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Notes de lecture 2015, Nouveautés

Note de lecture : « Ariane dans le labyrinthe » (Philippe Bollondi)

Une lecture contemporaine hilarante et rusée de la légende du Minotaure.

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Ariane dans le labyrinthe

Publié en janvier 2015 au Nouvel Attila, le premier roman du Lyonnais Philippe Bollondi réécrit avec bonheur la légende crétoise du Minotaure. Maniant avec brio tant les codes de la tragédie mythologique que ceux de la comédie farceuse, il en concocte une délicieuse version contemporaine, spectaculaire et marchande, dans laquelle un Minos vieillissant, paillard et avide, gère son parc d’attractions « Le Labyrinthe » avec la complicité d’un Dédale ivre de pouvoir, accueillant à prix d’or les héros désireux de se frotter à la bête vivant au cœur du complexe, tandis qu’Ariane, hautaine princesse et récompense d’un improbable vainqueur, fantasme en secret sur la chose à tête de taureau, que Phèdre, admirative et jalouse, se réfugie dans une nymphomanie assumée, et que Pasiphaé, névrosée et délaissée par le roi qui lui préfère en douce les vierges destinées officiellement au monstre, se noie dans le luxe et l’alcool.

C’est alors que survient Thésée, bellâtre sur le retour, assisté de son attachée de presse, négociant son contrat de héros avant de pénétrer à son tour dans le Labyrinthe… : « En toute modestie, je viens proposer mes savoir-faire de héros grec, afin de vous débarrasser de la bête immonde. »

Malheureusement, il y avait toujours quelque chose pour le sortir de ses rêveries. Là c’était un type assez gros qui s’impatientait à son guichet : « C’est pas lire qui va te faire mal. »
Boniface posa le livre derrière son comptoir. Il ne cornait jamais les pages, se contentait de laisser le livre ouvert, dos vers soi, mais savait les vrais lecteurs détruire les leurs à la lecture. Il avait honte de ne jamais rien souligner, jamais rien arracher des textes pour les exhiber. Sa mémoire lui faisait souvent défaut. Il se plongeait dans le flux, c’était tout.
Hormis lire, Boniface était guichetier à l’entrée du Labyrinthe, attraction principale du Royaume de Minos. Chaque matin, et jusqu’au soir, les fiers-à-bras faisaient la queue devant le bâtiment carré. Vantards ou gênés, on les aurait dit pressés d’être éviscérés et de servir de nourriture. Portés disparus, comme d’autres avant eux, ils seraient peut-être plus appréciés morts que vivants, faute d’avoir été celui qui apportera la tête décapitée de Minotaure et qui épousera la fille du Roi. Ils piaffaient d’impatience, de vrais gosses. Personne ne les voyait dans le rôle, même eux doutaient ; mais avant de tenter sa chance, il fallait s’acquitter du prix.
« Plutôt que rien foutre, donne-moi un ticket. »

Savoureux et enlevé, redoutablement rusé et étonnamment poétique dans sa démystification narquoise des ressorts fantastiques et mythologiques, ce premier roman est une vraie réussite.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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