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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « The Japanese Art of War – Understanding the Culture of Strategy » (Thomas Cleary)

Un travail linguistique et culturel très fouillé, mais ratant largement son but affiché.

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NOTE DE LECTURE À PARTIR DE LA VERSION ORIGINALE AMÉRICAINE

The Japanese Art of War

Publié en 1991, trois ans après sa traduction commentée de « L’art de la guerre » de Sun Zi (Sun Tzu), dont la pureté dépouillée et le retour à l’essence du texte firent alors date, l’universitaire (en rupture de ban) californien Thomas Cleary poursuivait son travail inlassable de mise à disposition en anglais de textes classiques du taoïsme et du bouddhisme, avec ses commentaires personnels, en s’appuyant sur ses connaissances linguistiques hors du commun.

Il s’attaquait cette fois, d’une manière que l’on pourrait qualifier de légèrement opportuniste, à une « véritable étude » (c’était en tout cas ainsi que l’ouvrage fut présenté et recommandé à l’époque) de la culture guerrière réputée sous-jacente chez les Japonais, en ces années où la déferlante d’acquisitions spectaculaires d’entreprises et d’affaires immobilières américaines par divers conglomérats du Soleil Levant, bien davantage que les succès industriels enregistrés dans les années 1975-1985, fait d’eux les adversaires par excellence de la Corporate America, qui se rue alors sans toujours beaucoup de discernement sur tout texte susceptible d’expliquer « ce qui se passe ».

Hélas, sur un tel sujet, Thomas Cleary touche rapidement ses limites conceptuelles : abordant les textes, comme à son habitude, en linguiste mâtiné d’historien des religions (depuis une dizaine d’années, il s’intéresse à l’Islam, et travaille depuis 2009 à une retraduction du Coran), il propose une lecture minutieuse du « Livre des Cinq anneaux » de Musashi et de plusieurs autres textes taoïstes japonais, mais vise avant tout à établir la filiation et le dévoiement du taoïsme japonais dans le bushido, par rapport à son ancêtre chinois, et à montrer comment l’histoire politique guerrière du Japon a « corrompu » le tao originel, puis l’a travesti profondément lors de la poussée militariste de 1910-1945. La démonstration est intéressante, à défaut d’être toujours convaincante, mais de culture stratégique et de philosophie de l’affrontement et de l’avantage, il n’est en réalité guère question ici, à part sous forme de quelques bribes, plutôt superficielles et caricaturales.

La voie du samouraï

Un texte décevant, donc, non pas tant par son contenu intrinsèque, riche et minutieux, mais par l’écart considérable entre le but (marketing ?) affiché et la réalité de l’ouvrage proposé à la lecture. L’important succès de librairie rencontré pendant toute les années 90 par « The Japanese Art of War » reflète vraisemblablement, je le crains, avant tout la capacité d’une part importante de la Corporate America à avaler un texte d’apparence « sérieuse » proposant in fine, dans sa conclusion « pratique », des messages et des conclusions simples, pré-digérées, et confortant largement ses préjugés existants. La compréhension de l’art de l’avantage n’en sort pas réellement grandie.

Un traité érudit d’histoire culturelle, mais fort peu un texte de stratégie, malgré son titre et son sous-titre (encore plus mensongers en français, dans la traduction de 1992 par Zéno Bianu disponible au Seuil, en Points Sagesse).

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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