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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « Le devoir de violence » (Yambo Ouologuem)

En 1968, par un Malien, la première dénonciation de la complicité de notables africains dans les méfaits de la colonisation européenne.

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Le devoir de violence

Lorsque le Malien Yambo Ouologuem publie « Le devoir de violence » en 1968, il obtient le prix Renaudot (une première pour un écrivain africain), déclenche un véritable coup de tonnerre (pour la première fois, la complicité active et féroce de notables africains dans certains des pires aspects de la société est dépeinte et mise en cause au même titre que celle du colonisateur), et enfin fait l’objet d’une lourde accusation de plagiat, qui le poursuivra des années durant en France, avant d’être réhabilité (son manuscrit comportait une annexe recensant et expliquant chaque emprunt, allusion ou hommage, annexe que son éditeur décida simplement de… supprimer !).

Roman-culte (même s’il reste sujet d’âpres discussions) sur le continent africain, il met en scène sept siècles d’histoire du fictif empire de Nakem (au carrefour du Sahel, de l’Afrique subsaharienne et de la Libye) et de la dynastie régnante des Saïf, en s’attardant plus longuement sur le dernier d’entre eux qui, vaincu par les Français à la fin du dix-neuvième siècle, consacrera une incroyable énergie et une ruse hors du commun à préserver ses richesses personnelles, son système d’esclavage et de traite en direction de la péninsule arabique, et son pouvoir sur la société par l’entremise de pouvoirs « magiques » (en réalité une connaissance pointue des poisons et une redoutable équipe d’assassins hautement qualifiés…) – jusque fort tard dans le vingtième siècle.

« Ce Saïf connut donc le bonheur d’avoir été assez habile pour jouer ce rôle de messie, où de nombreux fils de notables s’étaient escrimés en vain, et appauvris. N’est pas Christ qui veut. Pardonnez-nous, Seigneur, de tant révérer les cultes dont on vous habille…
… Lancées de partout en cette seconde moitié du XIXème siècle, multiples sociétés de géographie, associations internationales de philanthropes, de pionniers, d’économistes, d’affairistes, patronnés par les banques, l’Instruction publique, la Marine, l’Armée, déclenchèrent une concurrence à mort entre les puissances européennes qui, essaimant à travers le Nakem, y bataillèrent, conquérant, pacifiant, obtenant des traités, enterrant, en signe de paix, cartouches, pierres à fusils, poudre de canons, balles. (…)
Et ce fut la ruée vers la négraille. Les Blancs, définissant un droit colonial international, avalisaient la théorie des zones d’influence : les droits du premier occupant étaient légitimés. Mais ces puissances colonisatrices arrivaient trop tard déjà, puisque, avec l’aristocratie notable, le colonialiste, depuis longtemps en place, n’était autre que le Saïf, dont le conquérant européen faisait – tout à son insu ! – le jeu. C’était l’assistance technique, déjà ! Soit. Seigneur, que votre œuvre soit sanctifiée. Et exaltée. »

C’est aussi dans ce roman que Ouloguem forgea le terme de « négraille » par dérision envers la « négritude » de Senghor, qu’il réfute sans pitié.

Certainement moins ironique, moins sombrement drôle et beaucoup plus violent que le plus tardif « Monnè, outrages et défis » de Kourouma, ce brûlot d’il y a quarante ans justifie toujours pleinement sa réputation.

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Yambo Ouologuem en 1968

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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