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Notes de lecture 2010

Note de lecture : « L’homme aux lèvres de saphir » (Hervé Le Corre)

Un peu trop encensée sans doute, la rencontre de Lautréamont et d’un serial killer.

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Lèvres de saphir

Paru en 2004, ce roman noir « d’époque » d’Hervé Le Corre lui valut le Grand Prix du Festival de Cognac. Dans le Paris de 1870, où les ouvriers souffrent sous la botte du capitalisme industriel naissant et de la police impériale aux ordres, un tueur s’inspire des « Chants de Maldoror », qui circulent alors à peine « sous le manteau », pour se lancer dans une série de meurtres effroyables…

Il pense disparaître, ne plus exister. N’être plus qu’un spectre. Une ombre funeste. Sans autre visage que celui de l’horreur, sans autre forme que celle du mal infligé à ce monde indolent et grossier. Devenir celui qu’on n’ose nommer, à qui on ne pense qu’avec un tressaillement d’effroi. Entrer dans la légende déjà écrite. Il suffit d’en enfoncer la porte. Maldoror est né d’une imagination sublime et bizarre, mais, abandonné par son créateur, tel le monstre infortuné que Frankenstein a banni, il doit exister désormais dans une solitude désemparée et sauvage.

(…)

– Cette affaire ne me plaît pas (…). Cet assassin va nous faire des ennuis, croyez-moi, inspecteur Letamendia. La canaille s’ensauvage, ne redoute plus rien, ni la loi, ni l’échafaud. Vous avez bien vu ce carnaval hideux autour de Troppmann… La populace enivrée, les putains qui s’offraient à la foule, les cousettes envieuses de cette débauche, les ouvriers fraternisant avec les escarpes, lièvres de barricades, gibier de potence, même race au fond, lâches, fuyards, même engeance de destruction, bandits, bandits ! Rappelez-vous cette foule énorme, cette ambiance de foire ! Cette insurrection de poivrots, cette nouba de barbares ! Ils n’apprendront jamais rien que la force, et encore, chaque jour infligée, en punition préventive ! Ça périclite, mon cher… Voilà bien de la démocratie ! On libéralise, on assouplit, on concède des droits… Foutaises ! De l’empire il ne reste que le pire !

Bon roman, qui exploite habilement un impressionnant travail documentaire pour recréer une crédible atmosphère d’époque et en tirer un récit échevelé, ce polar souffre toutefois de trois faiblesses : un aspect « phraseur » (le narrateur comme les personnages semblent par moments trop soucieux de faire étalage de leur vocabulaire et de leurs connaissances d’époque…), un changement de posture narrative surprenant (l’enquête avec assassin inconnu bascule sans que l’on sache trop pourquoi en reportage aux côtés de l’assassin), et enfin de surprenants changements de caractère chez certains personnages, qui tout à coup ne se ressemblent plus, sans explication plausible à première vue.

Avec une construction bien différente, une visée beaucoup plus ambitieuse et un matériau documentaire d’une richesse incomparable, il serait dommage de négliger, intégrant des thématiques voisines mais nettement plus complètes, le magnifique « Livre XIX » de Claro.

Malgré une petite déception (surtout par rapport à tout le bien dithyrambique que j’en avais lu), ce roman peut-être un peu trop encensé tout de même confirmait néanmoins tout l’intérêt qu’il y a à suivre ce qu’écrit Hervé Le Corre.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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Hervé Le Corre

© Photo : Claude Petit.

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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