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Notes de lecture 2012

Note de lecture : « Rêveurs de pôles – Les régions polaires dans l’imaginaire occidental » (Emmanuel Hussenet)

L’imaginaire des pôles plaisamment survolé et richement illustré.

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Rêveurs de pôles

Publié en 2004 au 7ème Continent / Seuil, intermédiaire entre l’essai et le beau livre grâce à une riche et inspirée iconographie, le « Rêveurs de Pôles » d’Emmanuel Hussenet, sous-titré « Les régions polaires dans l’imaginaire occidental », nous invite à un voyage qui réjouira tous les amateurs de ces solitudes glacées.

Consacrant trois chapitres précieux mais inévitablement brefs à l’Antiquité, au Moyen-Âge et à la Renaissance (durant laquelle les pôles sont surtout une localisation commode pour des tentatives utopiques), le livre prend son essor avec les quatre chapitres consacrés au romantisme, à la « reprise » de l’exploration géographique réelle, au début du XIXème siècle, à la fascination de Jules Verne et à l’inspiration picturale, chapitres dominés par les puissantes figures des peintres Caspar David Friedrich et François-Auguste Biard, et par la lignée Mary ShelleyEdgar Allan PoeJules Verne.

Un peu moins convaincant dans les deux chapitres consacrés aux pôles des poètes et à ceux des mystiques (malgré la plaisante débauche de toiles et de photographies qui les accompagnent), c’est avec « Le pôle fantastique » que l’ouvrage reconquiert le lecteur, mêlant habilement les souvenirs d’Edgar Rice Burroughs, de H.P. Lovecraft, et plus étonnamment de… René Barjavel. Beaux passages ensuite sur les pôles dans le roman d’aventure (où Jack London reçoit toutefois un traitement disons… contrasté) et dans le roman pour enfants, avant de se délecter d’un chapitre cinéma, où, au milieu des nombreux navets, émergent avec grâce les figures de Robert Flaherty, bien sûr, mais aussi du « Atanarjuat – La légende de l’homme rapide », film inuit préféré à juste titre au trop hollywoodien « Agaguk ».

Atarnajuat

Le dernier chapitre, « Le pôle contemporain », déçoit en revanche plutôt lourdement – peut-être était-ce inévitable dans le cadre malgré tout « serré » d’un tel livre ? – par ses trop nombreux oublis, même si l’on se réjouit de la large place accordée à Jorn Riel.

Malgré quelques faiblesses plutôt bénignes, ce survol, certes rapide, est plaisant et bien exécuté, et mérite ainsi toute votre attention.

Longtemps, tout se passa comme si le monde s’arrêtait là où l’homme s’arrête. La culture étant un regard que la civilisation porte sur elle-même, peintres et poètes ne prêtaient attention qu’à ce qui les entourait. Au-delà de chez soi il y a d’autres pays, d’autres peuples s’organisant selon leurs propres rites et se regardant dans leur propre miroir. Pour nous qui sommes de la tribu occidentale, il nous fallut du temps avant de nous intéresser aux moeurs et caractères des autres tribus ; plus longtemps encore avant de nous tourner vers ce qui dépasse les sphères habitées. L’artiste explorateur n’a nul besoin des terrains occupés par la culture pour trouver son langage. Il cherche au contraire les terres incultes. Des terres sans hommes et sans histoire.
Le Pôle échappe à toute emprise. Il est la plus certaine réalisation du vide. Alors, que peut-on en dire ? Inconnu, il est cependant là, géographiquement flagrant, comme une Amérique dont on aurait su l’existence bien avant de la découvrir. Il détient des gammes de couleurs et des quantités de lumière qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Il soutient la rotation du globe et attire à lui les lignes de longitude comme un aimant. D’ailleurs, aimant, il l’est. Pour le fer comme pour l’enfer. Et pour quiconque désire se mesurer à l’absolu.

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Caspar_David_Friedrich_006

Caspar David Friedrich, Das Eismeer, 1824 (Kunsthalle Hamburg)

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

Discussion

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: Note de lecture : « Rêves arctiques  (Barry Lopez) | «Charybde 27 : le Blog - 13 avril 2016

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