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Notes de lecture 2010

Note de lecture : « Vertige de la liste » (Umberto Eco)

Un grand moment d’art, d’érudition et de réflexion.

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VertigeDeLaListe

Réalisé par Umberto Eco à l’occasion de la manifestation « Vertige de la liste » au Louvre en novembre 2009, publié chez Flammarion, cet ouvrage à mi-chemin du « beau livre » et de l’essai littéraire propose 21 chapitres à la très abondante (et magnifique) iconographie qui composent un ensemble fascinant.

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Partant des formes les plus anciennes, « nécessaires », de l’énumération avec Homère ou Hésiode, il nous conduit peu à peu vers les formes les plus modernes et les plus ludiques, qui sont aussi les plus vertigineuses, symbolisées par exemple par la célèbre « liste d’animaux fabuleux » de Borges, ou le contenu du tiroir de la cuisine de Leopold Bloom (dans l’Ulysse de Joyce).

Quelques brefs extraits pour donner une idée de certains des propos de l’ouvrage :

On a du mal à classer ce type de liste (la liste de cours d’eau dans Finnegan’s Wake de Joyce). Il s’agit d’une liste par gloutonnerie, par topos de l’ineffabilité (on ne peut dire combien de fleuves et de rivières existent au monde), par pur amour de la liste. Joyce a travaillé des années pour recenser tous les noms de fleuves et de rivières, avec la collaboration de plusieurs personnes, sans poursuivre de but géographique. Sans doute ne désirait-il pas que la liste ait un terme.

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L’arche de Noé (manuscrit du XIIème siècle).

Ces encyclopédies (médiévales) présupposaient donc (ou cherchaient encore) une forme, car leur organisation avait aussi une fonction mnémonique : un ordre donné des choses servait à s’en souvenir, à se rappeler la place qu’elles occupaient dans l’image du monde. Toutefois, cela ne fonctionnait, dans le meilleur des cas, que pour des lecteurs très spécialisés. Quant aux autres, sans doute étaient-ils fascinés (comme nous le sommes toujours) par l’énumération de ces mirabilia qui apparaissaient dans maints recueils.

Dans son éclectisme forcené, la Wunderkammer voulait en effet symboliser un rêve de connaissance scientifique totale, décrit par Francis Bacon dans son utopie « La Nouvelle Atlantide » : à ceci près que sa maison des merveilles ne réunit pas des vestiges de la nature, mais les produits d’un esprit humain que la nature a désormais soumis et modifié.

Avec la classification de Borges, la poétique de la liste atteint son plus haut degré d’hérésie et bafoue tout ordre logique préconstitué.

En grande partie anthologie, l’ouvrage d’Eco permet aussi de découvrir ou redécouvrir de petits bijoux d’énumération tels que les instruments de musique du « Docteur Faustus » (Thomas Mann), les villes de l’atlas du Grand Khan dans « Les villes invisibles » (Italo Calvino), les députés de la Convention dans « 93 » (Victor Hugo) ou encore la description des abattoirs dans « Berlin Alexanderplatz » (Alfred Döblin).

Au total, un très beau moment d’art, d’érudition et de réflexion, à rapprocher aussi par exemple du très universitaire « Liste et effet liste en littérature », publié en 2013 en Classiques Garnier sous la direction de Sophie Milcent-Lawson, Michelle Lecolle et Raymond Michel.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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SPETT.UMBERTO ECO A NAPOLI (SUD FOTO SERGIO SIANO)

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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