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Général

Octobre 2014 : lectures de rentrée, un deuxième point.

Ce billet est la suite logique de celui proposant un premier point, le 9 septembre dernier, expliquant (laborieusement) le caractère pénible et presque sacrificiel de ce qu’il est convenu d’appeler la « rentrée littéraire », et qui recommandait seize titres, tous lus plus ou moins en avant-première en tant que libraire.

Ce deuxième point regroupe dix-huit lectures, conduites courant septembre et courant octobre, qui font bien mieux que compléter les premières découvertes estivales, et fournit donc au total trente-quatre recommandations possibles pour occuper ces mois d’automne et d’hiver, entre relectures et découvertes d’autres « nouveautés » (qu’elles datent d’il y a douze mois ou de d’il y a douze ans, comme ce blog tente à sa façon de le faire vivre).

1) Sept jolies découvertes  inattendues.

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Point octobre 1

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Laure des Accords, « L’envoleuse » : une fascinante histoire d’amours enfantines, relue au soir de la vie, d’un étonnant pouvoir d’envoûtement.

Jim Crace, « Moisson » : d’un auteur confirmé que je ne connaissais pas, une fable rurale apparemment anodine qui réussit la prouesse de créer une solide atmosphère de western moyenâgeux pour conter la transformation socio-économique.

Kamel Daoud, « Meursault, contre-enquête » : le somptueux travail d’un journaliste algérien qui s’appuie sur « L’étranger » de Camus pour mener à bien à la fois une captivante contre-visite de l’histoire franco-algérienne et une poignante histoire des amours impossibles.

Thomas Ligotti, « Chants du cauchemar et de la nuit » : d’un grand maître américain du fantastique contemporain, encensé par ses pairs et presque inconnu en France, un recueil saisissant, composé et traduit par Anne-Sylvie Homassel, pour plonger dans une œuvre puissante, dérangeante et insidieuse.

Amélie Lucas-Gary, « Grotte » : un premier roman qui invente et prétexte le gardien devenu mythique de la grotte de Lascaux pour nourrir une fable fantastique et curieusement politique.

Antonio Moresco, « La petite lumière » : d’un grand maître italien traduit pour la première fois en français, un court récit de déliquescence volontaire, nimbé d’un fantastique discret et magnifiquement délétère.

Fiston Mwanza Mujila, « Tram 83 » : une manière unique, d’une poésie paillarde et échevelée, de rendre compte de la folie déjantée contemporaine habitant les grandes villes minières du Congo.

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Point Octobre 2

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2) Dix confirmations attendues et espérées, éclatantes ou simplement très intéressantes.

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Point octobre 3

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Antoni Casas Ros, « Lento » : à la fois éloge de la lenteur comme mode alternatif de vie et d’appréhension du monde, et critique acérée de la répression psychiatrique de ce qui diffère.

Patrick Deville, « Viva » : après ses somptueuses lectures mythographiques de l’Afrique centrale et du Cambodge, voici celle du Mexique, très réussie, comme cœur vivant et intemporel, nourri notamment de Léon Trotsky et de Malcolm Lowry.

Mélanie Fazi, « Le jardin des silences » : le troisième recueil de la plus intéressante plume fantastique française (et au-delà), capable comme bien peu d’associer intimement usage de motifs connus, virevoltes déroutantes, et insertions de quêtes humaines et personnelles toujours à découvrir.

Jean-Yves Jouannais, « Les barrages de sable – Traité de castellologie littorale » : le performer hallucinant de « l’Encyclopédie des guerres », qu’il faut aller découvrir en live à Paris ou à Reims, livre ici une partie de ses secrets de fabrique, et poursuit son exploration de l’objet « guerre » en décryptant pour nous les significations du château de sable de nos plages et de nos enfances.

John King, « White Trash » : poursuivant sa chronique du choc des civilisations, entre riches et pauvres, qui a lieu au cœur même de nos métropoles avancées, l’auteur plonge cette fois dans le système hospitalier britannique, et dans ce dont ses « réformes » peuvent être le nom.

Céline Minard, « Ka Ta » : prouvant une fois de plus qu’aucun genre ne peut échapper à son décodage et à sa reconstruction puissante et enjouée, l’auteur nous offre un bref récit, superbement illustré, de la voie japonaise du sabre.

David Peace, « Rouge ou mort » : revenant tous moteurs hurlants à sa peinture puissante et rageuse des transformations sociales contemporaines, l’auteur a choisi cette fois un autre support déroutant, qui fonctionne d’une manière très surprenante, avec le récit de la renaissance et de la mutation du Liverpool Football Club dans les années 60 et 70, et de son entraîneur mythique, synthèse vivante des évolutions sociales du Royaume-Uni comme de l’Occident capitaliste.

Emmanuel Ruben, « Icecolor » : disposant de l’une des plus belles écritures existant actuellement, l’auteur poursuit et sublime sa quête des frontières géographiques, de leurs significations et de ce qu’elles véhiculent, pour aller traquer, loin au Nord, en compagnie du peintre norvégien Per Kirkeby, la couleur de ces glaces que le réchauffement climatique dissout.

Anne-Sylvie Salzman, « Dernières nouvelles d’Œsthrénie » : maîtrisant tous les secrets de l’écriture gothique, l’auteur joue subtilement avec nos nerfs de lecteur pour nous offrir une chronique inspirée de Balkans imaginaires, reflet décapant des ambiguïtés de l’histoire et du contemporain.

Éric Vuillard, « Tristesse de la terre – Une histoire de Buffalo Bill Cody » : associant férocité et tendresse presque nostalgique comme peu d’écrivains le peuvent, voici le récit de l’invention de l’industrie de l’entertainment moderne, à travers la création et la disparition du Wild West Show.

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Point octobre 4

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3) Un flamboyant coup de cœur d’un « presque débutant ».

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couvlecarre

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Stéphane Le Carre, « À pleines dents la poussière » : j’avais adoré il y a deux ans son tout premier roman, « Cavale blanche ». L’auteur revient avec neuf nouvelles, localisées entre l’Ouest américain, la Bretagne et les Buttes-Chaumont parisiennes, pour un parcours qui tape dur, dissimulant une subtile tendresse derrière des mots qui tapent dur et un humour ravageur, mêlant dérision et poésie aux instants les plus chavirés.

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Si vous souhaitez (ce qui serait éminemment sympathique) commander l’un de ces livres, sans pouvoir ou vouloir vous rendre physiquement dans notre repaire, ils sont tous disponibles pour achat sur notre site, ici.

Notez au passage que si vous surveillez le programme de rencontres organisées par notre librairie Charybde (129 rue de Charenton 75012 Paris), vous aurez pu rencontrer Laure des Accords le 18 septembre, Kamel Daoud le 26 septembre, Antonio Moresco le 4 octobre, et Jean-Yves Jouannais le 25 septembre.

Et que vous pouvez donc encore rencontrer Amélie Lucas-Gary le 4 décembre, Mélanie Fazi le 4 novembre, Emmanuel Ruben le 26 novembre, Anne-Sylvie Salzman le 4 novembre, et Éric Vuillard le 19 novembre.

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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