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Je me souviens

Je me souviens de : « Les falsificateurs » (Antoine Bello)

L’apprentissage de la falsification du réel : hallucinant de réalisme, un enchanteur roman pince-sans-rire.

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Les-falsificateurs

Publié en 2007 chez Gallimard, neuf ans après « Éloge de la pièce manquante », ce roman ambitieux marquait le retour d’Antoine Bello à la littérature, auteur que je suis avec passion depuis ses premiers textes en 1996.

Sliv Dartunghuver, un étudiant islandais doué, et doté de certaines qualités particulières d’audace et d’inventivité, est recruté, après une approche sophistiquée, par une étonnante entreprise secrète, le Consortium de Falsification du Réel, qui œuvre dans l’ombre, approximativement depuis la Révolution française, à « arranger » le réel en créant de toutes pièces des faits, des histoires, des explications, dont l’impact est parfois majeur et parfois presque invisible, sans que le fil conducteur de l’entreprise ne soit vraiment clair…

Cette prémisse engageante permet à l’auteur une description fouillée et crédible des méthodes de travail du CFR, et des motivations de ses jeunes employés… Les « consultants », ici, font avant tout assaut d’intelligence et de méthode : cette absence d’émotion et ce primat quasi-exclusif de l’intellect sont parfaitement reflétés dans le style et dans l’écriture, ce qui vaudra parfois à l’auteur certains reproches de « sécheresse de ton ». Les jeunes (ou moins jeunes) falsificateurs d’Antoine Bello sont en effet bien éloignés des agents « new age » mis en scène, d’un angle tout à fait opposé, par Laurent Kloetzer dans « CLEER ». Mais eux se posent nettement plus de questions d’éthique et de finalité (le cheminement de Sliv dans cette quête est largement l’objet profond du récit, et plus encore de sa suite, « Les éclaireurs »), et ne se résolvent pas au choix entre adhésion cynique et démission dépressive. Au contraire, leur puissance intellectuelle les pousse à chercher des raisons ultimes… au risque de l’épuisement, de la révolte ou de la déception.

 » « Laissez-moi formuler les choses autrement. En admettant que la station d’épuration de Nuuk ait réellement été inaugurée le 19 février 1982 – je dis bien en admettant – et que vous deviez faire croire à quelqu’un qu’elle la été le 23 mars, comment vous y prendriez-vous ? » « 

Un premier tome saisissant, qui bénéficie de cette attention aux détails et aux enchaînements logiques qui fait la puissance des romans d’espionnage d’un Deighton ou d’un Le Carré, ou celle des meilleurs thrillers technologiques (avant que beaucoup ne sombrent dans les facilités des clichés), et nous offrait déjà ainsi un des meilleurs romans existants à propos de conspiration et de peur de la conspiration.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici, et la règle du jeu de la rubrique « Je me souviens » est .

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AVT_Antoine-Bello_2045

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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