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Je me souviens

Je me souviens de : « Le piéton de Paris » (Léon-Paul Fargue)

Le doux choc de la déambulation, poésie et philosophie de vie.

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Le piéton de Paris

J’étais encore lycéen (il y a donc, oui, plusieurs dizaines d’années, en 1982) lorsqu’un professeur de lettres inspiré, pour faire un détour sympathique hors des sentiers classiques un peu trop battus cette année-là, avait emmené la classe à la découverte de deux textes inhabituels : « L’épervier de Maheux » de Jean Carrière (Prix Goncourt 1972 au terme d’un scrutin particulièrement acharné) et « Haute solitude », l’un des textes majeurs de Léon-Paul Fargue, écrit en 1941.

Si j’avais été intéressé, sans plus, par Jean Carrière, j’avais d’emblée été conquis par Léon-Paul Fargue, et quelques semaines plus tard, je me plongeais avec délectation dans « Le piéton de Paris », disponible à l’époque en Folio, désormais dans la prestigieuse collection « L’Imaginaire ».

Ce texte de 1939 porte encore aujourd’hui pour moi la puissance incongrue de la déambulation, de la promenade qui n’est pas simple ballade, de la marche en rêve éveillé d’où naît poésie et même philosophie d’une certaine vie. Arpentant le pavé de Montmartre, les quais, le Marais, la Bastille ou le Jardin des Plantes, Léon-Paul Fargue observe, rapproche, juxtapose ce que l’œil voit et ce que le cerveau en fait pour proposer une prose qui, sans se comparer directement à la pure poésie de « Haute solitude », ouvre une étonnante fenêtre de réflexion et de profondeur dans la simplicité apparente des choses,  curieuse sensation que je ne retrouverai que très récemment, à la lecture de l’extraordinaire « Moo Pak » de Gabriel Josipovici.

« Pour moi, le dixième, et que de fois ne l’ai-je pas dit, est un quartier de poètes et de locomotives. Le douzième aussi a ses locomotives, mais il a moins de poètes. Mettons-nous d’accord sur ce mot. Point n’est besoin d’écrire pour avoir de la poésie dans ses poches. Il y a d’abord ceux qui écrivent, et qui constituent une académie errante. Puis il y a ceux qui connaissent ces secrets grâce auxquels le mariage de la sensibilité et du quartier fabrique du bonheur. C’est pourquoi je pare du noble titre de poète des charrons, des marchands de vélos, des épiciers, des maraîchers, des fleuristes et des serruriers de la rue Château-Landon ou de la rue d’Aubervilliers, du quai de la Loire, de la rue Terrage et de la rue des Vinaigriers. A les voir, à leur sourire en courant sur le trottoir gravé de fatigues, à demander des nouvelles de leurs filles, à voir leurs fils soldats, je me sens réjoui jusqu’aux écrous secrets de mon vieux cœur sans haine. »

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici, et la règle du jeu de la rubrique « Je me souviens » est .

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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