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Notes de lecture 2014, Nouveautés

Note de lecture : « Police » – Harry Hole 10 (Jo Nesbø)

Un tueur de policiers hante Oslo. Harry Hole, « simple civil », enseigne à l’école de police. Télescopage à prévoir.

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Police

Publiée en 2013, traduite en français en mars 2014 par Alain Gnaedig dans la Série Noire de Gallimard, la dixième enquête de Harry Hole, désormais ex-policier norvégien resté toutefois très proche de ses anciennes équipes qui mythifient volontiers sa réussite et son talent d’enquêteur largement nourri de psychose obsessionnelle, rend hommage au savoir-faire de Jo Nesbø, parfaitement rodé depuis plusieurs volumes, qui lui permet ainsi d’exploiter habilement les scories soigneusement laissées en suspens après la résolution des affaires « principales » du volume précédent, « Fantôme ».

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Même s’il y a bien entendu une part importante de fabrication dans cette série Harry Hole, je n’y boude pas mon plaisir, et apprécie régulièrement à la fois le fil central, qui met l’enquêteur aux prises avec ses véritables ennemis récurrents, les démons autodestructeurs qui l’habitent en rançon de son talent obsessionnel pour la résolution de ces « police procedurals » hantés par des tueurs psychopathes pouvant toujours profiter d’interstices sociaux ou politiques pour prospérer, et par les fils secondaires, exploitant avec brio l’intense galerie de personnages qui ne sont plus annexes, souvent plus complexes qu’il n’y paraît à première vue, et dont l’étoffe se renforce également souvent au fil des enquêtes.

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Politi-JoNesbo

Comme désormais presque à chaque livraison, l’identification d’un tueur, qu’il soit « pur » maniaque, vengeur masqué ou professionnel du crime organisé, s’accompagne d’une triste et lucide excursion dans les méandres parfois bien scabreux de la « gestion politique » des affaires policières, qui n’a bien entendu rien de spécifique à la Norvège, comme nous le rappelle régulièrement la médiatisation froide et excitée à la fois qui a envahi, par exemple, le ministère de l’intérieur français depuis 2002.

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Comme dans quelques-uns des romans de la série également, le déroulement de la « série criminelle » en cours (ici, des meurtres de policiers dont les mobiles semblent longtemps échapper au bon sens comme au raisonnement sophistiqué) s’accompagne de dommages collatéraux significatifs parmi les personnages secondaires, d’où, dans « Police », une scène d’enterrement particulièrement émouvante, pour peu que l’on accepte de se laisser prendre au jeu émotionnel habilement proposé par Jo Nesbø.

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Un cran au-dessus de « Fantôme » sans se hisser tout à fait au niveau du « Bonhomme de neige » ou du « Léopard », un très bon Nesbø.

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« Cela avait été une longue et chaude journée de septembre avec cette lumière qui transforme le fjord d’Oslo en vif-argent et fait rougeoyer les collines qui viennent d’afficher leurs premiers soupçons d’automne. Une de ces journées où les gens d’Oslo jurent leurs grands dieux qu’ils ne quitteront jamais la ville. Le soleil était en train de disparaître derrière Ullern et ses derniers rayons effleuraient le paysage, les immeubles bas et sobres qui traduisaient les origines modestes de la cité, les lofts rénovés avec terrasses qui racontaient le conte de fées de l’or noir qui avait fait du pays l’un des plus riches de la planète et les junkies au sommet de Stensbergparken dans la petite ville bien ordonnée où l’on comptait plus d’overdoses que dans les villes d’Europe huit fois plus grandes. Les jardins avec les trampolines et leurs filets de protection où les enfants ne sautaient pas à plus de trois à la fois comme le prescrivait le mode d’emploi. Les collines et les bois qui entouraient ce que l’on surnommait « la marmite d’Oslo ». Le soleil refusait de lâcher la capitale, il tendait ses doigts comme pour un au revoir prolongé à travers la fenêtre d’un train. »

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« Le jeune directeur de la police était adossé au mur, bras croisés, il attendit le petit instant nécessaire pour que tout le monde réussisse à se tourner pour le regarder, puis, d’un mouvement souple et puissant, il se décolla du mur et se dirigea à pas vifs vers le pupitre. Il esquissa un sourire, comme s’il pensait à quelque chose d’amusant. Il monta sans peine au pupitre, y posa ses avant-bras, se pencha en avant et regarda droit devant lui comme pour bien souligner qu’il n’avait pas de notes. Hagen se dit que Bellman ferait mieux de leur donner ce que son entrée laissait promettre. »

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Jo Nesbø © Niklas R. Lello

À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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