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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « L’art français de la guerre » (Alexis Jenni)

Un premier roman très réussi, au croisement de Lartéguy et de Jonquet, la réflexion et la poésie en plus.

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L'art français de la guerre

Note liminaire ajoutée en septembre 2014 : je ne retire évidemment pas un mot à cette note de lecture rédigée fin août 2011, bien avant le prix Goncourt obtenu et les fastidieuses considérations sur les « coups » éditoriaux de Richard Millet. Je suis toujours vaguement attristé lorsque les conditions de production éditoriale d’un texte finissent par l’emporter, dans les comptes rendus, sur son contenu, ou lorsque le couronnement par le Goncourt (ou assimilé) vient rendre, magiquement, un livre « bon » ou « mauvais » (depuis le temps, chacun devrait savoir que certains prix, parmi les plus prestigieux, n’ont pas grand-chose à voir avec la « valeur » d’un texte, ni dans un sens ni dans l’autre). Un livre n’est heureusement pas, le plus souvent, le produit de son éditeur, et les prix littéraires, curieusement, ne m’empêchent pas de lire.

Ce premier roman paru en septembre 2011 chez Gallimard pourrait n’être que le mélange, opéré par un habile praticien (pourtant débutant), des « Centurions » (1960) et « Prétoriens » (1964) de Jean Lartéguy avec le « Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte » (2006) de Thierry Jonquet. Il l’est, indéniablement, mais il est aussi bien davantage.

Le narrateur, lui-même cadre de gauche humaniste en rupture de ban et de société, qui après la rencontre accidentelle avec Victorien Salagnon, décide de se consacrer à l’apprentissage de la peinture en sa compagnie, tout en recueillant son récit, apporte une touche essentielle : les mémoires du résistant de 17 ans devenu lieutenant et capitaine parachutiste en Indochine et en Algérie, si elles témoignent d’une énorme empathie avec le sujet, seront donc entremêlées des réflexions propres, des doutes, des indignations parfois naïves du narrateur.

« On pourrait discuter la pratique : nous connaissons bien la colonne blindée ; cela explique que personne ne la remarque. Les guerres menées là-bas nous les menions ainsi, et nous les avons perdues par la pratique de la colonne blindée. Par le blindage nous nous sentions protégés. Nous avons brutalisé tout le monde ; nous en avons tué beaucoup ; et nous avons perdu toutes les guerres. Toutes. Nous. Les policiers sont jeunes, très jeunes. On envoie des jeunes en colonnes blindées reprendre le contrôle de zones interdites. Ils font des dégâts et repartent. Comme là-bas. L’art de la guerre ne change pas. »

La présence en arrière-plan de l’ami de Salagnon, Mariani et de ses « GAFFES (Groupes d’Autodéfense des Français Fiers d’Être de Souche », crée bien le pont entre l’échec d’hier (dans toute sa complexité sur le terrain militaire) et la méthode de résolution choisie pour aujourd’hui, à savoir poursuivre au fond « l’art français de la guerre » coloniale… appliqué à nos banlieues.

Quelques lourdeurs incidentes, quelques bavardages occasionnels n’affaiblissent que très peu un roman qui, au-delà de son propos « direct » captivant, est irrigué par une réflexion pas du tout anodine quoique plus discrète sur l’art et le mentir-vrai, du général-romancier Charles de Gaulle qui invente une certaine France, jusqu’au capitaine-peintre Salagnon qui recrée des êtres humains au sein des boucheries guerrières, livrant au passage d’étonnantes pages sur l’art chinois du pinceau et de l’encre…. et des titres de chapitres d’un baroque militaire qui fait rêver (« L’arrivée juste à temps du convoi de zouaves portés »), auxquels je suis bien incapable de résister.

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LIVRE SUR LA PLACE

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Un lecteur, un libraire, entre autres.

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