenu par Pygmalion et J’ai Lu pour le « A Dance with Dragons » (2011) de George R.R. Martin poursuit donc le travail de « rattrapage géographique » commencé dans le tome précédent, « Le bûcher d’un roi », afin de faire converger les événements ayant eu lieu sur Westeros (tome 10 « Le chaos », tome 11 « Les sables de Dorne » et tome 12 « Un festin pour les corbeaux ») avec ceux du Mur et du continent oriental.

Tandis que l’on peut constater chez un personnage « réapparu » au cours du tome précédent l’effet en profondeur que peut engendrer le travail patient d’un authentique psychopathe sur le modelage d’un autre être humain (donnant ainsi peut-être l’un des motifs les plus « durs » de toute la saga), de nouveaux protagonistes prennent ici peu à peu leur essor, tout particulièrement ceux « chargés » narrativement d’établir le pont que l’on pressent pour bientôt entre les événements de Westeros et ceux du continent oriental.

Le Ramier n’était pas tout à fait nain, mais on aurait pu s’y tromper quand la lumière déclinait. Et pourtant, il se pavanait comme un géant, écartant largement ses petites jambes replètes et bombant un petit torse grassouillet. Ses soldats étaient les plus grands qu’aient vus les Erre-au-Vent ; le plus court mesurait sept pieds de haut, et les échasses intégrées aux jambières de leurs armures ornementées les faisaient paraître encore plus grands. Des écailles d’émail rose leur couvraient le torse ; sur leur tête étaient perchés des casques allongés, agrémentés de becs d’acier pointus et de crêtes de plumes roses qui dansaient. Chaque homme portait à la hanche une longue épée courbe, et serrait une pique aussi haute que lui, avec un fer en feuille à chaque extrémité.
« Le Ramier en fait l’élevage, les informa Dick Chaume. Il achète de grands esclaves dans le monde entier, accouple les hommes avec les femmes et garde les plus grands enfants pour les Hérons. Il espère pouvoir un jour s’dispenser des échasses.
– Quelques sessions sur un chevalet pourraient accélérer le processus », suggéra le mastodonte.
Gerris Boisleau éclata de rire. « Une bande qui inspire la terreur. Rien ne me terrifie plus qu’une troupe d’échassiers couverts d’écailles roses et de plumes. Si j’en avais un aux trousses, je rirais tellement que ma vessie pourrait lâcher.
– Y en a qui trouvent que les Hérons ont d’la majesté, observa le vieux Bill les Os.
– Ouais, si ton roi bouffe des grenouilles en se tenant sur une seule patte.

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Au milieu des nombreuses compagnies mercenaires qui se pressent à la baie des Serfs, à Meereen où la situation politique que connaît Daenerys semble de plus en plus inextricable, parmi les Corbeaux de Jon Snow tentant, après le départ de Stannis, de consolider leurs troupes en y intégrant de nouveaux contingents venus d’au-delà du Mur, ou même à Winterfell dans l’attente d’une confrontation potentiellement décisive, un sentiment terrible d’attente et d’engluement semble s’imposer. Lors du tome américain précédent, j’avais encore une nette tendance à trouver plutôt pénibles ces moments de transition, et à mettre une partie de leur rythme cassé sur le compte d’une narration se regardant un peu trop, hélas, écrire. Il me semble à présent (éclairage tardif !) que ces plages gluantes, au cours desquelles l’enchevêtrement des circonstances extérieures impose le ralenti – voire une certaine inaction apparente – à nos protagonistes habituellement les plus prompts à la prise de décision, jouent en réalité un rôle plus essentiel qu’il ne semble dans la construction globale de la saga et dans son équilibre.

En effet, plus la lectrice ou le lecteur avance dans ce maquis initialement fort touffu, plus la maîtrise de ses géographies, de ses enchaînements historiques significatifs et de ses si nombreux personnages se développe, plus il me semble que, sur le grandiose décor de sa saga de fantasy recadrée avec bonheur dans un univers à la magie rare et au Moyen-Âge crasseux et cruel omniprésent, George R.R. Martin explore avant tout, avec une intense volonté proche de l’exhaustivité, la panoplie complète de ce qui peut mouvoir les femmes et les hommes : « Le trône de fer » comme une vaste étude clinique des motivations humaines, en quelque sorte (j’y reviendrai certainement dans des notes ultérieures de lecture).

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De ce fait, ces moments parfois longs où la grande Histoire semble suspendre son avancée (même si, subrepticement, George R.R. Martin en profite pour organiser la convergence discrète, ou recoller, de nombreux fils narratifs apparemment secondaires, ou faussement négligés depuis longtemps), me semblent désormais particulièrement nécessaires pour donner, par accumulation de petites touches, l’épaisseur humaine nécessaire aux personnages pour valider ce travail d’entomologiste sur le choc des passions, des raisons et des motivations. Faute de cela, trop d’entre eux (ou d’entre elles) se verraient en effet réduits à l’état de squelettes, brièvement animés lors de scènes climactiques d’action et de combat (c’était d’ailleurs le cas de nombreux protagonistes trop fugaces du premier tome américain, voire du deuxième tome, pourrait-on considérer avec le recul). Si ces plages contribuent donc fortement à construire la complexité des personnages « les plus importants » (les guillemets me semblent ici nécessaires tant au fil des tomes George R. R. Martin nous a désormais justement habitués à considérer cette notion avec précaution…), elles jouent également un rôle indispensable pour préserver jusque loin dans la saga cette caractéristique « perverse » notée depuis ses débuts, à savoir la faculté qu’a l’auteur de sacrifier des personnages que l’on aurait d’abord jugés trop « essentiels » pour cet usage. Si George R. R. Martin ne saisissait pas ces (nombreuses) phases de « calme avant la tempête », aux quatre coins de son univers, pour investir lourdement en épaisseur des protagonistes, leur mort ultérieure ne nous causerait pas les effets puissants que nous sommes désormais nombreux à attendre comme une drogue narrative spectaculaire.

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2011 Winter TCA Tour - Day 3

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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