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Notes de lecture 2012

Note de lecture : « Le cantique des cannibales » (Florent Couao-Zotti)

En pleines élections béninoises, une étrange histoire de passion et de folie.

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Le cantique des cannibales

Ce roman de Florent Couao-Zotti publié en 2004 au Serpent à Plumes prend place principalement en 2005-2006, durant les derniers mois « fictifs » de la deuxième présidence démocratique de Mathieu Kérékou, l’ex-dictateur marxiste du Bénin, ayant abandonné le pouvoir en 1991, avant d’être élu président en 1996 et en 2001, et de ne pas se présenter, finalement, en 2006…

À travers les trois grandes figures d’une « bandit » presque légendaire, rebelle à la Robin des Bois finissant de purger sa terrible peine de prison dans d’atroces conditions, d’un inspecteur de police hors pair qui est prêt à renier sa fonction par amour pour elle, et d’un militaire des forces spéciales totalement corrompu mais absolument décidé à les traquer jusqu’au bout, l’auteur nous donne à la fois une peinture de la corruption encore trop endémique en Afrique de l’Ouest, une somptueuse histoire de fugitifs et de traque, et une étrange et belle histoire d’amour, de passion, de déraison, dans une langue précise et chatoyante qui enchante les moments les plus durs.

« Et la presse des trottoirs s’en donna à cœur joie : Kéré-Kéré, « l’homme qui fraude plus vite que son ombre », aurait encore frappé. Il aurait fait bourrer soixante pour cent des urnes dans tout le pays, fait voter des mineurs, des bébés et même des fœtus dans les régions qui lui sont favorables ; ailleurs, c’est-à-dire dans les fiefs traditionnels de l’opposition, il aurait fait jeter carrément des urnes dans les marécages, substituer certaines par d’autres, inverser les chiffres. Même au comité électoral indépendant, il aurait sévi : des chirurgiens fraudeurs, des statisticiens à l’esprit gondolé, artistes de la magouille et techniciens des grosses combines auraient été commis pour triturer et tripatouiller les résultats. Conséquence des courses : Kéré-Kéré, au premier tour, recueillerait quatre-vingt-cinq pour cent des suffrages, ne laissant, à ses suivants immédiats, que des miettes, difficilement convertibles en arithmétique élémentaire. On raconta même que pour aboutir à une telle performance, il aurait reçu l’expertise appuyée du général Eyadéma, le président du petit voisin de l’Ouest, spécialiste indépassable des pronunciamientos électoraux.
Mais l’imaginaire des Dahoméens est bien trop huileux. Car il ne s’agit que des râles enflammés d’une foule assoiffée qui comblait, par sa logique fourre-tout, le déficit d’information des institutions compétentes. L’attente donc, citoyens. L’attente pure et simple. Pour que cette littérature au ras des marécages soit démentie par des résultats crédibles et moins bancals. »

Florent Couao-Zotti

Il est aussi très intéressant de rapprocher ce roman enlevé, brutal et flamboyant du travail universitaire de Richard Banégas sur la transition démocratique au Bénin (et sur ses fraudes électorales), « La démocratie à pas de caméléon » (le caméléon ayant longtemps été l’animal emblème de Mathieu Kérékou).

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À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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