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Notes de lecture 2013

Note de lecture : « Fréquence Méduse » (Russell Hoban)

Magnifique réécriture d’Orphée, chant analytique / onirique à la gloire et au malheur de la création.

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Publié en 1987, sept ans après « Riddley Walker » (l’immense « Enig Marcheur »), « The Medusa Frequency » (« Fréquence Méduse », traduit en français en 1989 chez Payot par Robert Davreu) est le sixième roman de Russell Hoban.

Herman Orff, romancier londonien aux ventes modestes, « bloqué » dans l’écriture de son troisième ouvrage, vit en abattant à la chaîne des phylactères pour la mise en BD de grands classiques épiques.

« Travailler pour Classic Comics n’était pas trop mal ; ce n’était pas tellement différent de Slithe & Tovey : c’était l’un des nombreux endroits brillants et décorés avec goût de Londres où les gens ne savent ni parler ni écrire l’anglais et où ils disent concept lorsqu’ils veulent dire idée. Le bâtiment était une petite chose chic dans le style du Bauhaus, sise dans High Holborn, ornée d’un Calder authentique et d’un pseudo-Rothko dans la salle d’attente. Sol Mazzaroth avait un grand bureau rempli de dessins et d’épreuves épinglés sur des panneaux de liège et un projecteur jonché de diapositives. C’était mieux que Slithe & Tovey parce que je n’avais à être là que lorsque Sol désirait me parler du travail ou pour livrer l’adaptation achevée de « L’île au trésor », d’ « Ivanhoé » ou de je ne sais quoi d’autre. Après quelques années j’avais tendance à voir toute parole dans des bulles et à entendre les sons en lettres capitales expressionnistes mais cela semblait un faible prix à payer en échange de la maîtrise de mon emploi du temps. »

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Pour surmonter son blocage de l’écriture, il souscrit à une thérapie expérimentale, développée par un compositeur de musique ayant ainsi réglé ses propres problèmes, compositeur qu’il découvrira avec surprise et vague anxiété être en fait l ‘homme qui l’avait précédé dans les bras de son ex-maîtresse, qui l’a elle-même quitté depuis.

Au lendemain du traitement, tout en parcourant Londres, il entre dans une succession d’épisodes hallucinatoires, dans lesquels, notamment, la tête d’Orphée lui apparaît dans chaque objet sphérique qu’il rencontre, et lui parle de sa véritable histoire…, dessinant peu à peu une quête personnelle dans laquelle Herman fusionne ses propres obsessions d’homme et de romancier, que je vous laisserai découvrir en détail dans leur foisonnante richesse, sachant toutefois que « La jeune fille à la perle » de Vermeer et le mythe du Kraken (dans une présence que ne renierait pas le grand Scott Baker de « Variqueux sont les ténias » et de « Dans les profondeurs de la mer repose le sombre Léviathan ») y tiennent une place essentielle.

Avec le talent qu’on lui connaît pour casser, remonter différemment et emboîter avec ruse les trames du langage, Russell Hoban signait ici une époustouflante réécriture des mythes d’Orphée et d’Eurydice, et un chant aussi analytique qu’onirique à la gloire et au malheur de la création littéraire.

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« Comme le train s’ébranlait je fus étonné de voir le nombre de cadrans de pendules illuminées qui scrutaient la nuit à l’extérieur de la gare. Je ne les comptai pas ; intense était la satisfaction qu’elles me procuraient, satisfaction que dans le passé impatient du moment incélébré ces hérauts fussent encore présents pour claironner en silence de leurs faces lumineuses tous les départs, toutes les arrivées. »

Un bel entretien avec Frances Broomfield, l’illustratrice de couverture ayant adapté le célèbre tableau de Vermeer pour y inclure la Méduse obsédant aussi Herman Orff, se trouve ici, sur le site par ailleurs passionnant intégralement consacré à Russell Hoban. Ce qu’en disait Richard Eder dans le Los Angeles Times, à la parution, est ici.

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À propos de Hugues

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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