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Notes de lecture 2015

Note de lecture : « Sombre sentier » (Dominique Manotti)

Daquin dans le Sentier du textile, du sexe et de la drogue, sept ans après « Or noir ».

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RELECTURE

Sombre sentier 1

Publié en 1995 au Seuil, le premier roman de Dominique Manotti introduisait le personnage plutôt inhabituel du commissaire Théo Daquin, flic parisien des Stups, matois et endurci, par ailleurs homosexuel, qui deviendra un héros récurrent de l’auteur, et dont on découvre les débuts à Marseille dans le tout récent « Or noir » (dont la lecture m’a justement donné envie de relire « Sombre sentier », devenu ainsi sa « suite »).

Mars 1980. Le meurtre mystérieux d’une très jeune Thaïlandaise, au cœur du Sentier textile, intervient dans un imbroglio soigné, où se heurtent contrôle du trafic d’héroïne au bénéfice des « nouvelles » filières mises en place par les mafias moyen-orientales et l’extrême-droite turque, trafic « classique » d’êtres humains qui n’a pas encore atteint alors le stade industriel contemporain, crapuleries locales et fraudes fiscales et sociales massives, sur fond de corruption plus ou moins douce et de lutte des travailleurs turcs sans papiers pour obtenir leur régularisation.

Envoyé spécial des Stups sur place, Daquin navigue entre les juridictions policières, celle de sa propre brigade, celle de la Criminelle et celle du commissariat du Xème arrondissement, tout-puissant dans le milieu des grossistes en textile. L’occasion de vérifier a posteriori que les débuts du commissaire à Marseille en 1973 (« Or noir ») ont été diablement formateurs, dans cette ville dont son ami avocat disait alors que « c’est une ville remarquable par la densité de son tissu de relations sociales« , car il navigue dans cette enquête comme un poisson dans l’eau, tout en gérant d’une manière bien particulière certain informateur crucial, et en tentant d’élucider les liens entre divers faits en apparence isolés.

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Une fois Bostic conduit en garde à vue, Thomas se retourne vers Santoni.
– Qu’est-ce que tu en penses, collègue ?
– Il a trouvé le cadavre ce matin, quand il a ouvert l’atelier.
– D’accord.
– Ça lui donne à peu près huit heures de battement.
– À peu près.
– Avant de nous téléphoner, il a vendu ses machines, pour pas qu’on les lui saisisse. Atelier clandestin.
– Toujours d’accord.
– Atelier normal pour le Sentier, moyennement crade. Mais pas la cuisine. Tu as vu comme elle est nickel ? Dans ces boulots-là, les ouvriers boivent et bouffent tout le temps. Même quand c’est bien tenu, ce n’est jamais aussi propre.
– Alors, qu’est-ce qu’on fait ?
– On y retourne, et on essaie de trouver ce qu’il a nettoyé et jeté. Et pas un mot aux génies de la Criminelle.

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Dès ce premier roman, aux côtés de Daquin que l’on retrouvera dans « À nos chevaux » (1997) et dans « Kop » (1998), Dominique Manotti développe une approche alors plutôt unique dans le polar noir français, qui prendra toute son ampleur à partir de « Nos fantastiques années fric » (2001), mêlant intimement et subtilement une capacité impressionnante à écrire en situation la « petite » histoire, tout en l’inscrivant, sans discours superflus, au sein de la trame de la « grande » Histoire et d’un contexte politique et économique toujours essentiel à la compréhension du « crime », fidèle en cela à son métier « officiel » d’historienne.

Une fois les deux inspecteurs partis, Daquin se plonge dans la presse. Il est convaincu qu’une partie de la solution du problème est là-bas, dans les pays d’origine, et qu’il faut essayer de comprendre ce qui s’y passe, si l’on veut arrêter les trafiquants, ici. Avec l’arrivée au pouvoir de l’imam Khomeiny, qui n’en finit pas de provoquer des troubles, les otages américains à Téhéran, l’extrême droite et l’extrême gauche qui se massacrent en Turquie, au rythme de vingt morts par jour, et maintenant l’intervention soviétique en Afghanistan, la lecture de la presse prend du temps.

Et c’est donc ainsi que débutait, savoureusement et insidieusement, une romancière (même si je ne l’ai découverte qu’en 2001) qui devait s’inscrire pour 20 ans, jusqu’à aujourd’hui y compris, dans les extrêmes sommets du polar noir contemporain.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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