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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Le quatuor de Jérusalem » (Edward Whittemore)

Peut-être LE grand roman du Moyen-Orient, par un ex-agent de la CIA formidablement inspiré et subtil.

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Quatuor de Jérusalem

Publié en quatre tomes entre 1977 et 1987, traduit en français par Jean-Daniel Brèque pour la collection Ailleurs & Demain de Laffont entre 2005 et 2008, le grand roman d’Edward Whittemore compte parmi ces textes relativement rares qui peuvent ébranler en profondeur la lectrice ou le lecteur, les saisir par sa beauté, son intelligence et son ambition.

Ancien agent de la CIA ayant arpenté le Moyen-Orient en tous sens entre 1958 et 1967, sous couverture de journaliste pour le Japan Times, Edward Whittemore offre peut-être ici le plus grand roman existant de et sur cette région, de la dépression de Qattara à l’Hindu Kuch, du Yémen aux contreforts sud du Caucase.

Très fin connaisseur de la région, de sa géographie, de ses civilisations, de ses religions et de son histoire, proposant à chaque tour et détour de ces 1 600 pages un extraordinaire rêve éveillé, que traversent comme par magie – mais d’une magie qui n’affecte guère la grande Histoire, plutôt les consciences et les identités de celles et ceux qui s’y exposent – des personnages « plus grands que la vie », qu’ils affectent profondément les événements survenant entre 1802 et 1982 ou qu’ils restent d’une confondante discrétion, qu’ils surgissent de nulle part, c’est-à-dire de la troublante imagination de Whittemore ou qu’ils s’inspirent de divers personnages réels relus et remixés avec bonheur, un peu partout dans la région, avec une prédilection marquée et centrale pour Jérusalem, suivie de près par Le Caire, Damas et Smyrne (Izmir), mais n’excluant nullement d’occasionnelles excursions au Yémen, au Liban, en Jordanie, à Athènes, en Albanie, à Tombouctou, en Irlande ou même dans une réserve hopi de l’Arizona.

Si l’on a pu parfois évoquer Umberto Eco (principalement celui du « Pendule de Foucault », pour cette manière érudite et farceuse d’inventer des conspirations visant avant tout à moquer lucidement la tentation humaine de ne pas chercher les bonnes explications aux désastres qui surviennent), c’est de fait surtout Thomas Pynchon qui vient à l’esprit, mais Edward Whittemore y ajoute une tendresse poignante pour ses personnages, même dans les circonstances les plus défavorables, qui fait du « Quatuor du Sinaï » une œuvre unique, toute de foisonnement érudit, de maîtrise narrative, d’ampleur sauvage et de très profonde humanité, distillant une émotion sourde, retenue et tragique, au long de ces presque deux siècles.

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Le Codex du Sinaï

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Sinai Tapestry

Publié en 1977, traduit en français en 2005, ce premier volume plante le formidable décor chamarré dans lequel tout va se produire – ou ne pas se produire – au cours des presque deux siècles qui suivront la naissance, en 1802, de Skanderberg Wallenstein, en Albanie, et celle, en 1819, de Plantagenêt Strongbow, en Angleterre.

Lorsque l’aventurier albanais découvre par hasard, en 1829, une Bible plus ancienne que toutes les autres, dans un obscur monastère du Sinaï, dont l’authenticité avérée ébranlerait les religions du Livre, car dictée par un conteur aveugle, bateleur et farceur, à son assistant légèrement idiot qui y a ajouté ses propres commentaires, il décide rapidement de s’atteler à la tâche colossale de forger une contrefaçon parfaite, qui réancrera les fondations désormais menacées de la chrétienté, mais aussi du judaïsme voire de l’islam. Savoureuse minutie du faux, comme en lointain écho du troublant « Tiré à part » (1994) de Jean-Jacques Fiechter (par ailleurs curieusement spécialiste des faussaires en art égyptien..),  hallucinant récit de folie démiurgique poussée à son paroxysme, ce n’est pourtant là que le « simple » coup d’envoi d’un récit spiralé qui prend son essor au fil des pages.

Ce manuscrit trouvé dans le désert était ainsi fait, de pages de sable où les traces de pas s’estompaient sans cesse, où la trame de l’Histoire était tissée dans le plus magique des désordres, toute de nœuds imprévus et de motifs spéculaires, et les ombres sacrées de la foi y étaient tantôt allongées, tantôt raccourcies, par un soleil agité et une lune capricieuse.
Car dans cette Bible, la plus antique de toutes, le paradis n’était jamais du bon côté du fleuve, ce n’était jamais le bon peuple qui le cherchait, jamais le prophète attendu qui le prêchait, et les événements historiques s’y déroulaient toujours avant ou après le moment fixé par l’Histoire, à moins qu’ils n’aient tous lieu en même temps.
Une telle confusion vous engourdissait, vous plongeait dans une perplexité annonciatrice de démence. Un texte circulaire, une antichronique, calmement contradictoire, suggérant l’infini.

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Le monastère Sainte-Catherine, au pied du mont Sinaï.

Duc anglais excentrique consacrant ses vies successives à explorer le Moyen-Orient, à rédiger une somme en 33 volumes intitulée « Le sexe levantin », à acheter en douce l’empire ottoman ; exilée américaine épousant un vaillant maquisard grec puis, devenue veuve, liant amitié avec son beau-frère, roi des nuits de Smyrne ; fils secret d’aventurier de génie rêvant d’une grande nation arabo-judéo-chrétienne vivant de trafic d’armes pour les sionistes ; enfant des îles d’Aran pratiquant la résistance irlandaise en solitaire avant de gagner Jérusalem déguisé en nonne ; pauvre hère palestinien ayant vécu 3 000 ans – ou en tout cas le croyant : le roman et les personnages foisonnent, capturant manu militari le lecteur pour le convoyer sans ménagements au long de ces rencontres fortuites, de ces coïncidences impossibles, de ces confidences ex machina échangées tard la nuit dans des tavernes enfumées, tissant sans relâche la trame d’une réflexion secrète et belle.

Bagdad, déclara hadj Harun en le voyant examiner le cadran solaire. Cinquième califat abbasside. J’étais antiquaire avant de me consacrer entièrement à la défense de la Ville sainte et de perdre tous mes biens.
Je vois.
C’était jadis un cadran solaire portatif.
Je vois.
Monstrueusement lourd, mais cela ne semblait pas le déranger. Il le calait sur sa hanche.
Vraiment. Et qui donc ?
Je ne me rappelle plus son nom. Un jour, il m’a loué mon arrière-boutique pendant un après-midi pour y écrire quelque chose, et il m’a laissé cet objet en gage de reconnaissance.
Il l’a louée pour un après-midi, c’est tout ?
Je crois bien que oui, mais il a quand même bien travaillé. Puis il a empaqueté tous ses papiers et les a expédiés à Jaffa par caravane, et un navire a ensuite embarqué tous les dromadaires pour Venise.
Pourquoi pas, après tout. Par beau temps, Venise est la destination idéale pour une caravane de dromadaires.

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Jérusalem au poker

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Jerusalem Poker

Publié en 1978, traduit en français en 2005, le deuxième volume réussit d’emblée la prouesse d’introduire un somptueux flashback aux événements déjà proliférants et baroques du premier volume, en ajoutant, sur la période 1784-1817, l’étonnant personnage de Johann Luigi Szondi, né à Bâle, infatigable voyageur balkanique et moyen-oriental durant toute sa vie bien remplie, dont la progéniture tisse à elle seule une toile solide reliant des individus et des lieux jusqu’ici apparemment disjoints.

D’un immigré nubien au Caire devenu le plus grand égyptologue de l’époque, en secret, à un drogman devenu le maître secret du trafic de la poudre de momie aux multiples vertus supposées, d’une maîtresse femme hongroise créant une imposante dynastie de banquières par la grâce de spéculations, rendues possibles et sûres par la correspondance détaillée de son mari arpentant le Moyen-Orient économique en tous sens, à un attaché militaire austro-hongrois à la fulgurante carrière de spécialiste de l’empire ottoman, d’une taciturne héritière albanaise créant un cartel occulte, pour exploiter le pétrole de la région, à un samouraï japonais converti au judaïsme, et devenu rabbin sioniste, les nouveaux personnages complètent, approfondissent et prennent le relais des protagonistes précédents, traversant l’époque comme de fantasmagoriques épées acérées et farceuses,  autour du massacre de Smyrne en 1922, pour dérouler l’extraordinaire tournoi secret de poker, de 1921 à 1933, dont l’enjeu est le contrôle occulte de la ville de Jérusalem.

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sopwith6

Un triplan Sopwith (1916)

Aux premières lueurs de l’aube en ce début d’été, un baron junker et son épouse, tous deux nus, vieillissants, obèses et suants, se tenaient debout au sommet de la Grande Pyramide dans l’attente du lever du soleil.
L’atmosphère était chaude et le désert figé, on était en 1914, et ce noble couple d’au-delà de la Poméranie venait d’accomplir le rêve de toute une vie, faire l’amour au point du jour au sommet de la Grande Pyramide, en retirant une profonde et épuisante satisfaction.
A quelques blocs de pierre du sommet se trouvait un homme qui s’était livré sur eux à diverses pratiques, un ancien esclave noir, aujourd’hui drogman expérimenté, du nom de Cairo Martyr. Pour le baron et son épouse, ce moment était le point culminant de leur longue existence ; pour Martyr, il ne s’agissait que d’un banal lever de soleil qui lui avait rapporté vingt livres sterling pour services rendus.
Il bâilla et alluma une cigarette.
Le soleil poignit au-dessus de l’horizon, et le baron et la baronne écartèrent les bras pour l’accueillir, et leur peau et leurs cheveux étaient d’une pâleur qui les rendait presque invisibles au sein de l’aurore du désert.
Sueur luisante et graisse pourrissante. Aurore. Cairo Martyr tira paresseusement sur sa cigarette et se tourna vers le nord en entendant le lointain vrombissement d’un avion.
C’était un petit triplan en provenance d’Alexandrie, qui remontait le Nil en direction de la capitale pour y transporter le courrier du matin. Martyr le vit grossir et comprit qu’il fonçait droit sur la pyramide. Encore quelques secondes, et il distinguerait la fringante silhouette du pilote, un Anglais souriant avec casque de cuir et lunettes de vol, son écharpe blanche volant au vent.
Baissez-vous, hurla-t-il. Baissez-vous.
Mais le baron et la baronne, tout à leur extase, n’entendirent ni sa voix ni le bruit de l’avion. La grosse boule rouge qui montait au-dessus de l’horizon les avait hypnotisés, inondant de sa chaleur leurs corps décatis. L’avion battit des ailes pour saluer dans la gaieté le monument le plus impressionnant jamais érigé par l’homme, puis vira gracieusement pour remettre le cap au sud.
Cairo Martyr se leva, n’en croyant pas ses yeux. L’homme et la femme quasi invisibles se dressaient toujours sur le sommet, les bras grands ouverts, mais ils étaient désormais privés de tête, décapités par l’aile la plus basse du triplan. Les cadavres massifs s’attardèrent quelques secondes, puis basculèrent doucement pour disparaître de l’autre côté de la pyramide.
Cairo Martyr fixa le soleil naissant. Sa cigarette lui brûla les doigts et il la lâcha.
Le courrier du matin en 1914.
Un salut plein de gaieté à l’Antiquité.
Et une étonnante machine volante tranchant dans le vif l’ordre ancien et nonchalant du XIXème siècle, le vieux monde désormais incapable de survivre en cette ère mécanique battant des ailes et virant sur les flots d’un vent de hasard.
Ce fut lors de ce choc vertigineux, de cette prise de conscience qui le saisit ce matin-là, au sommet de la Grande Pyramide, que Cairo Martyr comprit que c’en était fini de sa période de servitude victorienne. Plus jamais il n’honorerait des Européens en vacances, dans les arrières-salles du souk ou à bord de felouques dérivant sur le Nil. C’en était fini de l’époque où les colonialistes prenaient le soleil sur les pyramides. L’ère victorienne avait perdu la tête.
Pour le baron junker et la baronne, tout autant que pour Cairo Martyr, le XIXème siècle venait de connaître une fin abrupte en cette aube du début d’été 1914, bien que, pour le reste du monde, quelques semaines dussent encore s’écouler avant que l’on accepte un peu partout la nouvelle donne.

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Ombres sur le Nil

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Nile Shadows

Publié en 1983, traduit en français en 2007, le troisième volume rompt sensiblement avec les deux premiers : conservant une trame générale inscrite dans le foisonnement désormais presque familier à la lectrice et au lecteur, il concentre l’action sur une très brève plage temporelle, celle des quelques semaines et mois précédant la chute de Tobrouk (juin 1942), au moment où Le Caire panique et où les blindés de Rommel semblent ne pas devoir s’arrêter avant d’avoir conquis tout le delta du Nil, les Britanniques ayant entamé leur repli vers la Palestine.

S’ouvrant le 21 juin 1942, par la chute de Tobrouk et la mort de Stern, d’une grenade jetée en apparence dans un bar par des soldats ivres en goguette, le volume, usant néanmoins d’intense flashbacks pour dévoiler nombre de tenants et d’aboutissants jusqu’ici ignorés, suit avant tout l’enquête sur Stern confiée à Joe Sullivan O’Beare, arraché à son repos de medicine man hopi par les services secrets alliés qui ont besoin de lui au Caire, où il débarque au tout début de juin 1942.

Sans doute moins fantasmagorique et moins foisonnant à mesure que le récit se rapproche de notre époque, entrant de manière plus déterminée dans les arcanes de l’espionnage et de ses ramifications en temps de guerre, comme en ce qu’il annonce des paix incertaines à venir, ce volume est sans doute le plus poignant des quatre, et celui qui perce le plus intensément les épaisses carapaces narratives ayant longtemps protégé les principaux protagonistes de cette incroyable saga d’un monde et de plusieurs époques.

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Colonne de l’Afrika Korps, juste avant la chute de Tobrouk.

Parfois, je regrette de n’être pas devenu dentiste. Une tache noire apparaît, et on la chasse à coups de fraise, comme ça, et puis on comble la carie avec une goutte d’or. C’est facile, c’est gratifiant, et les gens font la queue pour avoir le privilège de vous voir et de vous appeler Herr Professor Doktor, ou encore Panzergroupcommander. Mais pour avancer dans la carrière, il faut considérer les gens comme des dents, ce que font les nazis.

(…)

Pourquoi portiez-vous ce calot, Joe ?
Question d’habitude, je suppose. Il me rappelle certaines choses, je suppose. Je dois me sentir à l’aise avec ce truc sur la tête.
Et parfois mal à l’aise, aussi ?
Oh, oui. Les incarnations vont et viennent et il n’est pas toujours facile de se rappeler où sont passés tous ces gens qui ont occupé votre corps, ce qu’ils ont fait et les choses qui leur semblaient cruciales sur le moment. Bien sûr, certaines de ces choses étaient cruciales, elles l’étaient toutes, à leur façon, mais c’est bien ce que vous voulez dire en parlant de détails concrets ? Mon calot de laine rouge m’aiderait à me souvenir qu’un gamin en fuite dans les collines du sud de l’Irlande, un jeune homme obsédé jouant au poker à long terme à Jérusalem, l’homme-médecine des indiens Hopis et l’agent arménien affecté au Caire et connu sous le nom de Gulbenkian, que tous ces types sont apparentés d’une obscure façon ? Qu’ils ont en outre tous grandi dans la peau d’un garçon ayant passé son enfance à se faire ballotter par la marée dans un bateau de pêche au large des îles d’Aran ? Par la marée et le reste, en dépit de tout ? En dépit des vents contraires et des étranges taches solaires du temps ? Que tous ces gamins, tous ces hommes et tous ces concepts que je viens d’évoquer ont tous un point commun en dépit des années ? À savoir moi-même, parce qu’ils sont moi-même ? Est-ce là ce que vous voulez dire ?

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Les murailles de Jéricho

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Jericho Mosaic

Publié en 1987, traduit en français en 2008, le dernier tome du Quatuor de Jérusalem tranche par sa tonalité, résolument plus réaliste et moins magique que les trois précédents, même si les liens patiemment tissés par l’auteur au préalable y produiront tout de même d’impressionnants effets retardés et de somptueux décalages.

S’appuyant très directement sur les événements survenus au Caire en juin 1942, « Les Murailles de Jéricho » dressent un tableau d’une belle puissance des premières années de l’état d’Israël, de 1948 à 1982, mais aussi des interactions, inscrites dans l’histoire, la vraie comme celle, subtilement différente, racontée tout au long des trois premiers volumes du Quatuor, avec la Syrie, la Jordanie, le Liban et les Palestiniens en exil.

En un foisonnement encore plus maîtrisé qu’auparavant, privilégiant les points de vue d’un retraité des services secrets britanniques, installé à Jéricho, dont le charme inactuel d’oasis dans la tempête distille sa grâce à tout le volume, du fondateur et premier directeur du Mossad, et d’un agent israélien infiltré en profondeur en Syrie, s’inspirant cette fois très directement de faits et de personnages réels (les directeurs successifs du Mossad, très réalistes sous leurs noms d’emprunt, et le « véritable » espion de Damas, Eli Cohen, qui sera, lui, exécuté en 1965), Edward Whittemore, très proche nécessairement ici de sa propre vie réelle d’agent de la CIA au Moyen-Orient dans les années 1958-1967, dresse un tableau chamarré, d’une beauté dérangeante et d’une lucidité terrible, de la fin d’une époque, de la renonciation à un rêve (celui d’une paix possible), marquée par les espoirs nés de 1967-1975, et par la colossale erreur de la guerre du Liban de 1982, pour lui négation historique d’une grande part du rêve israélien, nié alors dans sa banalisation de pays moyen-oriental aussi aveugle que les autres et dans les toiles sordides des escroqueries de la famille Gemayel, dépeinte sans aucune concession par l’auteur américain.

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Reuven Shiloah, premier directeur du Mossad (1951-1952), l’une des inspirations du personnage de Tajar.

Notre profession est placée sous le signe de l’échec, lui déclara Tajar. Contrairement aux parachutistes, nous ne tombons pas du ciel pour conquérir des positions et brandir ensuite le drapeau de la victoire. Nous ne combattons pas sur un terrain mais dans l’esprit des gens. Dites-vous donc que nous faisons un triste métier, et vous ne serez pas déçu. Toute existence, vue de l’intérieur, n’est qu’une longue série d’échecs, a écrit Orwell. Eh bien, c’est la seule façon dont nous voyons l’existence : de l’intérieur. Les apparences, c’est pour les autres, notre boulot à nous, c’est de parvenir à la vérité. Mais rappelez-vous que, pour parvenir à la vérité, nous devons user de subterfuges bien plus que ne le font les criminels ordinaires. C’est en cela que notre métier est triste, et l’homme qui l’exerce doit avoir la force de s’élever au-dessus de cela pour ne point se scléroser. Certains s’abaissent à la haine et au cynisme, mais nous ne pouvons pas nous le permettre. Alors, quand vous verrez un agent qui a perdu tout sentiment, mettez-le en retraite anticipée ou envoyez-le planter des légumes dans un kibboutz, car il sera dans son élément…

(…)

Ce printemps-là fut sinistre pour Tajar. Israël se préparait à entrer en guerre et toute l’attention du Mossad se concentrait sur le Liban. Une détermination apocalyptique s’était emparée du gouvernement, qui semblait fasciné par la facilité avec laquelle il allait accomplir tant de choses d’un coup d’un seul.
Tajar s’opposa à l’invasion avec une telle véhémence qu’on le tint à l’écart de toutes les opérations du Mossad ou presque. Les rapports du Coureur étaient traités avec mépris, peut-être parce qu’ils corroboraient les arguments de Tajar. Le Coureur affirmait sans ambages que jamais les Syriens ne tolèreraient un Liban sous domination maronite. La réponse à cette objection tombait sous le sens : les Syriens ne pourraient rien faire tant la supériorité militaire d’Israël était écrasante. Et puis, tout comme Tajar, le Coureur était connu pour adopter un peu trop souvent le point de vue arabe, et les circonstances présentes ne se prêtaient pas à cela.
Le Mossad envoya plusieurs équipes à Beyrouth et Tajar fut tenu à l’écart des préparatifs. Se sentant de plus en plus isolé, il se retira de plus en plus fréquemment à Jéricho, dans la sérénité surnaturelle de l’orangeraie de Bell.

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Il faut visiter le site « Jerusalem Dreaming », consacré à l’oeuvre de Whittemore, ici, et lire les appréciations du Cafard Cosmique, ici, de Nébal, ici, et de Jeff VanderMeer, ici.

Pour acheter les quatre tomes chez Charybde, voici : « Le codex du Sinaï », « Jérusalem au poker », « Ombres sur le Nil » et « Les murailles de Jéricho ».

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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