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Notes de lecture 2015

Note de lecture : « L’autofictif voit une loutre – Journal 2008-2009 » (Éric Chevillard)

Le deuxième autofictif, encore plus savoureux que le premier.

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Autofictif Loutre

Publié en 2010 à l’Arbre Vengeur, ce deuxième volume du « journal » d’Éric Chevillard (journal que j’ai découvert tardivement, à la différence des romans de l’auteur, aimés depuis fort longtemps, en ce début d’année 2015, avec « L’autofictif au petit pois ») succédait à « L’autofictif », et offrait déjà le début de la pérennisation bienvenue d’une série particulièrement jouissive de jeu avec la vie et le langage.

Porté par le même principe (trois entrées par jour, indépendantes ou enchaînées pour proposer un texte plus long), « L’autofictif voit une loutre » poursuit cette veine insensée d’associations d’idées, de paradoxes, de vrais et de faux aphorismes, de jeux langagiers, de résonances, de sauts et de pirouettes, mêlant intimement le drôle et le sérieux, la vacherie apparente et l’autodérision sincère, en y ajoutant peu à peu, au fil des jours, le sentiment de familiarité créé par quelques figures récurrentes, parfois entraperçues dans le premier volume, et s’installant désormais dans le paysage de ce journal vraiment pas comme les autres.

Les obus causent bien des dégâts et des coupes sombres aussi dans les populations. Regrettables corollaires, bien sûr, mais puisqu’il n’y a pas d’autre moyen que de les tirer pour en récupérer les douilles qui font de si jolis vases… (…)

Difficile pour moi de lire lorsque Agathe sollicite ma compagnie active. J’ai trouvé l’astuce : je poursuis devant elle ma lecture à voix haute, en y mettant le ton enjoué, excessif et bêtifiant qui amuse et rassure les bébés. Et voilà comment malgré tout je suis arrivé au bout de L’Odyssée, des Possédés et du théâtre complet de Thomas Bernhard. (…)

Duel

Il ne ratait jamais une occasion d’étrangler un enfant ou de pousser dans l’escalier une vieille personne. Et toujours une insulte à la bouche quand nous le croisions. Toujours prêt à nous casser la tête. Comment aurions-nous pu soupçonner notre voisin d’être ce saint homme répandant le bien dans la ville à la nuit tombée ? (…)

La rue est étroite et la personne qui arrive en face m’est connue.
Il va falloir se saluer, causer.
Ou alors rapidement, je dégaine et je tire. (…)

Un de mes cousins, je me souviens, à l’âge de neuf ou dix ans avait convaincu ses parents de le laisser passer l’hiver entier en culottes courtes afin de s’aguerrir dans la perspective d’un nouveau conflit mondial toujours possible. J’admirais le courageux garçon et déjà je l’imaginais, à demi nu dans un camp enneigé, souriant crânement à l’ennemi écœuré. (…)

Camouflage-Sneaky

Les tenues militaires de camouflage seront opérationnelles le jour où la jolie bergeronnette et le chardonneret bâtiront leur nid sur l’épaule des soldats. (…)

J’ai trouvé la plus juste définition de la littérature en m’intéressant à la technologie des polders : extension du monde habitable gagnée sur les eaux clapoteuses et les sables mouvants. (…)

Et l’on vit le petit âne emporté depuis le sommet de la montagne par sa charge de cailloux débouler sur l’hippodrome et coiffer au poteau tous les pur-sang engagés dans la course. (…)

Jugeant que ma fille était suffisamment outillée pour la vie, je l’ai aidée hier à boucler son petit bagage et je lui ai montré la porte. Elle n’a plus besoin de moi. Ses deux premières dents ont percé. Elle peut décapsuler ses bières. (…)

Loutre

Tandis qu’il écrit avec ses tripes, son cerveau bien obligé de faire le travail élabore puis évacue ses fèces. (…)

Il importe de redonner à nos contemporains l’envie de lire de la poésie. A cette fin, mon prochain recueil s’intitulera La vérité sur le salaire des cadres. (…)

Ne pourrait-on cependant faire une exception et soustraire à la loi du suffrage universel la liste des meilleures ventes en librairie ? (…)

Tu vois cette bogue épineuse et rébarbative, ma petite Agathe, eh bien il en va ainsi de toute chose en ce monde. Dans cette bogue épineuse et rébarbative, il y a le marron. Le marron stupide, impénétrable, incomestible et contondant.

Comme vous le voyez, il est difficile de résister à l’envie de citer nombre de ces petites pièces aiguisées, souriantes et rusées. Fort logiquement, toutes ne « parleront » pas ou ne plairont pas à chaque lectrice ou à chaque lecteur. Mais tout aussi assurément, il y en aura des dizaines pour titiller le cerveau et le cœur de chacune et de chacun.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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