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Notes de lecture 2015, Nouveautés

Note de lecture : « Nid de vipères » (Edyr Augusto)

Vengeance, folie et violence déchaînée dans la corruption de l’état brésilien du Para.

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Nid de vipères

Publié en 2004 au Brésil, à paraître le 5 mars 2015 chez Asphalte dans une traduction à nouveau impeccable de Dinhiz Galhos, le troisième roman d’Edyr Augusto, après « Belém » et « Moscow », poursuit l’exploration intense de la violence contemporaine brésilienne, inscrite au cœur d’une société dont une trop grande partie a fait depuis longtemps de l’avidité l’une de ses valeurs cardinales, tandis que la situation de carrefour stratégique des grands trafics qui est celle de l’état du Para en fait un emblème s’étendant bien au-delà du Brésil.

Grâce à un passe-partout, les trois hommes entrent dans l’appartement 1201. Silencieusement, prudemment. Dondinha est la première à comprendre. Alors que la foule pousse des ah ! à la vue des bouquets, des étoiles, des bombes et des serpentins qui illuminent le ciel, la domestique reçoit la première balle au cou. Elle tombe et geint, immobile, impuissante, tandis que Maria prend une balle à son tour et laisse tomber son téléphone. Sans la moindre résistance, figés par la peur, les autres se font tuer, sans précipitation, sans passion, avec des gestes précis et professionnels. Avant que tout s’efface, à la lumière des feux d’artifice striant le ciel, Maria voit le gardien de nuit sur le seuil du salon, allongé dans une flaque de sang. En sortant, une dernière balle, miséricordieuse. Au milieu du feu d’artifice et des cris de joie, six personnes ont été assassinées avec des armes de gros calibre. Père et mère, deux filles, l’employée de maison et le gardien, Walter Vasconcellos.

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Histoire d’un crime fondateur, d’une vengeance méticuleuse et d’un déchaînement de violence qui manque de passer l’imagination par sa brutalité ultime, « Nid de vipères » est aussi un tableau vipérin de la corruption à (très) grande échelle, et de ce que peut encore tenter de vouloir dire le « journalisme indépendant » dans un univers où liquider une famille entière, chez elle et en pleine ville, s’organise et se décide en un bref claquement de doigts.

Wlamir Turvel. Je suis né maudit. Mon père, jamais vu. Ma mère m’a balancé aux bonnes sœurs parce qu’il fallait bien continuer à faire le trottoir. Mais aujourd’hui, ça va, pour la vieille. Je lui ai donné tout ce dont elle avait besoin. C’est comme ça, quand on est un bon fiston. Je savais qu’il me faudrait lutter pour obtenir tout ce que je désirais. Rien ne serait jamais gratuit, pour moi. À douze ans, je travaillais déjà, je charbonnais, j’arnaquais les cons et je me faisais mon fric. J’ai appris à vivre. J’ai tué pour vivre. J’ai même pas fini la primaire, mais j’en sais plus que n’importe quel fils à papa. Plus tard, je me suis acheté un diplôme. Je savais que j’en aurais besoin. Dans la vie, il faut connaître le point faible des autres. Rien de plus. Le reste, ça vient tout seul. Je ne suis pas né pour être pauvre. J’ai fait pas mal de livraisons. J’ai mis de côté. J’avais déjà ma petite flotte de barques motorisées pour transporter la marchandise. Je graissais la patte du maire. Selon mon bon plaisir. Je connaissais ses affaires. Ce sale con. Se chiait dessus. Je regardais la mairie et je savais qu’un jour c’est moi qui y serai. On m’a parlé du trafic d’herbe. Pas compliqué. On en plante ou on en fait venir. Belém en consommait des tonnes. Il fallait de la place. La scierie Rio Fresco, par exemple. Cet Alfredo, un vrai débile.

N’hésitant pas à recourir à une étonnante incise dans laquelle le rock indie mondialisé vient jouer un rôle proche d’une rédemption pour une fuite passée, Edyr Augusto nous offre aussi ici, en 150 pages intense, un grand roman de folie partagée par des protagonistes que tout sépare, de courage insensé et de lâcheté humaine, trop humaine. Une nouvelle belle réussite.

Pour acheter le livre chez Charybde, à partir du 5 mars 2015, c’est ici.

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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