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Notes de lecture 2012

Note de lecture : « Lettre à la France nègre » (Yambo Ouologuem)

Un an après (1969), des explications de l’auteur autour de son roman « Le devoir de violence ».

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Lettre à la France nègre

Un an après son « Devoir de violence », le Malien Yambo Ouologuem livrait ce recueil de courts essais, à la fois manifeste littéraire et somme d’explications idéologiques et critiques reprenant les arguments sous-jacents à son roman, à savoir la pré-existence d’un esclavage et d’une exploitation des pauvres par les notables africains et les trafiquants arabes bien avant la colonisation. Sans rien enlever aux lourdes responsabilités, accablantes, des intérêts coloniaux européens, le premier essai notamment, « Billet ouvert à toutes les victimes de l’antiracisme » s’en prenait durement à l’angélisme mythique de la « négritude » de Senghor.

Ainsi, curieusement, ce docte écrivain inventif, très religieux (après 1969, il abandonnera l’écriture, passablement dégoûté par les polémiques haineuses déclenchées par ses ouvrages pour se consacrer à ses études islamiques), retrouvait une lecture érudite et quasiment marxiste de l’histoire africaine, qu’un Hobsbawm n’aurait sans doute pas reniée…

« Et, sans doute – colonisés étonnés et bourgeois – les sous-développés, sots ingénieux asservis par leurs passions, seraient plus terribles encore s’ils devenaient riches. Ces gens-là, à vrai dire, perdent à gagner. Plus opulents, ils vivent plus inquiets, en pauvres Nègres indécrottables… Centupler ses besoins, faire tout pour l’ostentation, avoir cent ambassades à l’étranger parce que telle grande puissance en a cinquante, et, si elle en a soixante, en avoir vite deux cents, c’est s’empêtrer dans une pénurie encore plus effroyable que la gêne de jadis.
Mais se gouverner décemment, savoir s’arrêter quand bien même l’aide au Tiers-Monde serait centuple, employer le reste à développer le pays, à occuper les siens, sans Rolls ni Bentley, ou à tirer d’embarras des budgets déficitaires : tout cela vaut mieux que les insultes gauchement braillées par l’anti-colonialisme de la négraille politique. Et c’est fausse sagesse, que de régner en mendiant ou en hâbleur.
Car c’est bien peu que de n’être point comme le commun des pauvres ; mais c’est être bien riche déjà, que de n’être plus comme le commun des riches… »

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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Yambo Ouologuem en 1968

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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