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Notes de lecture 2011

Note de lecture : « La blessure, la vraie » (François Bégaudeau)

Un pur moment de plaisir sur l’adolescence.

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La blessure la vraie

Cinq ans après l’énorme succès d’ « Entre les murs », j’attendais avec une certaine impatience la nouvelle livraison de l’auteur qui m’avait tant réjoui dès le poétique et footballistique « Jouer juste » (2003). Avec ce quatrième roman publié chez Verticales en 2011, dans une veine de moins en moins expérimentale, François Bégaudeau nous fait partager une semaine de l’été des quinze ans de son héros, « le Nantais », en vacances familiales en Vendée, en 1986, bien décidé à perdre son pucelage cet été-là, sur des terres qu’il pratique depuis l’enfance, et mettant en œuvre pour cela des échafaudages stratégiques à faire pâlir d’envie un Julien Sorel…

« Dans le faux plat de la grand-rue, j’affecte de ne pas faire jouer les deux plateaux du Motobécane dont j’étais si fier l’an dernier en le déballant du carton Camif. Les stores de la boulangerie Boudard sont fermés, ceux de la mercerie aussi mais ça c’est tout le temps depuis qu’on a retrouvé la mercière démantibulée au fond de son puits en février 84. Les gendarmes ont conclu au suicide, mais la mère Baquet dit que la maréchaussée ferait bien d’aller voir du côté de la famille de la bru qui n’a pas craché sur l’héritage on dirait. Elle ajoute que les mercières ne se tuent jamais et on veut bien la croire. »

« Il peut toujours y aller avec son serpent tatoué dans le cou. Elle est souverainement indifférente. Elle lui sourit parce qu’elle sourit à tout le monde, elle sourit de vivre, sur Jupiter les petites filles qui naissent sans sourire on les noie dans le Yang-tseu kiang. S’il approche encore j’interviens. S’il s’incruste à bord je le ressors par le col je le jette sur la piste une voiture lui passe dessus ça fait une marmelade de couilles écrasées sur le bois vernis. Ses frères la récupéreront dans un bocal, les Gitans font de la cuisine avec tout, la mère Baquet dit qu’ils cuisent à la poêle leurs pneus de caravane crevés. L’inconvénient c’est que je les aurai tous sur le dos, une fois qu’ils auront englouti la marmelade de couilles aux pneus. Ils voudront m’étrangler avec leurs cordes de guitares. L’an dernier Greg a offert une Kro à l’espèce d’Esmeralda qui officie comme cible du lanceur de couteaux. Ils l’ont coursé à quatre sur la promenade des Hippocampes. Heureusement Greg court vite il écoute du punk-rock. »

Tendre, surprenant, cynique comme peuvent l’être en toute innocence les adolescents, brutal parfois, flirtant par moments avec le fantastique tant certains scénarios improbables frappent les plans du héros, hilarant tout au long de ses 300 pages : un vrai plaisir.

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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Un lecteur, un libraire, entre autres.

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  1. Pingback: Je me souviens de : « Jouer juste  (François Bégaudeau) | «Charybde 27 : le Blog - 6 janvier 2016

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