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Notes de lecture 2015

Note de lecture : « Cinq suites pour violence sexuelle » (Emmanuel Adely)

Dégager en poésie la violente absurdité sous-jacente à certains discours politiques.

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Cinq suites pour violence sexuelle

Publié en 2008 dans la collection Locus Solus des éditions Argol, ce texte d’Emmanuel Adely  – auteur que j’ai découvert fort tardivement avec l’excellent « La très bouleversante confession de l’homme qui a abattu le plus grand fils de pute que la Terre ait porté » (2014), qui m’a fait l’effet d’un véritable choc -, est né, comme nous l’indique une discrète note en fin de texte, d’un travail préliminaire autour d’un discours du président kazakh Nursultan Nazarbayev.

À partir du matériau brut fourni par cinq discours de Nicolas Sarkozy prononcés entre le 22 avril 2007 et le 6 mai 2007, Emmanuel Adely a croisé plusieurs méthodes d’analyse textuelle et de réduction sémantique – telles qu’elles se pratiquent très sérieusement au sein de travaux pointus de sémiologie ou de communication -, mâtinées d’une bonne dose d’authentique trituration poétique, pour extraire de ces logorrhées apparemment sensées leur noyau profond de galimatias obsessionnel.

Tout au long de la campagne, j’ai souhaité m’adresser à tous les Français au-delà des partis. J’ai voulu parler à ceux auxquels on ne parlait plus, aux travailleurs, aux ouvriers, aux employés, aux artisans, aux agriculteurs, à la France qui donne beaucoup et qui ne reçoit jamais rien, à la France qui est exaspérée et qui souffre, celle des banlieues en difficulté, des bassins industriels en déclin, des cantons ruraux abandonnés. (…) e veux parler à tous ceux que la vie a brisés, aux accidentés de la vie, à ceux qu’elle a usés, à ceux qui sont dans la détresse. Je veux parler aux malades, aux handicapés, aux personnes âgées, à ceux qu’une pression trop forte a épuisés, à ceux qui ont trop souffert. (…) Je veux les protéger contre la violence, contre la délinquance, mais aussi contre la concurrence déloyale et les délocalisations, contre la dégradation de leurs conditions de travail, contre l’exclusion. (Extraits « réels » du discours de Nicolas Sarkozy du 22 avril 2007)

sarkozy-thumb

Les trois éclats ci-dessus deviennent ainsi, après leur passage à la moulinette sémio-poétique, procédant non pas à leur réduction à l’absurde, mais bien plutôt à leur réduction au sens véritable ou à son absence forcenée, le paragraphe suivant :

à tous les bien au-delà parler à ceux parler travailleurs ouvriers employés artisans agriculteurs qui donne beaucoup et qui jamais rien exaspérée qui souffre en difficulté industriels en déclin ruraux abandonnés ouvriers artisans agriculteurs employés travailleurs ouvriers travailleurs qui peur avenir fragiles la vie de plus lourde en plus dure que la vie a brisés accidentés de vie que vie a usés détresse malades handicapés personnes âgées épuisés trop souffert dans détresse ouvriers travailleurs artisans dans société de clarté m’adresser s’unir à tous brisés tous accidentés je veux tous malades je veux tous handicapés je veux tous travailleurs je protège tous contre violence délinquance concurrence délocalisations dégradation exclusion tous malades tous handicapés tous travailleurs tous personnes âgées tous ouvriers tous agriculteurs tous usés tous brisés tous accidentés tous peur

C’est ainsi que le titre choisi par Emmanuel Adely prend au fil des 75 pages de son texte tout son sens et toute sa saveur saumâtre : loin de n’être qu’une provocation malicieuse, la « violence sexuelle » qui parcourt souterrainement tout le sous-texte obsessionnel de certains politiciens apparaît ici au grand jour. Et cette violence méprisante est bien celle des mêmes, lorsqu’ils clament – davantage en privé qu’en public, de nos jours – que le peuple est à prendre lorsqu’il s’offre et même s’il ne s’offre pas, ou qu’ils aiment à utiliser l’expression « à la hussarde » pour exprimer leur manière de concevoir politique et démocratie.

Un exercice audacieux qui, sous son air d’expérimentation, révèle crûment des aspects le plus souvent discrets de la parole politique.

Ce qu’en dit Charles Robinson sur son blog est ici.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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