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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « re: f (gesture) » (Percival Everett)

L’incisif premier recueil de poésie de Percival Everett.

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LECTURE EN VERSION ORIGINALE AMÉRICAINE

Gesture

Publié en 2006 chez Red Hen Press dans la collection Black Goat Poetry, le premier recueil de poésie de Percival Everett peut à la fois surprendre la lectrice ou le lecteur habitués à la prose acérée et joueuse du romancier, et leur permettre de retrouver, discrètement, un certain nombre de repères familiers.

Le recueil s’ouvre sur un long poème en forme d’abécédaire multiple, tirant son nom, « Zulus », de la lettre Z qui l’achève (« Z is for Zulus »).

Jouant de manière parfois encore plus directe que dans ses romans emblématiques, tels « Effacement », avec les marqueurs raciaux de la société nord-américaine (dont l’actualité récente nous rappelle qu’ils n’ont rien, en 2014, de passé ou de mythique), Percival Everett y convoque, en une sarabande par moments nettement infernale, philosophes, scientifiques, écrivains et personnages historiques pour tenter de déchiffrer, tantôt à mots couverts, tantôt en phrases puissamment directes, une certaine réalité américaine, enfouie sous une bien-pensance toute en apparence, dans laquelle le remède est parfois pire que le mal, et dans laquelle le déni reste extrêmement présent au quotidien.

Aristote, Bonaparte, Chandler, la démocratie, (Ralph) Ellison, Frankenstein, (Marcus) Garvey, les horreurs, Isaïe, la justice, Lascaux, la paix, Robespierre, Shaka, le temps, les Upanishads, ou encore la xylographie, sont ainsi quelques-uns des éléments venant participer à cette danse d’espoir et de désespoir parcourant les siècles de culture et d’intelligence humaines, comme les années de désolation, à partir de son court roman « Zulus » de 1990.

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Zulus

C is for Cicero
who tells that Plato
died at the age of eighty,
« pen in hand ».
C is for Chandler, Happy
because he is caucasian.
He sings about « darkies in the field »
before twenty-three thousand
white faces while black men
wait to play ball.
Plato would not have liked Chandler.
C is for costive
because that is what evolution is.
C is for Christ
who would not
have approved of Plato.
Happy Chandler is saved.
C is for conceptus.

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Ou encore :

D is for dreams.
In the Bible, Daniel knew much
of the business of dreams.
Dreams are often deferred,
spiraling round and round,
creeping through generations.
D is for the dead, who
know the value of such dreams
that lurk deep in our
dark history.

300px-Ethmoïde1

La deuxième partie du recueil, « Body », regroupe dix-neuf poèmes consacrés à divers composants anatomiques du corps humain, Percival Everett parcourant ainsi l’os hyoïde, le sternum, l’astragale, le muscle orbiculaire de l’œil, la langue, les muscles de la paume de la main, le muscle obturateur interne, le sillon latéral, les fosses nasales, les anneaux sclérotiques, le labyrinthe de l’os ethmoïde, les corps caverneux, le larynx, la dure-mère, le poids de l’encéphale, le sillon central (ou scissure de Rolando), la tunique vaginale, les grandes lèvres et enfin l’épigastre, en un étonnant itinéraire sulfureux, technique et riche de convergences inattendues, projetant même une certaine résonance avec le Hans Magnus Enzensberger du « Mausolée » (1975) et ses trente-sept ballades tirées de l’histoire du progrès.

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THE WEIGHT OF THE ENCEPHALON
My head hurts the way it hurts,
weighing in at fifty-two ounces soaking wet.
The pain weighs as much, just more than 3 pounds,
rolling like a great round stone from floor to roof.
Fifty-two ounces, an ounce for every card
in the deck which I shuffle in my seeking.
Thirteen ounces for every eight hours,
during which I trace the topography with a match.

Le dernier poème, isolé, intitulé « Logic », tente d’appliquer divers procédés de raisonnement à la reconstruction de réalités indistinctes, à la remémoration d’instants trop fugaces ou à l’élucidation de figures mentales instables.

From rags and dust
a rat is formed in the cellar.
It was not there before.
Only rags and dust.

Une belle incursion dans les méandres secrets de la langue et des ressorts intimes du romancier tortueux et jubilatoire en diable qu’est Percival Everett.

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Everett

 

 

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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