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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « Nous ne sommes rien, soyons tout ! » (Valerio Evangelisti)

Comme dans son cycle du « Métal », Evangelisti creuse les failles historiques du rêve américain.

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Nous ne sommes rien, soyons tout !

Avec ce roman « hors cycles » paru en 2004, traduit en français en 2008 par Serge Quadruppani chez Rivages, Valerio Evangelisti posait toutefois une pierre d’importance, proche de son cycle fantastique du « Métal » (qui traitait de l’ère de la guerre de Sécession et des barons-voleurs capitalistes, dans les excellents « Black Flag » en 2002 et surtout « Anthracite » en 2003).

Délaissant les touches fantastiques qu’il réintroduira encore, fût-ce à l’état de traces, dans son roman « La coulée de feu » consacré l’année suivante au Mexique de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, à ses révolutions et à ses guerres, l’ancien professeur d’histoire contemporaine de l’université de Bologne écrit un véritable roman historique, chirurgical (dans la mesure où les tripes de la bête sont nettement à l’air), social et réaliste.

Valerio Evangelisti décrit ici plus particulièrement l’évolution du syndicalisme américain, ses compromissions, ses engluements et ses échecs, entre 1920 et 1960, à travers les pérégrinations d’Eduardo Lombardo, individu toujours au service de ses propres intérêts et de ses pires pulsions, qui passera au gré des opportunités et des gains possibles, des authentiques syndicats « jaunes » des années 20 (même lorsqu’ils étaient plus ou moins soigneusement dissimulés sous des couvertures sociales) aux syndicats pseudo-socialistes (ayant eux-mêmes attentivement purgé en leur sein les tendances marxisantes et anarchistes) et – de plus en plus – authentiquement mafieux des années 40, avant d’être confronté au maccarthysme, pour aboutir à une étonnante conclusion en forme de clin d’œil, à Seattle en 1999.

Noi-saremo-tutto

Pour dépeindre en creux tragique la saga de l’échec ouvrier aux États-Unis, aux luttes cruelles si magnifiquement évoquées par le folk singer américain et francophile Theo Hakola dans son roman « La route du sang » (qui compte parmi les bien rares, aux côtés de l’énorme « Histoire populaire des États-Unis » de Howard Zinn, à évoquer le bilan meurtrier du pays : deux à trois fois plus d’ouvriers tués par balles par l’armée et les milices patronales que dans toute l’Europe), Valerio Evangelisti a donc choisi un angle bien particulier, ne laissant même pas à son protagoniste les somptueuses ambiguïtés d’un Eymerich ou d’un Pantera, mais en faisant, sans recours, une infâme crapule creusant son sillon d’avidité et de sordide au milieu des soubresauts sociaux d’un pays ne voulant jamais s’avouer ses maladies, observées de très près, avec un réalisme atroce, sur les docks et dans les travées populaires d’un système mis tôt en coupe réglée par les émules d’Al Capone, (dont la collusion systémique avec les pires travers du capitalisme décomplexé des barons-voleurs est superbement décrypté par Hans Magnus Enzensberger dans sa « Chicago Ballade » – au sein de « Politique et crime » en 1964).

Du très bon Evangelisti, qui décape, comme souvent, côté crudité, mais qui appuie néanmoins toujours brillamment là où ça devrait faire mal…

Jean-Philippe Zanco lui consacre une précieuse lecture ici, la très brève mais judicieuse note de Christine Ferniot dans Télérama est , et l’excellente chronique de Jean-Marc Laherrère dans son Actu du Noir est ici.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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Valerio-Evangelisti

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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  1. Pingback: Note de lecture : « Madame Courage  (Serge Quadruppani) | «Charybde 27 : le Blog - 31 janvier 2016

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