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Notes de lecture 2013

Note de lecture : « Lumières de Pointe-Noire » (Alain Mabanckou)

Cahier d’un retour au Congo, vingt-trois ans après le départ de l’auteur.

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Lumières de Pointe-Noire

Publié en janvier 2013 au Seuil, le dixième roman d’Alain Mabanckou figure son « Cahier d’un retour au pays natal » à lui, dans une dimension quasiment inversée à celui d’Aimé Césaire. Ici, colère et indignation ne semblent plus être de mise : les comptes à régler par le romancier ont été établis depuis un certain temps, même s’ils poursuivent leur évolution, y compris ceux, souvent subtils, concernant les abus de certaines conceptions de la négritude flamboyante des années 1950. C’est d’une forme travaillée, pensive, et pourtant brutale et pure de nostalgie dont il est surtout question.

Vingt-trois ans après avoir quitté son « petit » Congo, Alain Mabanckou séjourne donc quelques semaines à Pointe-Noire, sa ville natale, à l’invitation du centre culturel français. Une occasion unique de parcourir les sentiers intriqués de la nostalgie, en une étourdissante succession de vignettes où revivent des personnages, réels, cette fois, issus notamment de « Verre cassé », des lieux mythiques comme le cinéma Rex, la Côte Sauvage, le quartier des Trois-Cents ou encore, bien sûr, la formidable rue de Louboulou, où s’est enracinée la famille étendue de sa mère et de son père adoptif, tous deux désormais décédés. L’occasion aussi de mesurer la complexité des rapports humains, à nouveau, entre tradition, décence, regret, avidité ou manipulation : l’attitude à adopter par les uns ou les autres, face au fils prodigue, écrivain célèbre et supposé fort riche, est toute en contrastes, savoureux ou accablants…

Une fort belle tranche d’écriture du retour, de l’absence, de l’enfance singulièrement formatrice et de l’âge adulte qui doit affronter le doute sans nourrir le regret.

« Je fais intérieurement le compte : je suis revenu dans cette ville dix-sept ans après la mort de ma mère, sept ans après celle de mon père et vingt-trois ans après mon départ pour la France. Pourtant je n’ai pas vu le temps passer. Je ne suis qu’une cigogne noire dont la durée des pérégrinations dépasse maintenant l’espérance de vie. Je me suis arrêté au bord du ruisseau des origines, le pas suspendu, dans l’espoir d’immobiliser le cours d’une existence agitée par ces myriades de feuilles détachées de l’arbre généalogique.
Même démantibulée, mangée par son extension anarchique, je cherche des raisons d’aimer cette ville. Vieille amante, fidèle à l’instar du chien d’Ulysse, elle me tend ses longs bras avachis, me montre jour après jour la profondeur de ses lésions comme si je pouvais les cautériser d’un coup de baguette magique. »

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Mabanckou

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