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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Tueurs de flics » (Frédéric H. Fajardie)

La brutale poésie policière décalée : les débuts du commissaire Padovani.

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RELECTURE

Tueurs de flics

Publié en 1979 dans la collection Phot’Œil des éditions Sanguine (il sera réédité dès 1982 chez NéO), comme « La nuit des chats bottés », mais écrit dès 1975, soit deux ans avant son compagnon de débuts littéraires, le premier roman de Frédéric H. Fajardie marquait aussi l’inauguration de ce qui deviendra, en sept romans, la saga du commissaire Padovani, l’un des personnages les plus atypiques et les plus attachants du paysage polar français, classique ou « néo- » (du nom de l’étiquette que la presse spécialisée utilisera à partir de ces années-là les romans nerveux, ramassés, iconoclastes, violents et en général fortement politisés dont les débuts sont incarnés par Jean-Patrick Manchette, A.D.G. et Frédéric H. Fajardie – et non en hommage aux Nouvelles éditions Oswald, qui publieront pendant dix ans l’œuvre de Fajardie).

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Commissaire rebelle, réfractaire aux compromissions apparemment inévitables du métier de flic, peu discipliné, mais brillant, inventif, original et doté d’une capacité peu commune d’empathie avec certains types de victimes comme avec certains types de criminels, Padovani, ayant en ouverture du roman copieusement insulté un excité de l’Anti-Gang qui venait d’abattre inutilement un homme au bout du rouleau, preneur éphémère d’otages déguisé en paquet de Paic Machine, se voit poussé à la démission, mais obtient de n’avoir à obtempérer qu’après avoir résolu la terrifiante affaire en cours, celle des « Tueurs de flics ».

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Arras Monsieur Paic Machine

Monsieur Paic Machine, vu par des élèves d’Arras, en 2011, lors de l’exposition à la mémoire de Fajardie.

« Je m’attendais à une convocation de l’inspection générale des services. Il n’en fut rien? Avec un certain sadisme, la boîte avait chargé Tonton de me « démissionner ».
Nous étions face à face, silencieux, et je songeais à la longue campagne de Tonton pour m’inciter à entrer à la boîte. Il en avait fait vibrer des cordes ! Cela allait de la sécurité qui s’attache au statut des fonctionnaires jusqu’à « mon P’pa » buté par les truands.
Je me revoyais, frais émoulu de l’Université et préparant d’arrache-pied le concours extérieur. Je me revoyais arrivant avec ma petite valise toute neuve à l’Ecole Nationale Supérieure de Police de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or.
Tonton m’arracha à ma rêverie :
– Démissionne, c’est la seule solution.
– Pas de vagues, hein ?
– Démissionne, l’affaire n’est pas sortie de la boîte.
J’étais en position de force pour quelque temps encore. J’exposai mes conditions :
– Vous me gardez jusqu’à la fin de l’affaire des Tueurs de flics ou je vais tout balancer au « Canard Enchaîné ». C’est comme ça.
Tonton haussa les épaules et demanda d’un ton mielleux :
– Balancer quoi, petit ?
Je souris : il y allait fort !
– Qu’est-ce que tu dirais de l’histoire du Secrétaire d’Etat, tu sais, celui qui s’était mis en batterie devant la tasse du boulevard de la Gare vêtu en tout et pour tout de hauts talons et d’une ombrelle ?
Tonton était flic jusqu’au bout des ongles :
– Mais, petit, faudra que tu le prouves ?
– J’ai gardé le P.V., Tonton, ce P.V. qu’on a cherché pendant des mois…
– Tu me déçois, petit.
Il se leva. »

Arras Padovani

Panneau « Padovani » de l’exposition d’Arras, en 2011.

L’enquête est véritablement lancée par l’une des répliques les plus essentielles de ces trente dernières années :

« Je saisis le carnet de Lalys et déchiffrai la déposition.
Elle était brève, irrationnelle, fantastique : j’y crus tout de suite. »

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Introduisant ainsi un style unique et une ambiance bien particulière, reflétant en partie ce moment post-soixante-huitard d’oscillation durant lequel , pour quelques années, un vent frais issu de l’Université, des sciences humaines, d’une certaine esquisse de rapprochement avec une société alors en pleine mutation accélérée, aurait pu, peut-être, conduire à des forces policières légèrement différentes, plus démocratiques et moins au service des puissants, Frédéric H. Fajardie faisait ici pour la première fois de Padovani l’incarnation fugace d’une alternative, personnage poignant luttant au quotidien, toujours plus désabusé et peu à peu désespéré, pour qu’amour romantique et sens politique de l’humanité puissent exister là où ils le devraient, plus que tout.

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frederic-fajardie-tueurs-de-flics

Un très grand roman, brutal et beau de ses cent trente pages serrées.

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Ce qu’on en dit sur Polar Noir est ici, ce qu’en dit joliment ma collègue et amie Charybde 7 est .

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À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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