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Notes de lecture 2015

Note de lecture : « Le souffle court » (Massimo Carlotto)

Quatre jeunes dans le vent jet-set du crime organisé contemporain. Décapant et sans pitié.

x Le souffle court

Publié en 2012, traduit en français en 2014 par Serge Quadruppani chez Métailié, le seizième roman solo de Massimo Carlotto est le premier que je lis de cet auteur, dont la verve de son traducteur français (et directeur de la collection italienne chez Métailié) avait su me donner grande envie voici deux ans.

Délaissant ici son principal héros récurrent, dit « L’Alligator », comme le plus occasionnel Giorgio Pellegrini – personnage central de « Arrivederci amore » (2001) et de « À la fin d’un jour ennuyeux » (2011) -, Massimo Carlotto s’attache à quatre jeunes gens pressés de la société contemporaine. S’étant rencontrés lors de leurs brillantes études à Leeds, un riche héritier indien, un Napolitain évoluant aux franges de la Camorra, un Russe « appartenant » à une famille mafieuse et une apprentie banquière suisse décident tôt que le monde leur appartient, que leur intelligence et leur détermination doit leur permettre, collectivement, de devenir très riches, très libres et très vite, en profitant notamment de la pesanteur et de la lenteur de beaucoup de circuits du crime organisé.

Les loups passèrent sous la grande roue panoramique et se dirigèrent contre le vent vers les autos tamponneuses. Ils couraient vite, sans hésiter, dans les herbes hautes qui commençaient à jaunir avec l’arrivée de l’automne. Bientôt, au jaune succèderaient le rouge malsain des troncs et la rougeur, sombre comme le sang figé, de la rouille couvrant la ferraille du Luna Park. Seule la neige aurait pitié de ce parc d’attractions abandonné, le recouvrant durant de longs mois d’un manteau immaculé. Les loups se blottirent entre les vieilles petites autos électriques, observant les cerfs qui s’abreuvaient dans un grand bassin. Autrefois, ce devait être une fontaine pleine d’éclaboussures et de jeux aquatiques. Les mâles, de temps en temps, levaient leur tête ornée de longs bois pour humer l’air et flairer les prédateurs, mais ils se remplissaient les narines d’un courant d’air venu du ponant, alourdi des odeurs de la ville fantôme de Pripiat.

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Des cimetières de bateaux d’Alang aux cliniques de chirurgie esthétique de Milan, des forêts radioactives ukrainiennes aux agences matrimoniales de Marseille, Massimo Carlotto impose un rythme endiablé et foisonnant à cette confrontation brutale entre Anciens et Modernes du crime, arbitrée par un desperado paraguayen échappé de l’enfer de la zone des trois frontières (celle que Leonardo Oyola décrit si follement dans son « Chamamé ») et par une commissaire marseillaise impitoyable, blanchie sous le harnais de son atypisme résolu.

Il repensa à quand il s’entraînait avec Sunil et apprenait à apprécier son amitié et son incroyable capacité d’analyse, de compréhension des mécanismes économiques et de l’âme humaine, comme s’ils faisaient partie du même univers. C’était l’Indien qui avait uni le groupe comme s’il en avait choisi exprès les membres. C’était lui encore qui avait rendu possible la confiance acquise dans le rêve de baiser tous ceux qui les avaient baisés depuis leur naissance. Sunil était capable de vous convaincre en déconnant que le plus fou des plans était réalisable. Les autres étudiants et les professeurs les considéraient comme quatre gosses de riches, bûcheurs et snobs. En réalité, c’était juste quatre jeunes gens perdus dans un destin déjà fixé qu’ils n’avaient pas choisi et encore moins voulu. Puis ils avaient trouvé la force de se rebeller et quelque chose d’indéfinissable et de nécessaire s’était emparé de leurs esprits et de leurs cœurs. Et alors, ça n’avait pas été si terrible de feindre de se faire harponner par la belle Ulita et tromper par le FSB. Puis, à son tour, il s’était fait avoir mais ce n’était pas si tragique. On pouvait tout supporter.

Un grand moment de noirceur et de violence. Crime partout, rédemption nulle part. Spectaculaire et décapant.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

x carlotto

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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