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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « Du nouveau – Essai d’économie culturelle » (Boris Groys)

Livre passionnant, d’une rare profondeur en matière de construction de l’art.

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C’est dans la continuation d’une belle journée de séminaire sur « L’innovation dans l’art », conçue au printemps dernier avec l’excellent artiste Éric Michel, que je me suis intéressé à Boris Groys, philosophe allemand d’origine russe, spécialisé dans la réflexion esthétique et l’art contemporain.

Ce livre, paru en 1992 et traduit en français en 1995, poursuit et amplifie le travail commencé avec « Staline, œuvre d’art totale » en 1990, dans lequel il explorait la disparition/absorption des courants avant-gardistes soviétiques dans le réalisme socialiste stalinien.

Avec « Du Nouveau », Groys s’attaque à la définition des conditions de reconnaissance du nouveau en art comme « innovation valorisée / reconnue », mais surtout à la manière dont s’instaure, suivant les époques historiques, la relation entre l’œuvre, l’intention affichée par l’artiste et le décodage qu’en effectue la critique (ici vue avant tout comme « archive », en charge de valider la valeur, de séparer l’artistique du profane et du sans intérêt).

La première partie (« Du nouveau dans l’archive ») est d’un abord particulièrement difficile, et le recours aux abondantes notes de fin d’ouvrage sur Wyndham Lewis, Derrida, Husserl, Lyotard et Adorno, est quasiment indispensable pour s’y retrouver un peu.

La deuxième (« Stratégies novatrices ») et la troisième parties (« L’échange novateur »), une fois le cadre théorique (solidement) posé, sont nettement plus fluides, et permettent de comprendre le propos, à partir de l’analyse d’un bon nombre d’exemples, en particulier ceux, très détaillés, de Van Gogh, Kandinsky et Duchamp. La manière dont se construit l’extraction du profane, sa transmutation, et la stratégie économique qui s’y révèle est exposée de façon captivante.

En résumé, un livre passionnant si l’on parvient à surmonter la réelle difficulté théorique de la première partie. Une petite déception finale toutefois lorsque l’on réalise que l’analyse s’arrête malgré tout du côté des années 70, sans intégrer véritablement la marchandisation effrénée des 30 dernières années, au cours desquelles les stratégies économiques d’ « innovation artistique » sont pourtant devenues beaucoup plus lisibles et sensiblement plus cyniques…

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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Boris Groys

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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