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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Never-Ending Conflict – Israeli Military History » (Mordechai Bar-On)

Douze contributions sur douze épisodes militaires de l’histoire israélienne, pointues et subtilement non-consensuelles.

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NOTE DE LECTURE À PARTIR DU TEXTE ANGLAIS D’ORIGINE.

Never-Ending Conflict (2)

Publié en 2004 chez Praeger, repris en semi-poche en 2006 chez Stackpole, cet ouvrage volumineux, écrit directement en anglais et non initialement en hébreu, regroupe, sous la direction du vénérable Mordechai Bar-On, les essais de douze historiens israéliens sur les différents conflits et macro-engagements qu’ont eu à affronter les armées israéliennes (ou ce qui en tenait lieu à certaines époques) entre 1936 et 2003.

Dès la préface, le directeur d’ouvrage semble bien conscient de la double difficulté à laquelle il est confronté : d’une part, proposer des articles à la fois pointus mais demeurant accessibles à un public qui ne soit pas composé uniquement d’étudiants avancés en histoire militaire, et d’autre part, parvenir à donner à l’ensemble un ton et un contenu globalement « équilibrés », les plus factuels possibles, sans éviter les obstacles conceptuels ou idéologiques, mais sans se contenter d’être une n-ième hagiographie historique de l’Israeli Defense Force. Il faut constater, à l’issue de la lecture, que les deux objectifs ne sont que partiellement atteints.

La composition « politique » (sans qu’elle soit nécessairement revendiquée comme telle) de l’équipe concoctée par Mordechai Bar-On est prometteuse au plan d’un certain « respect des équilibres », lui-même ayant été, après sa retraite de Directeur des Enseignements de l’IDF puis de responsable Jeunesse de l’Agence Juive, en 1977, longtemps membre de Peace Now et même député (1984-1986) du Ratz, petit parti politique clairement inscrit à la gauche de l’échiquier politique israélien. Yoav Gelber, de l’université d’Haïfa, proche du Tsomet, petit parti de la droite laïque, évoque la guerre d’indépendance de 1948 ; Michael Oren, historien américain engagé dans l’IDF puis ayant opté pour la nationalité israélienne en devenant ambassadeur aux Etats-Unis de 2009 à 2013 pour Benyamin Netanyahou, n’est pas précisément classé à gauche (même s’il écrit désormais principalement dans le très progressiste « The New Republic », et nous parle ici de la guerre des Six Jours ; Shaul Shay, qui fut notamment conseiller adjoint à la sécurité nationale sous Ehoud Olmert, et qui est aujourd’hui principalement chercheur au très conservateur BESA Center (après avoir dirigé le département d’histoire militaire de l’IDF), évoque sa principale spécialité, la contre-insurrection, à propos de la deuxième Intifada de 2000. Plus simplement « neutres », si l’on veut, les historiens-chercheurs militaires  Yigal Eyal (qui dirigea longtemps le département d’histoire au sein de l’IDF), Shimon Golan et Benny Michelsohn (qui fut aussi un certain temps directeur des études historiques de l’IDF) traitent respectivement de la révolte arabe en Palestine de 1936-1939, de la guerre du Yom Kippour, et de vingt ans de terrorisme et d’anti-terrorisme entre 1965 et 1985, tandis que les chercheurs « civils » (même si plusieurs d’entre eux ont pu occuper d’importantes positions de conseillers officiels ou officieux à certaines époques)  David Tal, Dan Schueftan (partisan célèbre de la théorie du « désengagement unilatéral » vis-à-vis des Palestiniens, et ancien conseiller à la sécurité nationale de Rabin puis de Sharon) et Eyal Zisser (spécialiste notamment du Liban et de la Syrie) nous proposent leurs analyses sur les guerres de l’armistice (1949-1956), sur la guerre d’attrition (1969-1970) et sur la guerre de 1982 au Liban, « Paix en Galilée ». Le tableau est complété par Reuven Aharoni, l’un des rares grands spécialistes de la culture arabe en Israël (et des Bédouins du Sinaï et du Néguev), à propos de la première Intifada, et par les « frères ennemis » (en quelque sorte) Motti Golani (toujours aussi controversé pour ses ouvrages sur la domination politique de la culture miitaire en Israël, notamment son « Wars Don’t Just Happen » de 2002) – qui évoque la guerre du Sinai de 1956 – et Ami Gluska, conseiller proche de deux présidents et de deux premiers ministres (Rabin et Barak), historien spécialisé de la relation entre politique et militaire en Israël – qui traite de la « guerre de l’eau » des années 1960.

Pris dans leur ensemble, les douze historiens se sont efforcés d’apporter des contributions intéressantes sur des conflits israélo-arabes relativement peu connus du « grand public concerné » (révolte de 1936, guerre larvée lors de l’armistice de 1949-1956, guerre de l’eau des années 60, guerre d’attrition de 1969-1970 – le « baroud d’honneur » et « coup de poker raté » de Nasser), ou de proposer des angles de lecture pointus et spécifiques sur les conflits les plus étudiés (concurrence entre narrations – ou storytellings – respectives à propos de la guerre de 1948, complexité frôlant l’absurdité de la coordination entre Anglais, Français et Israéliens lors de la guerre de 1956, spécificités du terrorisme palestinien par rapport à d’autres mouvements armés dits de « libération », ou encore risques mal mesurés mais peut-être nécessaires de l’intervention au Liban de 1982).

La contrepartie de cet effort indéniable d’originalité est que l’ouvrage demande majoritairement une certaine connaissance préalable des conflits « majeurs » évoqués, supposés familiers à la lectrice ou au lecteur : les rappels contextuels politiques et diplomatiques sont souvent brefs, les cartes restent sommaires (quand elles ne sont pas curieusement inefficaces), les informations opérationnelles sont directes et sans explications superflues. Si cette relative sécheresse est bien agréable pour un public averti, elle peut certainement dérouter un lectorat plus novice sur ces sujets.

Au-delà de ces regards souvent précieux (mais pas toujours : les contributions sur la guerre des Six Jours et sur celle du Kippour se distinguent ainsi par leur platitude, surtout comparées aux autres), c’est la lecture en creux de cet ouvrage qui confirme de plus d’une manière, hélas, qu’il reste aujourd’hui bien délicat, en Israël, d’émettre, même sous couvert de recherche historique moderne et contemporaine, réserves ou critiques vis-à-vis des lignes de conduite officielles. Neuf des douze contributeurs ont occupé, à un moment ou à un autre de leur carrière (hors service militaire) des positions significatives au sein de l’IDF ou de la communauté israélienne de défense et de sécurité, et même si l’on sent bien, à de nombreux indices (chez Golani, chez Zisser et chez Aharoni, tout particulièrement), que le consensus sur certaines décisions historiques, anciennes ou récentes, n’est pas aussi fort que l’apparence semble l’indiquer de prime abord, le doute parfois évoqué reste ici décidément extrêmement feutré.

À titre indicatif, on trouvera ici un intéressant compte-rendu de lecture du « Wars Don’t Just Happen » de Motti Golani, paru dans Haaretz en 2003.

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Mordechai Bar-On

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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