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Notes de lecture 2010

Note de lecture : « La stratégie des antilopes » (Jean Hatzfeld)

Troisième volet de la trilogie rwandaise : une réconciliation entre bourreaux et victimes ?

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La stratégie des antilopes

Toujours au Seuil, Jean Hatzfeld proposait en 2007 le troisième volet de son terrible récit à propos du génocide rwandais, couronné du prix Médicis cette année-là. Après « Dans le nu de la vie » (2000), où il recueillait avec une extraordinaire sensibilité les témoignages des survivants des collines de Nyamata, puis « Une saison de machettes » (2003), où avec une étonnante détermination il parvenait à faire parler les génocidaires enfermés dans le pénitencier de Rilima, le voici qui relate, toujours principalement par la voix des acteurs eux-mêmes, le retour des génocidaires ayant avoué, graciés après 7 à 10 ans de prison dans le cadre de la politique officielle de réconciliation, sur le lieu de leurs « exploits », leurs réactions et celles des survivants confrontés à cette situation…

On formait une ligne de deux mille prisonniers. Chemin faisant, on entendait des amitiés, des moqueries ou des railleries, raison pour laquelle on rentrait nos chants pour ne pas attiser l’attention. Je me disais dans mon for intérieur : C’est incroyable, avoir pitié de nous à ce point-là, ça ne devrait pas exister.

(…)

Au centre, ce n’était plus chaud comme auparavant. La pauvreté et le découragement avaient nettoyé les petits cabarets des bons mots. Toutefois, je voyais que les deux camps avaient été sévèrement sensibilisés. Les Hutus avaient appris à raccrocher leur méchanceté, les Tutsis à raccrocher leur rancune.

Antilopes

(…)

Au fond, qui parle de pardon ? Les Tutsis, les Hutus, les prisonniers libérés, leurs familles ? Aucun d’eux, ce sont les organisations humanitaires. Elles importent le pardon au Rwanda, et elles l’enveloppent de beaucoup de dollars pour nous convaincre.

(…)

On demandait : que se passe-t-il de nouveau ? Les gouvernants épaulent les Hutus, ils ne nous regardent plus, ils ne nous considèrent aucunement. Comme on ne pouvait montrer de colère, on échangeait des blagues. On racontait : au fond, la chance aime les Hutus : ils tuent, ils ne sont pas tués ; ils s’enfuient au Congo, ils sont ramenés gratuitement ; ils vont en prison, ils sortent gras et bien reposés ; ils brûlent nos maisons, ils retrouvent les leurs sans anicroches, avec à l’intérieur les épouses pour cuire la marmite et faire les amitiés nocturnes.

Dans ce troisième volet, Jean Hatzfeld, avec toujours le même art extraordinaire de susciter et sobrement mettre en scène les confidences, poursuit, avec peu à peu le recul que le temps introduit, sa bouleversante quête du comprendre et du rendre dicible l’indicible… Une œuvre qui remue nécessairement en grande profondeur le lecteur.

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Jean Hatzfeld

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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