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Notes de lecture 2012

Note de lecture : « L’étrange destin de Wangrin » (Amadou Hampaté Bâ)

La vie d’un interprète indigène malien, son succès et sa chute. Beau, poignant et drôle.

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Paru en 1973, ce récit largement inspiré de faits authentiques (l’auteur le présente même avec insistance comme la simple retranscription à peine enjolivée des récits qu’il a recueilli auprès du protagoniste principal, et recoupé auprès d’autres personnes impliquées) est peut-être l’œuvre la plus aboutie et la plus agréable d’Amadou Hampaté Bâ, mondialement célèbre principalement pour son autobiographie « Amkoullel, l’enfant peul », publiée juste après sa mort en 1991.

Le personnage surnommé Wangrin, qui a donc réellement existé, construit son extraordinaire succès entre 1910 et 1930, s’élevant à partir de sa réussite scolaire à l’école « des Otages » (où les enfants des chefs coutumiers étaient prudemment rassemblés par le colonisateur) du Soudan français, pour devenir d’abord un incontournable interprète administratif officiel (rôle d’interface qui tend à être un véritable « n*2 » pour tout administrateur colonial de l’époque), puis un très riche marchand, avant de finir ruiné… : voleur habile avec les riches et les puissants, bienfaiteur des pauvres et des laissés pour compte, un destin en effet extraordinaire.

Complexe mélange d’intelligence débridée, de ruse sournoise, de courage, de magnanimité, de générosité, d’implacabilité et d’ambition forcenée, Wangrin prend ici une stature pleinement mythique, largement aux côtés d’un Robin des Bois, proposant une fin autrement belle, en un sens, que le terrible « Timon d’Athènes » de Shakespeare, dans un récit tout en saveurs corsées, linéairement mais subtilement mené à la manière d’un griot, chère à Amadou Hampaté Bâ.

Un très beau livre.

« – Je te suis très mal. Explique-toi plus clairement, mon cher Wangrin.
– C’est clair, pourtant. Je trouve qu’un ancien conducteur de mulets, bien qu’il soit successivement devenu sergent de tirailleurs sénégalais, brigadier-chef de gardes et finalement interprète, ne cessera jamais d’être un valet. Il serait inconvenant qu’un « goujat » se pavanât dans un paradis, y assourdissant tout le monde avec les accents de son « forofifon naspa », alors que des hommes lettrés, sur qui doivent descendre bénédiction et miséricorde du ciel et de la France, peinent dans l’enfer de la pauvreté.
C’est pourquoi j’ai décidé de revenir ici comme interprète. Je sais que tu ne voudras pas partir de ton plein gré. C’est pourquoi je te compare à Adam et moi à l’ange-gendarme. Mais sois tranquille, je ne me servirai pas de flammes pour te chasser d’ici. je n’aurai besoin que de quelques lignes d’écriture couchées sur un papier de format 21/27. Cela s’appelle, au cas où tu ne le saurais pas, une décision.
Romo Sibedi fut complètement hébété par cette déclaration si inattendue. N’était-ce pas là le plus grand témoignage d’ingratitude qu’un étranger pût exprimer à son logeur ? »

Pour acheter le livre chez Charybde, c’est ici.

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À propos de charybde2

Un lecteur, un libraire, entre autres.

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