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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Le cycle du Nouveau Soleil » – aka « L’ombre du bourreau – Intégrale » (Gene Wolfe)

Un intense et gratifiant sommet de la littérature contemporaine, incidemment « logé » dans le genre science-fiction.

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L’opération « 15 ans, 15 blogs » des salutaires éditions Lunes d’Encre (opération à laquelle ce blog, avec ses dix mois d’activité, est sans doute le plus jeune participant) constituait le prétexte idéal pour relire le cycle du Nouveau Soleil de Gene Wolfe, véritable monument de la littérature contemporaine, dévoré avec ferveur par le relativement jeune lecteur que j’étais à sa sortie en français, chez Présence du Futur, il y a un peu plus de trente ans, en 1981-1984, dans la traduction réputée (mais aussi controversée) de William Desmond.

Cette édition intégrale en deux volumes, publiée en 2006, totalisant 2 136 pages, est somptueuse, et sans équivalent même en langue américaine. Elle regroupe les quatre tomes de la tétralogie d’origine, écrite d’un seul tenant (The Shadow of the Torturer, 1980 ; The Claw of the Conciliator, 1981 ; The Sword of the Lictor, 1981 ; The Citadel of the Autarch, 1982), le cinquième tome écrit et publié par la suite, conclusion ajoutée avec brio à l’issue de la tétralogie, répondant à presque toutes les questions restées joliment béantes et rassemblant une grande majorité des nombreux fils restés jouissivement épars en une toile solide, ambitieuse et poétique (The Urth of the New Sun, 1987), ces cinq volumes dans leur traduction d’origine par William Desmond, revue et amendée par Patrick Marcel, mais aussi – pour la première fois en français – un recueil d’essais, d’articles et de notes d’écriture intitulé « Le château de la loutre », du nom de l’une de ces pièces précieuses, The Castle of the Otter (souvenir d’une erreur de transcription du titre The Citadel of the Autarch par le service de presse de l’éditeur américain d’origine), recueil qui s’intercale logiquement entre la tétralogie et sa conclusion, ainsi que cinq nouvelles inédites en français, deux d’entre elles avant Le Nouveau Soleil de Teur, les trois autres après. L’ensemble des textes jusqu’alors inédits en français ont été traduits par Patrick Marcel et Pierre-Paul Durastanti, l’homogénéisation de l’ensemble étant assurée par Patrick Marcel.

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Peu d’œuvres contemporaines développent une ambition totalisante aussi puissante que ce cycle imposant et néanmoins haletant, du début à la fin, s’inscrivant à la fois pleinement dans la littérature dite « de genre », mêlant ici subtilement une atmosphère de fantasy à un ancrage extrêmement solide dans la science-fiction, tout en proposant une réécriture fondamentale de la notion même de « roman d’apprentissage », relisant et refondant les dizaines de milliers d’années d’une planète, « Teur », écho pas si distant qu’on pourrait d’abord le croire de notre « Terre », à la lumière de la vie d’un apprenti bourreau au sort hors du commun, et en ajoutant à tout cela trois grandes trames sous-jacentes, l’une mettant en scène la réalité et l’illusion de l’amour, l’autre associant religion, collectif et individu dans le destin des civilisations, la dernière méditant sur le pouvoir subtilement performatif du verbe, du récit, de l’invention et de la littérature elle-même.

PREMIER AVERTISSEMENT : J’ai essayé le plus soigneusement possible, à chaque tome, d’éviter les dévoilements inutiles, « spoilers » gâchant par trop le plaisir de cette perpétuelle découverte, de ces rebondissements sans fin et de ces innombrables ruses narratives qui caractérisent le cycle du Nouveau Soleil. J’ai donc, plutôt que de décrire des éléments de l’intrigue ou du fil d’apprentissage de Sévérian, privilégié certaines questions émerveillées qui surgissent à la lecture de chacun des romans, successivement, et je me suis permis de mentionner certains personnages particulièrement hauts en couleur sans préciser leur rôle. J’ai renvoyé les questions transversales, les références (nombreuses, Gene Wolfe étant un très grand lecteur et un utilisateur très averti des citations discrètes et des hommages chiffrés) et les éléments « critiques », à proprement parler, en extrême fin de note de lecture.

DEUXIÈME AVERTISSEMENT : La taille de cette fresque est imposante, et pourrait intimider la lectrice ou le lecteur. Il ne faut pas se laisser abuser. La puissance inventive, la qualité narrative, l’humour et la beauté, tout simplement, portent le récit sans effort : l’un de mes enfants, par exemple, quatorze ans l’an dernier, l’a dévoré à l’époque avec grand appétit. Quel que soit l’âge, on peut aisément se permettre de « rater » certains éléments du récit, certaines résonances, qu’elles soient intimes ou universelles, cryptées ou en clair : comme le dit avec humour et sincérité Gene Wolfe lui-même dans « Le château de la loutre », justement : « Pour ce qu’elles valent, je propose les définitions suivantes : une bonne histoire est une histoire dans laquelle un protagoniste attachant et réaliste vit des aventures prenantes et inhabituelles dans un décor varié et intéressant. Une grande histoire est celle qu’un lecteur cultivé peut lire avec plaisir et relire plus tard avec un plaisir accru.»

Le cycle du Nouveau Soleil« L’ombre du bourreau – L’intégrale » – est indéniablement une grande histoire.

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L’ombre du bourreau

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L'ombre du bourreau

Que signifie donc appartenir, comme le tout jeune orphelin Sévérian, à l’ordre des Enquêteurs de Vérité et des Exécuteurs de Pénitence ? Qui est l’Autarque qui gouverne Teur, et sa gigantesque capitale, Nessus, où trônent la vieille Citadelle et sa tour Matachine, alors que le Manoir Absolu, siège mythique – pour le commun des mortels – du pouvoir, se trouve ailleurs ? Est-ce par hasard qu’un apprenti bourreau sauve la vie d’un chef rebelle dans un cimetière, à la nuit tombée ? Pourquoi une tour de citadelle dispose-t-elle d’une chambre de propulsion ? En quoi le fait de sauver un petit chien abandonné  devient-il un acte qui peut hanter toute une vie ? L’art de la restauration de tableaux a-t-il une importance politique et stratégique ? Qui est le mystérieux père Inire, conseiller écouté de l’autarque, et pourquoi aime-t-il tant les miroirs ? Pourquoi ne faut-il pas utiliser le terme de « cacogène » à tort et à travers ? Comment un livre de contes requis par une noble emprisonnée peut-il devenir un élément essentiel du récit ? L’amour et la simple humanité ne seraient-ils finalement qu’interférences dommageables pour une vie professionnelle exemplaire ? La pratique de la mutation-sanction est-elle généreuse, ironique ou imposée par les circonstances ? Comment une épée peut-elle être nommée « Terminus Est » ? A-t-on le droit de maltraiter un peltaste borné si son lochague y consent implicitement ? La troupe de théâtre ambulant du Dr Talos, de Baldanders et de Jolenta peut-elle incarner l’avenir d’un bourreau en route pour son affectation ? Est-on réellement forcé d’accepter le duel exigé par un hipparque de la garde autarchique, lorsqu’on découvre que l’arme en sera la fleur d’averne, qu’il faut aller d’abord cueillir soi-même dans l’un des espaces des Jardins botaniques ? Quelles sont les parts respectives de hasard et de nécessité dans la rencontre avec Aghia ? Avec Dorcas ? Avec Hildegrin ? Avec Héthor ? Avec Jonas ?

Telles sont quelques-unes des questions que se posera la lectrice ou le lecteur au fil de ce premier volume ; les réponses, merveilleux et complexe enchantement, viendront toujours en temps utile, parfois beaucoup – beaucoup – plus tard dans le cycle, mais elles viendront.

Shadow of the Torturer

Peut-être avais-je déjà éprouvé quelque pressentiment de ce qu’allait être mon avenir. Dans mon esprit, le portail rouillé et fermé qui se dressait devant nous, ainsi que les nappes de brouillard qui s’effilochaient et se tortillaient entre ses barreaux comme des chemins de montagne, sont restés les symboles de mon exil. Sans doute est-ce la raison pour laquelle j’ai commencé le récit en partant des conséquences de notre baignade ; c’est en effet au cours de celle-ci que moi, l’apprenti bourreau Sévérian, j’ai bien failli me noyer.  (…) Il est dans ma nature – c’est mon bonheur et ma malédiction – de ne rien oublier. Le moindre bruit de chaine, le moindre souffle de vent, chaque chose vue, sentie ou goûtée, tout reste fixe, inchangé, dans mon esprit ; je sais fort bien qu’il n’en va pas de même pour tout le monde, mais je n’arrive pas à ma figurer ce que cela peut vouloir dire, oublier : comme si quelqu’un avait dormi, alors que ce qu’il a vécu s’est simplement éloigné dans le temps. Les quelques pas que nous avons fait dans l’allée toute blanche me reviennent maintenant. Il faisait froid, et le froid allait en augmentant. Nous n’avions pas de lumière, et le brouillard qui montait du Gyoll commençait à s’épaissir sérieusement. Quelques oiseaux étaient venus se réfugier pour la nuit sur les pins et les cyprès, et ils voletaient maladroitement d’arbre en arbre. Je me souviens du contact de mes mains sur mes bras que je frictionnais, d’une lanterne qui dansait parmi les stèles à quelque distance, comment aussi le brouillard faisait ressortir l’odeur de l’eau du fleuve qui imprégnait encore ma chemise, et du parfum âcre et fort de la terre fraîchement retournée. J’avais frôlé la mort ce jour-là, étouffant dans le réseau de racines dont j’étais prisonnier ; et la nuit allait marquer mon passage à la vie adulte.

Nous croyons inventer les symboles. La vérité est que ce sont eux qui nous inventent ; nous sommes leurs créatures, nous sommes modelés par leurs arêtes dures et bien dessinées. Quand les soldats prononcent leurs voeux, on leur donne une pièce, un asimi frappé à l’effigie de l’Autarque, vu de profil. En acceptant cette pièce de monnaie, ils acceptent également les devoirs et les charges de la vie militaire ; dès cet instant les voilà soldats, quand bien même ils ne connaîtraient rien au maniement des armes. J’ignorais encore tout de cette coutume, mais c’est une grande erreur que de s’imaginer ne pas être influencé par de telles choses parce que nous n’en savons rien ; et croire cela, en réalité, c’est croire en la forme la plus triviale et la plus superstitieuse de magie. Seul celui qui voudrait être sorcier met toute sa confiance dans le pur savoir et attend tout de son efficacité ; les personnes rationnelles, quant à elles, savent que les choses se produisent d’elles-mêmes ou pas du tout.

Si l’on pourrait croire que ce premier tome est « uniquement » l’une des plus passionnantes mises en place de décor que l’on puisse lire, il n’en est rien : déjà, par la voix de ce narrateur doté d’une mémoire suprêmement efficace, mais dont on doute bien vite de l’entière fiabilité – malgré ses formidables, à la relecture, avertissements et déclarations d’intention, qu’il nous adresse depuis le moment où il écrit -, tout un monde prend non seulement chair et forme, mais des dizaines d’éléments et de détails sont déjà actionnés, inexorablement, même s’ils ne produiront leurs vrais effets dans le récit que deux cents, six cents ou mille pages plus tard.

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 La griffe du demi-dieu

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La griffe du demi-dieu

En abordant ce deuxième volume, publié à l’origine un an après le premier, mais écrit dans le même mouvement par Gene Wolfe, je vous propose une nouvelle série de questions que se posera inévitablement la lectrice ou le lecteur, et dont la résolution fournira à nouveau matière à joyeuse, enfiévrée, haletante spéculation alors que « l’apprentissage » de Sévérian se poursuit hors de Nessus désormais.

Le travail de bourreau est-il au fond un job alimentaire comme un autre ? Le professionnalisme jusqu’au bout des ongles est-il une garantie suffisante d’intégrité morale et personnelle ? La coutume d’emmurer vivants chez eux certains types de délinquants est-elle plutôt spectaculaire, ou plutôt économique ? Un homme authentiquement vert est-il autre chose qu’une attraction de cirque ? Comment une condamnée à mort peut-elle parvenir habilement à exercer une vengeance post mortem ? Une prisonnière de marque peut-elle simuler sa propre mort ? Les pièges les mieux conçus sont-ils vulnérables au surnaturel ou à ses apparences ? Le pouvoir d’une relique religieuse réside-t-il dans son origine, dans son porteur ou dans l’esprit de ceux auxquels elle est appliquée ? La mémoire, puisqu’on en reparle ici abondamment, est-elle donc une force ou une malédiction ?  La vertu des ballades nocturnes en forêt n’est-elle pas quelque peu surfaite ? Quel genre d’animal est l’alzabo, et pourquoi a-t-il tant d’importance ? Qu’est-ce qu’une noctule ? Un uhlan mort est-il vraiment mort ? Combien d’années peut-on croupir dans l’Antichambre, prison officieuse du tout-venant au Manoir Absolu, sans que nul ne s’occupe de vous ? Combien de personnalités peuvent-elles cohabiter sans (trop de) dommages au sein d’un même esprit ? Comment le « futile » conte de l’étudiant et de son fils peut-il constituer l’une des clés non négligeables du récit ? Quel genre d’intendant faut-il à une construction de l’ampleur du Manoir Absolu ? Et du Second Manoir ? Un tableau est-il une carte ou un territoire ? Si l’on rencontre un androgyne au bord d’une fontaine du Second Manoir, doit-on se méfier ? Est-il normal d’assister à une représentation de théâtre habillé comme pour un bal masqué ? En quoi le célèbre « drame du Dr Talos » fournit-il une description fiable, acceptable ou possible de l’histoire et de la destinée de Teur ? Peut-on et doit-on croire Gene Wolfe lorsque, dans son récit, des « chemins se séparent » ?

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Nous retournâmes à l’auberge en silence, et si lentement qu’à l’orient l’horizon commençait à s’éclaircir au moment où nous entrâmes en ville. Ce n’est que lorsqu’il dessella le merychippus que je lui avouai : « Je ne l’ai pas tuée ». Il acquiesça sans me regarder. « Je le savais. – As-tu regardé ? Tu avais dit ne vouloir rien voir. – J’ai entendu sa voix alors que tu te trouvais pratiquement à côté de moi. Fera-t-elle une autre tentative ? » Je me mis à réfléchir à sa question, tandis qu’il emportait la petite selle dans la remise. Lorsqu’il en revint, je lui dis : « Oui, j’ai la certitude qu’elle recommencera. Je ne lui ai arraché aucune promesse, si c’est à cela que tu penses. De toute façon, elle ne l’aurait sûrement pas tenue. – À ta place, je l’aurais tuée. – Oui, c’est en effet ce qu’il fallait faire », répondis-je. Nous quittâmes ensemble l’écurie. Il y avait maintenant assez de lumière pour que l’on puisse voir le puits et les grandes portes qui conduisaient à l’intérieur de l’auberge. « Je ne crois pas que cela aurait été bien – je veux simplement dire que j’aurais pu le faire. Je me serais imaginé poignardé durant mon sommeil, mourant dans un lit crasseux, et j’aurais abattu mon épée. Non, cela n’aurait pas été bien. » Jonas souleva l’arme primitive abandonnée par l’homme-singe et mima d’une manière brutale et disgracieuse une exécution capitale. L’extrémité de l’arme passa dans un rayon de soleil, nous arrachant à tous deux une exclamation de surprise. Elle était en or martelé.

Avec les premières manifestations de personnages revenant dans le récit alors que le lecteur n’y pensait plus, et d’apparences trompeuses brutalement dévoilées, à beaucoup plus grande échelle que dans « L’ombre du bourreau », c’est sans doute avec ce deuxième volume que l’ampleur de la construction machiavélique proposée par Gene Wolfe commence à apparaître.

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L’épée du licteur

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L'épée du licteur

Si le premier tome amenait Sévérian de la tour Matachine à la porte de sortie de Nessus, si le deuxième tome le voyait sur le chemin de son affectation officielle, mais amené à certains détours volontaires et involontaires, le troisième tome s’ouvre par l’accomplissement de sa mission initiale : Sévérian a pris ses fonctions à Thrax. Mais de nouvelles questions surgissent rapidement, à l’enchantement de la lectrice ou du lecteur.

Peut-on vivre avec un bourreau de profession ? Quelle est l’influence de la forme d’une ville sur la forme du pouvoir qui y réside ? Faut-il s’inquiéter lorsqu’à nouveau, au milieu coule une rivière ? Toutes les vérités sur un métier donné sont-elles bonnes à dire ? Sévérian prêche-t-il parfois le vrai en espérant le faux ? Jusqu’à quel moment l’expertise préserve-t-elle de la politique ? La fuligine est-elle vraiment adaptée aux soirées mondaines ? Mais n’y procure-telle pas le cas échéant des bénéfices insoupçonnés ? N’est-ce pas l’endroit idéal pour apprendre, au détour d’un conte pour enfants, l’origine des robots ? L’extinction du soleil (le plus grand hommage à Jack Vance de ces cinq volumes fourmillant de clins d’œil à son intention et à celle de ses lecteurs), désormais largement entamée, préoccupe-t-elle donc davantage les gens que ce que l’on s’imaginait jusqu’ici ? Sévérian a-t-il raison de comparer si fréquemment les divers talents des femmes qu’il a rencontrées depuis le début ? Pourquoi entend-on maintenant parler, au détour d’un récit enchâssé, du biomancien Apu-Punchau ? Si quelqu’un ne peut être bourreau, peut-il être militaire ? Qu’est-ce qu’une salamandre, au fait ? Une auberge peut-elle s’appeler « Le canard sur son nid » purement par hasard ? Comment la vue d’une vieille chaise peut-elle provoquer les larmes ? Résister à la mort n’est-il au fond qu’une manière habile de tordre scientifiquement le temps ? Épargner certaines condamnées est-il une mauvaise habitude ou le signe de quelque chose de plus profond ? Faut-il avoir peur des étoiles, ou bien les désirer ? Peut-on réellement négocier avec un alzabo ? En découvrant les zooanthropes, peut-on en profiter pour causer âme humaine et lobotomie avec un petit garçon curieux ? La sorcellerie, au fait, existe-t-elle ? Peut-on et doit-on faire confiance à un homme à deux têtes, et à quelles conditions ? Quels secrets peut-on découvrir au bord du lac Diuturna, qui n’avait plus été évoqué depuis plus de six cents pages ? Le sodium est-il une arme réellement avancée ? Des hiérodules peuvent-ils être nos amis ? Le maître et l’esclave sont-ils toujours ceux qu’ils paraissent être ?

TheSwordOfTheLictor

Dorcas fit tout ce qui était en son pouvoir pour me réconforter et m’aider ; je pouvais cependant me rendre compte qu’elle avait conscience du brusque changement intervenu dans nos relations, et qu’elle en était encore plus perturbée que moi. J’ai constaté que de tels changements sont toujours déplaisants, ne serait-ce que parce qu’ils ne font qu’annoncer la venue probable de changements plus grands encore. Tant que nous avions voyagé ensemble (et nous n’avions pas cessé de nous déplacer, plus ou moins vite, depuis l’instant où Dorcas, dans le jardin du Sommeil sans Fin, m’avait aidé à grimper, àmoitié noté, sur le sentier de roseaux flottants), nous étions restés des compagnons ayant un statut identique : c’était sur nos jambes ou sur nos montures que nous franchissions chaque lieue de notre itinéraire. Si j’avais pu assurer, à plusieurs reprises, une certaine protection physique à Dorcas, elle m’avait également fourni un véritable réconfort moral, et même une protection, dans la mesure où il était difficile de garder une attitude de mépris devant tant d’innocente beauté, ou de manifester de l’horreur devant ma profession, lorsque, en me regardant, on la voyait à mes côtés. Quand j’étais dans le doute, elle m’avait conseillé ; en cent lieux déserts, elle m’avait tenu compagnie. Lorsque nous étions finalement arrivés à Thrax, et que j’eus présenté la lettre de maître Palemon à l’archonte, cette forme de compagnonnage prit nécessairement fin. Je n’avais plus rien à craindre de personne lorsque je fendais la foule dans mon habit de fuligine – en réalité, c’était plutôt la foule qui me craignait, voyant en moi le plus haut représentant de la branche la plus redoutée de la force publique. L’existence que menait maintenant Dorcas n’était plus celle d’une égale, mais selon le terme employé par la Cuméenne, d’une maîtresse, partageant le domicile officiel du licteur. Ses conseils étaient devenus pratiquement inutiles, car les difficultés auxquelles je devais faire face relevaient de problèmes d’administration, ceux précisément que ma formation m’avait appris à traiter, des années durant, et auxquels elle n’entendait rien ; en outre, je dois dire que j’avais rarement le temps et l’énergie de les lui exposer suffisamment en détail pour que nous puissions en discuter. C’est donc ainsi que, tandis que je passais veille après veille à suivre les débats de la cour de justice de l’archonte, Dorcas prit l’habitude de se promener dans la ville ; et que nous, qui avions été tout le temps ensemble pendant toute la fin du printemps, ne nous voyions qu’à peine cet été, sinon pour partager le repas du soir, avant de nous écrouler, épuisés, dans un lit où, la plupart du temps, nous ne faisions guère autre chose que de dormir dans les bras l’un de l’autre.

C’est peut-être à la fin de ce volume que la lectrice ou le lecteur seront les plus désemparés : les constructions qui semblaient avoir été échafaudées ont volé en éclats, les indices sur la marche à suivre sont désormais ténus ou enfouis dans les creux d’une mémoire qui n’est peut-être pas aussi parfaite que celle de Sévérian. C’est donc le moment idéal, pour Gene Wolfe, pour porter la magnifique estocade qu’est la fin de la tétralogie d’origine.

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La citadelle de l’autarque

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La citadelle de l'autarque

Dès le premier tome, nous savions que la guerre avec les Asciens, bien qu’extrêmement lointaine vue de Nessus, était l’une des préoccupations centrales de l’autarque régnant. C’est avec ce quatrième tome que Sévérian, plus ou moins en fuite depuis Thrax, va se confronter à ce formidable point aveugle, pour se diriger ensuite, de surprise logique en révélation orchestrée, vers l’accomplissement provisoire de son destin, engendrant néanmoins bien des nouvelles questions pour la lectrice ou le lecteur.

Un destrier a-t-il les mêmes caractéristiques dans le langage de Teur et dans le nôtre ? Le trilophodon est-il l’idéal pour tirer un chariot d’intendance ? Ressusciter les morts est-il une habitude raisonnable ? Un amnésique est-il, techniquement, un blessé, au regard des critères d’une armée en campagne ? La fièvre permet-elle d’accéder à une vérité autrement cachée ? Peut-on réorganiser sa trajectoire depuis un hôpital de campagne ? Les hoplites et les hussards bleus sont-ils compatibles ? Peuvent-ils en toute sécurité rivaliser pour le cœur, en un concours d’histoires et de contes, d’une éclaireuse de cavalerie légère ? Une nation dont le langage est tout entier constitué par la Pensée Correcte peut-elle réellement exister ? Deux chasseurs de phoques, un coq, un ange et un aigle, un homme fidèle au groupe des Dix-Sept, et la fille d’un écuyer constituent-ils des moyens acceptables de départager des prétendants amoureux ? Existe-t-il vraiment une maison située au bord du temps ? Qui est Maître Frêne ? Trouve-t-on encore de vrais spécialistes du combat d’infanterie légère ? Les ennemis de mes ennemis peuvent-ils vraiment être mes amis, et si oui, pendant combien de temps ? Que se passe-t-il lorsqu’un galion pélagique aperçoit la terre ? Les déplacements en atmoptère sont pratiques, mais sont-ils vraiment sûrs ? Un rituel de succession peut-il vraiment s’élaborer dans l’urgence ? Qu’entend-on exactement par « Nouveau Soleil », une fois que l’on a eu accès à des informations classifiées jusqu’alors déguisées en métaphores ? Est-il important de savoir naviguer à la voile ? Doit-on se résoudre in fine à perdre, pour des raisons toujours différentes, les femmes que l’on aime ou aurait pu aimer ?

TheCitadelOfTheAutarch

Je n’avais jamais vu la guerre, ni même n’en avais parlé longuement avec quelqu’un qui y aurait participé ; mais j’étais jeune et, ayant quelques connaissances de la violence, je m’imaginais que la guerre n’était qu’une nouvelle expérience à faire, comme tout autre chose – comme de disposer d’une certaine autorité à Thrax, ou de m’évader du Manoir Absolu. Or la guerre n’est pas une nouvelle expérience : c’est un monde nouveau. Ses habitants en sont plus différents des êtres humains que Famulimus et ses amis. Ses lois sont nouvelles, et même sa géographie est différente, car il s’agit d’une géographie dans laquelle le moindre vallon et la plus humble colline peuvent acquérir l’importance d’une grande ville. Et de même que Teur, qui nous est pourtant si familière, recèle en son sein des monstruosités comme Erèbe, Abaïa et Arioch, le monde de la guerre est parcouru d’autres monstres appelés batailles, dont les cellules sont des individus mais qui possèdent une vie et une intelligence qui leur sont propres, et que l’on approche à travers un nombre toujours croissant de présages.

A l’issue des 1 448 pages de la tétralogie d’origine, écrite effectivement comme un roman unique, d’un seul trait, séparé ensuite en quatre volumes (Gene Wolfe raconte en détail, dans « Le château de la loutre », comment le troisième tome de ce qu’il concevait initialement comme une trilogie ayant pris une ampleur démesurée par rapport aux deux premiers, il décida, avec l’accord de son éditeur, de l’étoffer totalement, selon son envie, puis de le scinder, pour aboutir aux quatre volumes que nous connaissons), Sévérian, le plus radicalement honnête et le plus pourvu en mémoire sans défaut de tous les narrateurs non fiables de la littérature, ayant démarré dans la vie comme orphelin et apprenti bourreau, est devenu ce qu’il nous avait annoncé être dès la page 12 de « L’ombre du bourreau », sans que cette apparente absence de « suspense » ait semblé gêner une seconde le développement, insensé et néanmoins parfaitement maîtrisé, du récit. Du très grand art.

Confronté à des défis désormais connus, mais en apparence d’ampleur cosmique et insolvable, Sévérian aurait pu s’arrêter là, mais à notre grande joie, Gene Wolfe ajoutera cinq ans plus tard, en 1987, une véritable conclusion à son cycle.

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Le nouveau soleil de Teur

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Ce « cinquième volume de la tétralogie », paru cinq ans après « La citadelle de l’autarque », a parfois été critiqué par certains puristes. Je trouve au contraire qu’il parachève le tour de force que constitue le cycle du Nouveau Soleil.

Je ne vais pas lister ici certaines des questions auxquelles Sévérian  est confronté dans cet ultime volume, car leur nature même en dévoilerait sans doute beaucoup trop sur ce qui s’est vraiment passé au cours des quatre tomes précédents.

Disons simplement que si, à l’issue de « La citadelle de l’autarque », Sévérian avait pu retracer le cheminement ayant amené compréhension et solution tant de certains problèmes contemporains essentiels pour Teur que de plusieurs failles intimes et indispensables de son caractère, les questions les plus cosmiques restaient largement ouvertes, le rapport entre temps et espace demeurait un gouffre béant sur lequel seules quelques passerelles fragiles et provisoires avaient été lancées, et le sens profond de l’organisation de la psyché de Sévérian, de la manière dont ses valeurs et ses compétences s’entrechoquaient, et plus particulièrement, du rôle de sa mémoire absolue, souligné à de si nombreuses reprises, tout cela restait largement sujet à spéculation, ou à l’imagination sauvage du lecteur. Ce qui est bien entendu tout à fait acceptable, une boucle ouverte valant infiniment mieux qu’une clôture artificielle ou maladroite. Mais si l’auteur est capable d’accomplir une boucle parfaite, dans laquelle les tissages demeurés épars viennent trouver naturellement leur place, et créer à la fois la surprise et le sentiment de l’accomplissement final, que dire alors, à part : bravo !

TheUrthOfTheNewSun(1stEd)

Les marins écoutèrent tout cela en silence ; mais pendant que je parlais, mon regard s’était porté au-delà d’eux, à la recherche des autres, de la dame Aphéta et de ses compagnons, au moins. Ils restaient invisibles. Il y avait pourtant d’autres auditeurs. La foule du portique s’était rassemblée sous l’arche par laquelle Zak et moi-même étions entrés ; quand j’eus terminé, ils pénétrèrent lentement dans la salle d’Examen, en empruntant non pas l’allée centrale comme nous l’avions fait, et comme l’avaient certainement fait les marins, mais, se divisant en deux colonnes, les allées latérales qui séparaient des murs l’extrémité des bancs. J’eus le souffle coupé, car Thècle se trouvait parmi eux ; et je lus dans ses yeux tant de pitié et de chagrin que j’en eus le cœur déchiré. J’ai rarement eu peur, mais je savais que ce chagrin et cette pitié étaient pour moi, et leur intensité m’effraya. Elle détourna finalement son regard, et j’en fis autant. C’est alors que j’aperçus dans la foule Agilus, puis Morwenna, avec ses cheveux noirs et ses joues marquées au fer. Une centaine d’autres les accompagnaient, prisonniers des oubliettes de la vincula de Thrax, malandrins que j’avais fouettés pour le compte de magistrats provinciaux, assassins que j’avais exécutés pour eux. Et encore une autre centaine : des Asciens, la grande Idas et Casdoé à la bouche amère, le petit Sévérian dans les bras ; Guasacht et Erblon avec notre drapeau vert des batailles. J’inclinai la tête, les yeux perdus sur le sol, dans l’attente de la première question.

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Les bonus de l’édition intégrale

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castle of the otter

Cinq nouvelles parues séparément en dehors du cycle, mais s’y rattachant, ont été incluses dans cette magnifique intégrale. « Le chat », publiée en 1983, détaille un personnage essentiel du Manoir Absolu ; « La carte », publiée en 1984, navigue à la voile en compagnie de l’une des plus anciennes connaissances de Sévérian, personnage que l’on retrouvera justement, ès qualités nautiques, dans la deuxième partie du « Nouveau Soleil de Teur » ; « L’enfant qui pêcha le soleil », publié en 1985, et « Empires des feuilles et des fleurs », publié en 1987, sont deux contes supplémentaires, extraits supposés du fameux Livre des Merveilles de Teur et du Ciel, ce petit opuscule requis par Thècle au début du premier volume, et qui accompagna si longtemps Sévérian ; « Du berceau », enfin, publié en 2002, pourrait passer pour une nouvelle fantastique contemporaine, avec sa librairie un peu spéciale et son livre rare « qui choisit lui-même son propriétaire », s’il n’était pas en fin de compte comme une clé finale illustrant vertigineusement le propos de tout récit un tant soit peu significatif, et sa propension à changer le monde, un lecteur à la fois.

« Le château de la loutre » regroupe plusieurs articles ou petits essais fort précieux. Une bonne partie d’entre eux prolonge ou approfondit les appendices des tomes originaux du cycle du Nouveau Soleil, en revenant sur les passionnantes questions de l’organisation sociale de Teur, de son administration, ou du langage utilisé, glosant sur ce rusé recours à des mots « savants » (que Gene Wolfe concevait volontairement hermétiques, mais que beaucoup de lecteurs français, forts de leurs seules initiations au latin et au grec en classe de quatrième, purent décoder beaucoup plus aisément que leurs homologues américains, semble-t-il), subtilement positionnés juste « à côté » de leur contexte sémantique historique. Un article entier détaille l’essentiel de ces mots d’apparence biscornue, en proposant des définitions souvent fort humoristiques, tels « exultants », « dimarques », « polychreste », « pantocrateurs », « hiérophantes », « épopte », et bien d’autres, mais aussi, plus aisément, « barbacane », « sabretache », ou encore « lazaret » et « onagres ».

Les articles les plus à mon goût son toutefois ceux consacrés à l’écriture de l’œuvre, à sa genèse, à ses influences, et aux techniques d’écriture ayant modelé le résultat final à partir des premières intuitions et envies créatrices de Gene Wolfe. C’est ici que l’on peut notamment en savoir davantage, passionnément, sur le rapport entretenu avec le précurseur Jack Vance, sur la manière de retourner la quête de Marcel Proust, sur la place donnée, dans la profondeur, aux nouvelles de Jorge Luis Borges et aux contes de Rudyard Kipling, ou sur la naissance de cette figure unique de bourreau, drapé dans sa cape de fuligine, son épée équilibrée par un métal liquide portée négligemment sur l’épaule, et sur sa mutation en un personnage aux innombrables épaisseurs, portant l’un des plus ambitieux récits totaux de la littérature contemporaine.

Ne serait-ce que pour avoir rendu disponible en français ce bonus captivant, on pourrait déjà rendre grâce à Lunes d’Encre et à son éditeur Gilles Dumay.

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Le cycle du Nouveau Soleil est sans doute l’une des œuvres les plus ambitieuses et les plus distinctives au sein du genre science-fiction, pris en son sens large. Pleinement inscrit en son intérieur profond, usant à foison de mots potentiellement trompeurs dont le sens se déduit de la mise à l’épreuve du contexte par la lectrice ou le lecteur, évitant savamment les laborieuses « explications » qui ne font ailleurs que diluer le plaisir jusqu’à détruire toute saveur réelle, ces cinq volumes constituent sans doute aussi l’exemple le plus achevé de fusion romanesque du souffle inventif et de la cohérence globale du récit, exemplaire de ce que peut être la science fantasy (la communauté SF, parfois prompte à dénoncer ou à revendiquer son ghetto, selon ses humeurs du moment, aime néanmoins à étiqueter ses sous-genres, pas toujours pour de mauvaises raisons, d’ailleurs, tant une étiquette peut éviter, lors d’une discussion entre amis, de laborieuses descriptions du contenu, pour situer rapidement un texte, en veillant à ne pas le réduire, précisément, à cette étiquette).

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Rendant hommage, en bloc et en centaines de détails, au précurseur Jack Vance, et tout particulièrement à ses nouvelles du cycle de la Terre Mourante (à propos duquel il faut signaler au passage les anthologies hommages publiées ces dernières années en français chez ActuSF, incluant plusieurs textes essentiels de Walter Jon Williams, de Glen Cook, de Robert Silverberg, de Mike Resnick, de Neil Gaiman, de Dan Simmons, de Jeff Vandermeer, de George R.R. Martin, et de bien d’autres), Gene Wolfe dépasse ici son maître, parvenant à une construction romanesque qui, sous le foisonnement de personnages et de situations – développant sans relâche ce cognitive estrangement qui reste la marque de fabrique du genre, comme le théorisa Darko Suvin et comme le rappelait plus récemment Fredric Jameson, ne perd jamais de vue sa cohérence d’ensemble, et résiste toujours à la tentation de la gratuité, ce que chez Jack Vance, hors ses magnifiques cycles de nouvelles, seule la trilogie de Suldrun (d’ailleurs écrite relativement tardivement) était parvenue à atteindre (tentation à laquelle Roger Zelazny, par exemple, autre grand créateur de cycles ne manquant pas de souffle, aura pourtant régulièrement cédé). Rendant de même hommage aux épopées classiques comme à celles de la fantasy pure et dure, en des scènes héroïques savamment trafiquées, comme en des combats singuliers ou de gigantesques batailles dignes des plus grands, Gene Wolfe se tient à très grande distance, pour le meilleur, de cette trop large partie de la production qui, déployant avec une fausse puissance ses manichéismes de rouleau compresseur, se contente si fréquemment de déguiser, plus ou moins adroitement, les contes de fées noircis, dévidés au kilomètre et forcés à l’échelle épique, que l’on peut extraire si facilement du travail de Tolkien.

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Sous sa foisonnante création à visée épique et cosmogonique, pas moins, Gene Wolfe propose peut-être surtout, comme il l’avouait par ailleurs dans « Le château de la loutre », une bien singulière relecture de Marcel Proust et de sa « Recherche du temps perdu », assise sur, comme je le suggérais plus haut, le plus honnête de tous les narrateurs non fiables de la littérature, Sévérian le bourreau, sa mémoire parfaite et ses mensonges par omission, plutôt que sur Marcel, l’écrivain en gestation et ses intenses aveuglements inconscients. La question fondamentale de la fiabilité du récit est l’une des grandes obsessions de Gene Wolfe, qui y consacrait, de manière encore aujourd’hui éclatante, son premier roman publié, « La cinquième tête de Cerbère » – dont on ne saurait trop recommander la lecture -, assemblage de trois nouvelles qui, comme le « Montée aux enfers » de Percival Everett, ne révèlent leur sens que dans leur juxtaposition.

Au-delà, Gene Wolfe nous offre avec ces 2 000 pages et quelques, comme Marcel Proust, donc, l’une des plus grandes fresques littéraires, déguisées en roman d’apprentissage pour questionner sans relâche la détermination et le déterminisme qui naissent de l’enfance et de l’adolescence, la naissance de valeurs et la fidélité possible ou non à celles-ci, la rédemption et la vanité de sa quête, pour conduire aussi une triple investigation, de la mémoire d’abord, comme condition de possibilité de l’existence et comme malédiction intime, du récit ensuite (manifesté dans le cycle du Nouveau Soleil aux deux niveaux des si nombreux contes intercalés dans la narration principale et des carnets orientés de Sévérian lui-même) comme acte performatif par essence, même lorsque l’effet de cette action est dilué dans le temps du récit et de la vie, de la rencontre enfin, amicale, amoureuse, sexuelle ou antagonistique, comme catalyseur de l’ensemble d’un processus de vie et de mort.

Comme le rappelait si joliment Graham Sleight dans le journal Locus de février 2010 (mes excuses pour la traduction approximative) :

Mais en essayant de parvenir à une lecture stabilisée de presque n’importe quel texte de Gene Wolfe, j’arrive toujours presque immanquablement aux questions d’identité déjà évoquées : qui me raconte cette histoire ? Pourquoi ? À quel point ce narrateur est-il piégé en lui-même ? Peut-il trouver une issue ? Et moi, le puis-je ?

Pour moins de 70 € les deux volumes de cette intégrale Lunes d’Encre, la lectrice ou le lecteur peut ainsi s’offrir, pour soi ou pour quelqu’un d’autre, l’un des plus indémodables et des plus puissants cadeaux littéraires qui soient, et aurait donc bien tort de s’en priver plus longtemps.

Pour les acheter chez Charybde, par exemple, le tome 1 est ici et le tome 2 est .

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

Discussion

9 réflexions sur “Note de lecture : « Le cycle du Nouveau Soleil » – aka « L’ombre du bourreau – Intégrale » (Gene Wolfe)

  1. Alors là, chapeau bas.

    Publié par Gromovar | 22 octobre 2014, 09:32
    • Oh, merci ! Vraiment. J’ai eu tellement de plaisir à relire ce monument presque trente ans après sa découverte (en étant donc devenu un lecteur bien différent) que j’espère faire partager une partie de l’émerveillement…

      Publié par charybde2 | 22 octobre 2014, 09:45
  2. Cher Charybde2
    Je suis à la tête d’un immense projet créatif portant sur l’univers de Teur.
    Ayant lu et bien apprécié votre note de lecture, je me demandais si vous désiriez en savoir plus sur ce projet.
    Je suis en contact avec Gene Wolfe pour ce travail.
    Faites-moi signe,
    Cordialement

    Publié par chalcope | 13 décembre 2014, 20:32

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: Note de lecture : « Soldat des brumes – L’intégrale  (Gene Wolfe) | «Charybde 2 : le Blog - 28 octobre 2014

  2. Pingback: Note de lecture : « Understanding Contemporary American Science Fiction – The Age of Maturity, 1970-2000  (Darren Harris-Fain) | «Charybde 27 : le Blog - 6 novembre 2015

  3. Pingback: Note de lecture : « On SF  (Thomas M. Disch) | «Charybde 27 : le Blog - 8 mars 2016

  4. Pingback: Note de lecture : « L’enfant de poussière  (Patrick K. Dewdney) | «Charybde 27 : le Blog - 17 juin 2018

  5. Pingback: Note de lecture : « Bibliothèque de l’Entre-Mondes  (Francis Berthelot) | «Charybde 27 : le Blog - 4 juillet 2018

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