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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « La septième victime » (Alexandra Marinina)

Une nouvelle enquête de la policière moscovite Anastasia Kamenskaïa, en pleine crise économique russe de 1999.

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J’apprécie beaucoup les romans de la prolifique Alexandra Marinina, peut-être la plus populaire auteur contemporaine russe du genre policier, l’une des rares, semble-t-il, à ne pas céder à la domination de la thématique mafia / violence / sexe, et dont la popularité ne semble pas reposer sur une concession massive à la facilité de la caricature.

Même s’il est désagréable de devoir attendre des sorties françaises semi-aléatoires (a priori correctement traduites – ici par Galia Ackerman et Pierre Lorrain –, pour le Seuil Policiers, mais sans respecter l’ordre de la série, et en sautant régulièrement certains romans : cette onzième parution en français, début 2011, est celle d’un roman de 1999, qui constituait la vingt-et-unième apparition de la milicienne, depuis ses débuts en 1992), chaque nouvelle enquête d’Anastasia Kamenskaïa, enquêtrice de la Milice de Moscou, me réjouit, celle-ci (en pleine crise monétaire russe de 1999) ne faisant pas exception.

– Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, chers amis, mais je n’ai jamais supporté les livres de Gogol, même quand je frottais mes fesses sur les bancs de l’école. Je ne comprends pas ce qu’on peut leur trouver d’intéressant.
Andreï Timofeïevitch éclata d’un rire assourdissant et s’enfourna un autre morceau de veau cuisiné par Irina. Anastasia – Nastia pour les intimes – jeta un regard en coin sur Tatiana et retint un sourire. Qu’est-ce qu’il était drôle, leur voisin ! C’était un homme d’un certain page, déjà à la retraite, mais il se comportait avec eux comme un gosse avec ses camarades de classe. Il riait aux éclats, racontait des blagues éculées sans la moindre honte et ne se gênait pas pour dire le fond de sa pensée sur l’un des grands classiques littéraires du pays. D’ordinaire, les gens de son âge se comportent d’une manière plus sérieuse avec ceux qui n’ont pas encore quarante ans, et assènent d’un ton las et grave leurs sempiternelles vérités. Ce n’était pourtant pas du tout le cas de cet Andreï Timofeïevitch qui habitait sur le même palier que Stassov et sa famille.
– Il faut dire que l’étude de la littérature à l’école peut tuer l’amour pour n’importe quel écrivain, fit remarquer Stassov. Peut-être qu’aujourd’hui on enseigne différemment, mais à notre époque, il nous fallait apprendre par cœur des textes comme les réflexions du prince André sous le ciel d’Austerlitz, par exemple. Quel gamin de quinze ans peut supporter ça ? Tout ce qui lui pend au nez est de développer une aversion terrible pour cet extrait, pour « Guerre et paix », et pour tout ce que Tolstoï a bien pu écrire d’autre. À propos, que pensez-vous de Tolstoï ?

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Comme toujours, Alexandra Marinina est particulièrement inspirée pour, derrière son intrigue ramifiée, souvent surprenante, et usant habilement de variations locales du « police procedural » (par ailleurs de plus en plus universel comme évoqué à propos du « Belém » du Brésilien Edyr Augusto), rendre tangibles les détails de la vie dans la Russie post-soviétique, dans laquelle, notamment, des gens « normaux » tentent avec plus ou moins de bonheur de s’adapter au nouveau monde, avec ses améliorations et ses régressions, entre corruption, arrivisme, avidité toujours renouvelée et nostalgies parfois aussi bien mal placées.

Bien que cela soit désagréable, il est possible de vivre avec un sentiment de culpabilité. D’un autre côté, était-il vraiment coupable de ce qui s’était passé ? Il était grand temps de faire des travaux dans l’appartement de Nastia et la seule chose qu’il pouvait se reprocher était de ne pas avoir insisté plus tôt. L’eût-il fait, tout serait fini depuis longtemps. Mais ce n’était que l’été précédent qu’il était parvenu à la convaincre de faire contre mauvaise fortune bon cœur et de supporter le chantier pendant un ou deux mois. Ils avaient trouvé les artisans, acheté tout le matériel et lancé les travaux… Et soudain, le 17 août était arrivé sans coup férir, marquant la quasi-banqueroute de l’État et la terrible crise financière. En poins d’une semaine, avec la chute du rouble et la reprise de l’inflation, il devient évident que la provision donnée pour l’ensemble des travaux suffirait à peine à terminer la cuisine. Le plus décevant était que Tchistiakov avait de l’argent. En contribuable honnête, il avait ouvert un compte à l’Inkombank où étaient transférés les honoraires et les droits d’auteur de ses ouvrages publiés à l’étranger. Résultat : les comptes s’étaient retrouvés bloqués sans lui laisser la possibilité de retirer un seul dollar, un petit cent ou même un simple rouble.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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Alexandra Marinina

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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