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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Les faims premières » (Marc Le Gros)

Une poésie de l’estran qui parvient à discerner, au loin, comme un songe océanique.

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Les faims premières

Publié en 1990 chez Calligrammes, le deuxième recueil de poésie de Marc Le Gros a attiré mon attention, avec plusieurs autres de ses ouvrages, lors d’une visite surprise, cet été, à la belle ex-librairie Calligrammes de Quimper, que l’actuel animateur se préparait à fermer pour partir vivre d’autres aventures.

Enseignant, spécialiste d’André Breton, ami de Georges Perros, le poète breton n’a pas encore à l’époque obtenu cette reconnaissance qui viendra avec « Éloge de la palourde » en 1996. Ayant d’abord abordé son troisième recueil, « Les îles blanches », qui faisait joliment résonner ensemble îles grecques et îles bretonnes, mais développait encore quelques scories un rien trop naïves pour mon goût, je m’attendais à une expérience similaire, en attendant d’aborder les textes ultérieurs.

En effet, les trois premières de ces quatre-vingt-dix vignettes, notamment, ont du mal à s’imposer, les mots « congre » ou « laminaire » notamment ne pouvant guère à mon avis être utilisés tels quels en poésie, depuis 1939, sans pâlir face aux textes d’Aimé Césaire, fût-ce à titre de clin d’œil. Toutefois, passées ces premières maladresses relatives, en oubliant un instant quelques clichés malencontreux perturbant le propos, il se dégage bien quelque chose de fort et de distinct de cette écriture, et l’on sent, devine puis constate que la saisie de la beauté de l’océan et de la grève, de ce qui se faufile dans les ombres de l’estran, de cette rêverie orientée  face à l’immensité familière, est ici authentique, judicieuse et charmeuse.

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Photo : Franck Lenoel

« Tu ne chantes plus
La terre n’est plus qu’un vieux chemin
Le ciel un mot dormant
L’été
Sur le carreau des marelles
Et quand les grands cerceaux dévalent
En pente douce
Nos mémoires
Longues comme l’enfer
On a de la craie plein les yeux
C’est à peine si l’on voit la mer encore
Par temps clair. »

« Tu reviens de voyage encore
Sans une histoire à raconter
Sans une ombre portée au tableau
Des marées
Des passages grands ouverts des rencontres
Claires comme le jour
A peine
Cette signature légère des choses de
Là-bas
Poussière du temps
Il y a de petits cercles de sel
Sur tes bras. »

Et puis celui-ci, presque l’exergue idéal au magnifique roman « Cavale blanche » de Stéphane Le Carre :

« Couvert de bleu je me cachais
Dans la lumière
Ma voix devançait la saison
Le temps ses vieux oiseaux
Et grain de sel
Trempé déjà dans ce pays où tout
Se perd
Sans laisser de trace
J’attendais
Puisque la mer habitait mon silence
L’heure
De mon élargissement. »

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marc-le-gros

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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