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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Plouk Town » (Ian Monk)

La litanie effrénée, flamboyante et insoutenable, de la beaufferie née de la pauvreté et de l’injonction consumériste.

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Plouk Town

Publiées en 2007 chez Cambourakis, ces cent quatre vingt pages d’inimaginables litanies incantatoires démontrent peut-être, comme en passant, qu’il faut, avec Ian Monk, un Britannique oulipien, installé en France de longue date, poète intense et traducteur à de nombreuses heures de Pérec, de Roussel ou de Pratt, pour extraire ainsi la substance noire et gluante du résultat culturel de la pauvreté en France – soigneusement entretenue puis développée par un capitalisme post soixante-huitard qui n’a plus grand-chose de glorieux -, pour en faire une insoutenable poésie drapée de farce rabelaisienne qui aurait fini par tristement tourner.

Il n’est jamais aisé de confronter le lecteur à la beaufferie intense qui naît bien souvent d’un quotidien malmené, rendu vide et délétère par le triple effet du manque de ressources, du manque d’éducation et de l’injonction consommatrice toujours plus puissante : quels que soient le brio et les intentions de l’auteur, il peut toujours être soupçonné d’élitisme, de règlement de comptes, d’exagération ou de complaisance, ainsi qu’Édouard Louis a pu en faire l’expérience récemment à propos de « Pour en finir avec Eddy Bellegueule », comme Pierre Jourde l’avait expérimenté plus tôt avec « Pays perdu », ou comme certains auteurs de polars particulièrement réalistes se le voient régulièrement reprocher.

C’est en utilisant les contraintes assumées et curieusement sublimées d’une architecture poétique usant sans frein de répétitions, d’assonances et d’allitérations, de spirales hypnotiques, d’incantations névrosées, de balbutiements d’ivrogne, de mantras masturbatoires, de clichés retravaillés (comme Jean-Charles Massera l’avait fait à sa manière jubilatoire dans son extraordinaire « United Problems of Coût de la Main d’Œuvre »), ou encore d’imparables monologues de comptoir et d’allée marchande que Ian Monk parvient à ce tour de force, touchant par moments à l’insoutenable, tant l’imagination poétique oulipienne se révèle ici plus puissante et plus rude que bien des pseudo-reportages se voulant ultra-réalistes.

Pour illustrer Plouk Town 1

« y a plus de respect
y a plus de bonjour
y a plus de flics
y a plus de plombiers
y a plus d’électriciens
y a plus de vrais
légumes qu’on se récolte
dimanche matin pendant que maman
carme le gigot parce qu’
y a pas que ça
à foutre nom de mômes
qui font chier quoi putain
y a plus de silence
y a plus de vraies
chansons d’amour de musique
qui danse quoi qui bouge
y a plus d’au
revoir monsieur dame aux magasins
y a plus y a
plus y a plus y
a plus de doigt levé
quand on veut causer y
a plus de causettes d’
ailleurs ben non c’est
moi qui te le dis »

Ce qu’en dit fort justement ma collègue et amie Charybde 7 est ici, Caroline Lebrec consacre un magnifique article dans Arborescences aux routines du quotidien dans ce texte, , et Nébal réussit l’exploit de le commenter d’une manière unique, là-bas.

Nous nous réjouissons donc infiniment, chez Charybde, d’accueillir Ian Monk, pour parler de « Plouk Town » comme de son récent « Là », le mercredi 10 septembre 2014, chez nous (129 rue de Charenton 75012 Paris), en compagnie de Nicolas Richard, avec lequel il serait surprenant que l’on n’évoque pas également le nouveau Thomas Pynchon, qu’il vient de traduire en français.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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