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Notes de lecture 2014

Note de lecture : « Cœur de glace » (Doug Allyn)

Plongée, littérale, dans la profondeur glacée du lac Huron, avec ce roman noir inhabituel.

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Coeur de glace

Publié en 1995, traduit en français en 2000 par Frédérique Hatier chez Gallimard, et réédité en 2014 en Folio Policier, « Cœur de glace » est un roman de Doug Allyn, auteur couronné à trois reprises (1986, 1995, 2011) par un Edgar du Meilleur Texte Policier aux États-Unis, son premier à mettre en scène le personnage de Mitch Mitchell, impressionnante jeune femme spécialiste de plongée en grande profondeur et conditions hostiles.

Gagnant sa vie depuis des années en plongeant sur les puits sous-marins de pétrole du golfe de Mexique, la belle et coriace Mitch Mitchell revient sur les lieux de son enfance, abandonnés précipitamment des années auparavant, pour régler les affaires de son père qui vient de décéder brutalement. Au bord de l’immense lac Huron, artère maritime essentielle des États-Unis des Grands Lacs, riche en épaves de toutes époques, au cœur des rudes et virils milieux des trafiquants, des collectionneurs et des plongeurs en eau profonde et glacée, elle va découvrir à la dure que les apparences ne sont pas toujours ce qu’elle sont, et que ses intuitions raisonnées tombent souvent très juste, et même un peu trop juste pour sa propre santé.

Doug Allyn réussit avec ce roman à nous offrir à la fois une surprenante héroïne, inhabituelle dans le roman policier (même si, bien que non professionnelle des affaires policières, elle partage peut-être certains traits de caractère avec la Sharon McCone de Marcia Müller ou la Victoria Warshawski de Sara Paretsky), un cadre résolument surprenant, avec ses activités balnéaires, nautiques et techniques, autour d’un plan d’eau étendu, profond et glacial, particulièrement en plein hiver, et un récit fort attachant de retour au bercail remuant du soigneusement enfoui, comme un Iain Banks en maîtrisait si bien les ingrédients (que l’on songe par exemple à « Retour à Stonemouth », récemment traduit en français, ou à « The Steep Approach to Garbadale », non encore traduit). Espérons donc que les traductions en français des deux autres romans impliquant Mitch Mitchell seront prochainement disponibles.

Icewater Mansions

« Le magasin est contigu au Nid mais il a sa propre entrée, une porte ancienne en chêne, avec un hublot en cuivre et une vieille serrure massive, rien qu’une imitation bien sûr, mais parfaitement réalisée. On pourrait croire que la porte avec son hublot et sa serrure ont dormi un siècle au fond du lac. Le butin provenant d’une épave ? Foutre non ! se serait écrié mon père, tel un innocent outragé. Le pillage n’est pas seulement un crime contre l’histoire ; il peut vous coûter deux ans de prison par pièce volée et la confiscation de votre bateau. Pour qui me prenez-vous ? Pour un de ces satanés pilleurs de tombes ?
Et c’est bien sûr ce que tout le monde pensait. Et c’est ce qu’il voulait. Il pouvait mentir avec une sincérité totale ou rendre l’absolue vérité complètement fallacieuse. Un talent utile, dont je n’avais pas hérité. Dommage. Il avait l’habitude de dire que les pieux mensonges sont les fils qui empêchent le tissu social de se déchirer. Évidemment, je ne savais pas s’il le pensait vraiment. »

« Je m’éloignai avec prudence du rivage, suivant pas à pas les traces laissées par la moto-neige. Seuls le murmure du vent et le craquement que faisaient mes pas sur la glace rompaient le silence. Et bien sûr, il y avait la voix nocturne de la Dame du Lac.
Sous son suaire d’albâtre je la sentais bouger dans ses rêves. Ses marées suivent la lune, elles charrient les eaux de mille rivières en direction de l’est, jusqu’au Saint-Laurent et la mer. La cohorte des blocs de glace lui répond comme un amant, ils se déplacent tendrement avec des gémissements et des murmures. Et puis, de temps à autre, un craquement perçant vous rappelle immédiatement la noire profondeur des eaux prisonnières. Et des esprits qui y sommeillent. On ne peut pas grandir dans ces régions du Nord sans connaître quelqu’un qui est mort dans les glaces. Alors qu’il pêchait ou se déplaçait en moto-neige. Ou tout simplement, alors qu’il marchait. »

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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Doug Allyn

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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