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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « Monsieur Ki – Rhapsodie parisienne à sourire pour caresser le temps » (Koffi Kwahulé)

Le mythique Village Fou ivoirien mystérieusement projeté dans le quotidien d’une chambre de bonne parisienne.

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Monsieur Ki

Grand homme de théâtre ivoirien, Koffi Kwahulé publie en 2010 ce second roman aux Continents Noirs de Gallimard, après le succès de « Babyface » en 2006 (prix Ahmadou Kourouma).

Dans une chambre de bonne où il vient d’emménager, à Paris, un Ivoirien découvre une bande magnétique, sur laquelle son prédécesseur dans cette chambre, qui se trouve être apparemment du village voisin du sien, a enregistré, à l’intention d’un mystérieux « Monsieur Ki », l’étrange récit d’une vengeance à distance exercée sur lui par un sorcier du Village Fou, un village ivoirien mythique (mis en scène par Kwahulé dans plusieurs pièces auparavant). L’auteur établit un aller-retour permanent et insensé entre anecdotes du village en Côte d’Ivoire, fables et récits mythiques, provenant de la bande magnétique, mêlés à la vie quotidienne à Paris, émaillés de dialogues surréalistes avec la concierge, à propos des conflits de voisinage sur sa maison de campagne en Ardèche : un vent de Village Fou se met à souffler peu à peu dans cet immeuble bourgeois du 16ème arrondissement…

« Ki, l’autre signe, le premier, ç’a a été cela, la mort de l’oncle Koui Gaspard. Parce qu’il désirait être à ma place. Je t’en ai encore parlé l’autre jour, mais ces histoires-là c’est comme une obsession, une ban-de magnétique qui se déclenche toute seule dans la tête… Mon destin. Par rapport à l’Ancêtre-à-tête-de-cynocéphale. Un honneur qu’il estimait lui revenir. Son destin. Jusqu’au jour de sa mort, l’oncle Koui Gaspard a vécu cette histoire comme une injustice, un affront aveugle. Comment l’Ancêtre-à-tête-de-cynocéphale a-t-il pu me « choisir », moi qui lui avais toujours tourné le dos ? Afin de m’en éloigner le plus possible, du moins à ce que racontait l’oncle Koui Gaspard, ne m’étais-je pas laissé complaisamment « avaler » par l’école des Blancs en accumulant diplômes sur diplômes, jusqu’à Paris, « l’antre même du Blanc » ?
L’asthme fut le second signe. Juste après la première visite de l’Ancêtre-à-la-tête-de-cynocéphale, il y a trois mois. Soudain. Le médecin avait diagnostiqué une allergie au pollen. Mais une lettre du pays, mon père, m’avait prévenu : l’oncle Koui Gaspard a consulté des sorciers. « Il leur a demandé de te priver d’air, de t’asphyxier, de te tuer… »
Mais je ne parlerai pas de cela ; tu n’es pas venu pour entendre ce genre d’histoires. C’est mon affaire. Rassure-toi, je ne t’en parlerai plus. De toute façon, je n’aime pas évoquer ces choses-là. Ça épaissit ma voix, durcit inutilement mes mots. On est là pour déconner, et rien d’autre. Allons donc chercher les mots qui parlent à tue-tête, les mots qui déconnent. »

L’intéressant entretien de l’auteur avec Boniface Mongo-Mboussa à propos de ce roman, sur Africultures, est ici.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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Koffi Kwahulé

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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