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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « Désir d’Afrique » (Boniface Mongo-Mboussa)

Imposante somme d’articles critiques de fond sur les littératures africaines, d’une rare pertinence.

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Enseignant en littérature francophone et corédacteur en chef de la revue « Africultures », le Congolais Boniface Mongo-Mboussa est sans doute l’un des plus fins observateurs actuels des littératures afro-antillaises.

Ce recueil de critiques de fond, paru en 2002 aux Continents Noirs de Gallimard avec une superbe préface d’Ahmadou Kourouma et une excellente postface de Sami Tchak, contient plusieurs essais audacieux et roboratifs, parmi lesquels on pourra citer « La puissance des racines », intelligente réhabilitation des « classiques » africains dont la forme souvent très académique a pu entraîner le discrédit ces dernières années, « Le pleurer-rire des écrivains africains », lumineuse tentative d’élucidation de l’usage de l’humour chez Dadié, Oyono, Beti, Ouologuem ou Kourouma, « Désir de mémoire », sur les modalités de la persistance de la dénonciation anti-coloniale, « Rwanda 1994-2000, la mémoire du génocide en partage », sur l’ambitieux projet « Écrire pour la mémoire » qui rassembla dix écrivains en atelier-séminaire intense pour écrire, chacun, sur le génocide, ou encore « Peindre et écrire au Congo », traçant un captivant parallèle entre les méthodes utilisées par Chéri Samba et Sony Labou Tansi pour tenter de s’émanciper des compromissions / récupérations du pouvoir local.

Un extrait de la préface d’Ahmadou Kourouma : Comment a été produite cette œuvre de continuelles réponses à de perpétuels défis, cette œuvre qu’on peut appeler une littérature de la mauvaise conscience de l’Occident ?
C’est ce que nous développe avec intelligence et brio Mongo-Mboussa, un des critiques africains les plus doués de sa génération.
Il rappelle qu’au début nous savions à peine écrire le français, nous étions un tirailleur sénégalais. Puis ce furent des étudiants, la faim au ventre, qui reprirent le flambeau. Et quand ils quittèrent les universités, devinrent des intellectuels, prirent la relève des étudiants, ce fut pour aller à l’exil. C’est l’exil qu’ils ont continué à écrire.
Et dans tous les cas, sauf récemment, tout récemment, les écrivains africains ne pouvaient vivre de leur plume. Le tirage dérisoire de leurs livres le leur interdit. Les Africains d’Afrique – ceux pour qui ils sont censés écrire – majoritairement ne savent pas lire et n’ont pas les moyens financiers de se procurer un grand nombre de volumes.
Tout cela est écrit par Mongo-Mboussa en un style sobre allant à l’essentiel dans un livre foisonnant d’informations puisées dans une grande et longue culture. De page en page, on est surpris de constater tout ce qu’on ignorait et que Mongo-Mboussa nous apprend ; rapidement, on comprend jusqu’à aimer ces chevaliers de la plume, jusqu’à désirer l’Afrique et ses problèmes.
M. Mongo-Mboussa a écrit un livre important sur la littérature africaine, un livre important pour l’Afrique.

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Boniface Mongo-Mboussa

Les articles détaillés, souvent appuyés sur des entretiens approfondis, consacrés à Wole Soyinka, Mongo Beti, Ahmadou Kourouma, Cheikh Hamidou Kane, Abdourahman A. Waberi, Ken Bugul, ou encore Kossi Efoui, figurent aussi parmi les plus passionnants de l’ouvrage.

Un extrait de la postface de Sami Tchak : Aujourd’hui, peut-être cette littérature s’essouffle-t-elle, comme bien d’autres ailleurs dans le monde ! Cela peut-il expliquer qu’elle n’ait pas encore l’écho qu’elle mérite ? Quand sonnera donc l’heure des littératures africaines ? Cela sera-t-il seulement possible alors que ces littératures sont de plus en plus l’œuvre de réfugiés politiques et d’exilés économiques, confrontés à une marginalité multiforme ? Qui désire l’Afrique ? Qui désire les littératures africaines et pourquoi ?
La singularité de la démarche de Boniface Mongo-Mboussa réside, me semble-t-il, dans l’art de poser des questions urgentes aux écrivains, africains pour la plupart, mais aussi antillais – Glissant, Maximin -, sans oublier le Mauricien Maunick, pour susciter des réponses comme dans l’urgence. Ici, les propos peuvent flotter, hésiter, même perdre leur fil. Mais ils nous donnent, à travers des voix aussi diverses que les questions posées et les livres autour desquels ils ont été construits, l’autre facette du travail de l’écriture : construire oralement un sens sur l’écrit. Puisque c’est de cela qu’il s’agit : amener l’écrivain à se dire, provoquer l’oralité de l’écriture.
« Désir d’Afrique » offre la possibilité, même à celui qui ignore encore tout de la littérature africaine, de l’aborder sous la forme d’une mise en scène où apparaissent nombre des principaux acteurs qui la font.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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